Lu pour vous : « Premier retour à Bagdad »

Posté le juillet 17, 2004, 12:00
3 mins

« L’Irak sombre dans le chaos » : c’est ce que répètent inlassablement les médias bien-pensants depuis des mois. Qu’en est-il exactement ? Pierre Rigoulot et Ilios
Yannakakis, deux chercheurs qui s’étaient montrés favorables à l’intervention americano-britannique l’an dernier, se sont rendus sur place, à Bagdad, durant le printemps 2004.
Ce petit livre constitue un récit de voyage ; sont passées au crible toutes les questions relatives à l’Irak et à son avenir : insécurité, médecine, éducation, forces politiques en présence, menace intégriste, menace d’éclatement du pays… Prenons l’exemple de l’insécurité : la situation est plus complexe qu’on ne le dit en France, ce que les auteurs résument page 37 : « Y aurait-il un Irak vu de là-bas, en Europe, qui serait fait d’attentats, de jeeps en train de brûler et de gamins lançant des pierres, et un autre, inconnu des télévisions, ou l’on [les auteurs] mange du poisson grillé à la terrasse d’un hôtel en plaisantant avec le serveur ? »
« Premier retour de Bagdad » fait également un sort à bon nombre d’idées reçues : la reconnaissance des Irakiens pour la position « courageuse » de la France (p. 19-22), le soutien du peuple à Saddam (« En fait, tout au long de notre séjour, nous n’entendrons qu’un long réquisitoire contre Saddam », p. 52), la laïcité de ce dernier (« l’image propagée par nos gouvernements successifs d’un raïs laïc et moderne n’est qu’une légende », p. 96), l’interdiction aux femmes de voyager seules en 1985, « la campagne de la foi » de 1995, qui encourageait (…) les membres du parti Baas « à s’imprégner du Coran », construction de nombreuses mosquées, projet de construire la plus grande mosquée du monde – quand la mégalomanie « saddamiste » rencontre la volonté de réislamiser le pays !
L’Irak d’aujourd’hui n’est ni le paradis terrestre ni l’enfer de Dante, c’est un pays en pleine transition, du totalitarisme à la démocratie, avec ses aspects positifs et négatifs : en tout cas éloigné de la présentation caricaturale qui en est faite en France. Telle est la conclusion que l’on tire de « Premier retour de Bagdad », un manuel de réinformation de tout premier plan, qu’il faut lire et faire lire au plus grand nombre.    

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6 réponses à l'article : Lu pour vous : « Premier retour à Bagdad »

  1. labarriere

    29/07/2004

    pour l’histoire il faut lire le lire de pierre-jean Luizard paru chez Fayard il y a près de deux ans.En ce qui concerne la situation actuelle elle n’est pas celle qui prévalait au cours des années 20 du siècle dernier où, après la chute de l’empire ottoman l’Irak fut occupé militairement par les Britanniques qui se livrèrent à une répression sanglante qui leur coûta beaucoup de morts.L’actuelle occupation américaine résulte d’une guerre d’agression qui mene l’administration Bush dans une impasse totale politique et militaire et a pour conséqence logique une résistance nationale légitime.

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  2. R. Ed.

    22/07/2004

    En France ,quand on parle de manger de l’américain on dit plutôt du steak tartare ,contrairement à la Belgique.

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  3. olivier

    20/07/2004

    Au passage, je recommande l’excellent livre publié sous la direction de Pierre Rigoulot & Michel Taubmann, « Irak, An I », aux Rocher.

