L’Ukraine la Russie et l’Europe

Posté le 18 mars , 2015, 11:05
9 mins

La partie occidentale de l’Ukraine est en guerre contre la partie orientale. La première est soutenue par l’Europe de l’Ouest et les États-Unis, la seconde par la Russie. Cette guerre a commencé voici deux ans et a déjà fait plus de 5 000 victimes et des destructions considérables, y compris un avion de ligne malaisien. Elle est cependant étrange. Il s’agit, en effet, de combattants appartenant à la même race slave, parlant à peu près la langue, formés souvent à la même école communiste, portant le même uniforme, tous étant chrétiens, orthodoxes ou catholiques uniates – tous ceux qui le peuvent étant corrompus !

Je rappelle que Kiev, capitale de l’Ukraine, fut au Moyen Âge la capitale de l’empire russe en formation. Je me souviens des réflexions d’ambassadeurs soviétiques, revendiquant l’appartenance de leur pays à l’Europe, et faisant valoir que l’Ukraine était leur Alsace-Lorraine.

En réalité, l’Ukraine occidentale a proclamé son indépendance dans un double but : permettre aux Ukrainiens d’émigrer en masse en Allemagne, en France, ou en Grande-Bretagne et recevoir des milliards d’euros de l’Union européenne, pour alimenter un budget proche de zéro, dans un pays potentiellement riche, mais au bord de la misère, en raison de l’incurie et de la corruption de ses dirigeants (le salaire moyen mensuel y tourne autour de 300 € pour ceux qui ont la chance d’en avoir un…).

Alors, que l’on me dise où se trouve l’intérêt de la France en cette affaire ? Va-t-on recommencer l’erreur qu’a été l’intégration dans l’Union européenne de la Roumanie et de la Bulgarie, après celle de la Grèce admise par tricherie ? Va-t-on faire payer indéfiniment aux contribuables français les impôts des Roumains, des Bulgares, des Grecs et des Ukrainiens, au profit de qui un important prêt de 17 milliards d’euros est en cours de négociation ? Pourtant, la fiscalité française est déjà la plus lourde du monde ; 40 % de la population française se serre la ceinture, selon le dernier rapport de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’explosion sociale ; 826 000 dossiers de surendettement ont été déposés à la Banque de France pour règlement par le bon contribuable ; 3,5 millions de chômeurs attendent des jours meilleurs, 500 000 nouveaux chômeurs étant attendus pour 2015-2016…

Va-t-on se ruiner pour alimenter la corruption et l’incurie de ces pays à qui, déjà, des milliards d’euros ont été distribués pour « se mettre à niveau » – comme d’ailleurs au profit de la Turquie musulmane et anti-occidentale (les chiffres précis étant tenus secrets). Va-t-on financer la reconstruction du Donbass ?

Est-ce l’intérêt des Français de donner asile et assistance aux mendiants roms et aux prostituées ukrainiennes ?

Et si, demain, la Biélorussie et la Moldavie, dans un « esprit démocratique imprégné des valeurs républicaines », demandent à leur tour l’aide du contribuable européen, va-t-on la leur fournir d’enthousiasme ?

La démagogie de l’Europe de l’Ouest – mise en œuvre souvent par des dirigeants légalement corrompus, la Suisse heureusement mise à part – va-t-elle dépouiller jusqu’à le mettre sur la paille le contribuable honnête, travail­leur et épargnant, pour nourrir les Ukrainiens et autres Slaves, alors qu’en France seulement, les immigrés de toutes provenances sont déjà au nombre de quelque 10 millions, beaucoup d’entre eux étant assistés ?

Où est le bon sens, où est l’honnêteté dans tout cela ? Le gouvernement et les politiciens qui le soutiennent à 15 000 € par mois (plus les privilèges) ont-ils perdu tout sens de l’intérêt national ?

On me dit aussi que la Russie, que dirige l’ancien lieutenant-colonel du KGB (la Gestapo russe), Vladimir Poutine, est une entité impérialiste belliqueuse qui veut remettre la main sur les conquêtes de Staline.

Ceci me donne l’occasion de rappeler discrètement que le Géorgien Jossif Visarionovitch Djougatchvili, dit Staline, a gagné la deuxième guerre mondiale grâce à l’aide énorme que lui apporta l’Occident, les États-Unis en tête, où le démocrate Roosevelt fit envoyer de gigantesques convoyeurs d’armement en URSS pour sauver le pire dictateur que la terre ait connu, responsable de dizaines de millions de morts, de génocides, de douzaines de camps de concentration, et de la naissance de la Chine communiste, du Vietnam, de la Corée du Nord, de Cuba et de l’Allemagne de l’Est avec la Stasi – à tel point que Staline, stupéfait de la politique des « capitalistes », disait comme Lénine : « Ils vont finir par nous acheter la corde avec laquelle nous les pendrons ! »

Ceci rappelé, la Russie d’aujourd’hui, aussi despotique que soit son régime, n’est pas l’URSS d’hier. Poutine est rusé et prudent. On imagine mal qu’il se lance dans une 3e guerre mondiale qui pourrait faire 500 millions de victimes et raser la moitié de la planète par l’utilisation de l’arme atomique.

Il n’est pas de l’intérêt de l’Occident de l’affaiblir et de le provoquer par des sanctions qui, pour ce qui est de la France, pénalisent surtout nos exportations, alors que celles-ci sont en déficit constant (55 milliards d’euros en 2014). Le non-respect du contrat passé avec la Russie relatif aux Mistral, actuellement à quai à St-Nazaire, coûte 2 millions d’euros par mois d’entretien payés par le contribuable.

Il convient de rappeler aussi que, malgré l’ère soviétique, le soubassement du peuple russe est chrétien. Après la chute de Constantinople en mai 1453, Moscou s’est même rêvé en troisième Rome.

C’est une faute de jugement d’avoir laissé Poutine inventer l’Eurasie, c’est-à-dire l’alliance avec la Chine communiste (1,5 milliard d’habitants) qui fait tranquillement la conquête de la Sibérie.

Pour autant, un danger subsiste, celui de voir la Russie frappée par le « printemps » démocratique. Ce fléau inventé par un président français, flanqué de son gourou favori, a créé le chaos dans les pays arabes. Le danger serait grand que, dans une Russie qui ressemblerait à l’Ukraine d’aujourd’hui, une fraction nationaliste s’empare du pouvoir et du redoutable arsenal militaire russe pour créer l’irréparable. Prions les dieux que la diplomatie occidentale fasse enfin preuve de réalisme !

La conclusion, je l’emprunterai à Jacques Attali (une fois n’est pas coutume…), qui vient de déclarer : « Notre combat, ce ne doit pas être l’Ukraine. Notre combat doit être mené contre l’islam et le terrorisme qui est derrière. »

 Christian  Lambert

Ancien Ambassadeur de France

 

NB : dans le n° 984, il fallait lire que la dépense publique française était de 140 milliards d’euros (et non 40 milliards) supérieure à la moyenne européenne.

Un commentaire sur : L’Ukraine la Russie et l’Europe

  1. PB

    31 mars 2015

    Très bon article.

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