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  4. olivier

    20/07/2004

    Aude, Je tenais d’abord à dire que revenant sur ce site pour lire un peu la prose de Guy Millière afin de me remonter un peu le moral, j’ai remarqué les commentaires. Eh bien, les tiens, ainsi que ceux d’Isabelle se détachent par leur ton et leur justesse. Tu touches encore juste, ici: mais la politique internationale est un sujet difficile, on ne peut pas reprocher de n’y rien connaître. Le plus grave à mon sens est l’absence totale de jugement moral dont ils font preuve. Et pour cela, avec notre presse, ils ne sont pas aidés du tout, et comme tu le dis, savent ils lire l’anglais par exemple pour voir un peu la presse internationale? Mais même la presse US est bien décevante: elle préfère travailler à la victoire du démocrate contre George W. Bush. Peu importerait si ce n’était au dépens de leur pays, de la vérité et, surtout, des Irakiens? Par exemple, en juillet 2003, l’ancien ambassadeur Wilson se répendait dans les médias pour dénoncer des « mensonges » de George W. Bush dans son discours sur l’état de l’Union, concernant l’affaire de l’uranium du Niger. Eh bien! Il faisait la une des journaux bien pensant, New York Times, &c, passait en prime time à la TV. Voici que les rapports successifs de la commission US et de Butler au UK montrent que les renseignements indiquant que l’Irak cherchaient à acquerrir ces yellowcakes pour fabriquer une bombe A étaient sérieux et crédible. Au passage, il apparait bien que c’est la femme de Wilson qui a suggérer dans un mémo à ses chef d’envoyer son mari au Niger en 2002, alors que Wilson a dit le contraire. C’est pourtant Wilson qui a écrit un livre « la politique de la vérité » (et il conseille Kerry maintenant!!). J’ai naturellement examiné la presse française pour voir si elle rétablissait la réalité après avoir traité Bush & Blair de menteurs. Bien sur que non! Et la presse US ? Très peu, mais dans certains journaux quand même, comme le washington times. Qu’elle impression restera? Bien sur que Tony Blair & George W. Bush ont menti. Calommniez,… Un dernier point concernant la presse: j’ai vu dans l’express le dossier sur le Darfour et l’article de Vincent Hegeux sur « l’urgence au Darfour ». C’est incroyable: aucune allusion au blocage par la France de la résolution proposée par les USA prévoyant des sanctions contre le Soudan s’il ne mettait pas fin à ces campagnes d’execution, aucune allusion aux propos du sécrétaire d’Etat aux affaires étrangères Renaud Muselier qui niait la gravité du problème! Et ça, même le site de la BBC (anti US) le disait. En revanche, que trouive-t-on? A la fin, une allusion à « l’odeur du pétrole » qui détournait jusque la les Américains d’agir! C’est vraiment immonde. J’ai aussitôt écris à l’Express. Autre exemple de manipulation: je journal « l’Alsace » titrait le 19 juillet « IRAK Nouveau raid sanglant sur Falloujah », suggérant par la que les Américains visent délibéremment des civils, alors qu’il s’agissait d’un endroit ou se cachaient 24 terroristes. Ce qu’on retient, c’est bien sur l’impression donnée par le titre. Je voudrais terminer en disant que ces manipulations qui durent depuis le début de la guerre d’Irak ont pour but d’ôter toute légitimité aux Américains aux yeux des opinions. Le risque est bien de transformer une victoire militaire en défaite politique, car nous sommes au milieu du gué. On ne peut que renforcer par la les sentiments naturellement (car conditionnés par des décennies de propagandes) anti-américains des populations du moyen-orient. Et bien sur, en cas d’échec, ce se sont pas les chancelleries européennes (ou franco allemande) ni les rédactions des journaux, ni leurs lecteurs (sauf pour leur conscience), ni même les Américains, mais bien le peuple Irakien, et plus largement, les populations de la région, qui ont la peut-être leur seule chance de dépasser leur misère et de sortir un peu de leurs tyrannies. Mais ça, je crains que nos belles âmes s’enfichent, tant qu’elles peuvent manger de l’Américain. Mais finalement, l’histoire jugera bien que les Américains ont aidé ces peuples quand l’occasion s’est présentée, pas les européens.

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  5. Aude

    19/07/2004

    Je suis tout à fait d’accord que les français sont ignards en ce qui concerne la politique internationale. Ce serait en effet très bien de les encourager à lire la presse étrangère, mais encore faudrait il que les français sachent parler une autre langue que le français…

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  6. Tatangas

    18/07/2004

    C’est vrai qu’en France, on a souvent tendance à torturer les faits pour les placer dans le sens de nos opinions. Très visiblement c’est ce qui se passe pour l’Irak qui selon nos medias est devenu l’enfer du monde. Il en est de même pour le Président George W.Bush, tellement décrié qu’on se demande comment une telle personne a pu devenir Président du pays le plus puissant de la planète. On ne peut que regretter une telle inconséquence de nos journalistes et engager nos concitoyens à lire la presse étrangère quand ils le peuvent.

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