L’Union pour la Méditerranée, du théâtre à haut risque

L’Union pour la Méditerranée, du théâtre à haut risque

La naissance de l’Union pour la Méditerranée – UPM – et la libération d’Ingrid Bétancourt (que nous évoquerons dans un prochain article), événements largement médiatisés, appellent un certain nombre d’observations.

S’agissant de l’UPM, qui a vu le jour à Paris le 13 juillet, il est incontestable que ce fut pour Nicolas Sarkozy un succès médiatique et diplomatique personnel et c’est ce que lui, homme politique-spectacle, recherchait.

Le verbe et l’image, n’est-ce pas l’essentiel ? Ce que je veux dire, c’est qu’en bon acteur qu’il est, le Président a fort bien joué son rôle. Mais, pratiquement, lorsqu’on pénètre dans les coulisses du théâtre, le projet surprend et fait peur.

On apprend d’abord que les invitations donnèrent beaucoup de fil à retordre. Le colonel Kadhafi, le « guide de l’islam », accompagna son refus de déclarations agressives pour l’Occident. Le roi du Maroc, constatant une nouvelle fois que, désormais, Paris privilégie l’Algérie qui, pourtant, lui est hostile plutôt que le Maroc qui, lui, est amical à notre égard a refusé de venir, comme le roi de Jordanie et il a fallu prier et supplier jusqu’à l’humiliation le président algérien Abdelaziz Bouteflika de bien vouloir être présent, ainsi que le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan.

Pour avoir consenti de mauvaise grâce à être présents quelques heures à la réunion constituante de l’UPM, ils obtiendront sans doute en remerciement de leur participation du bout des lèvres quelques petits cadeaux appréciables…

Bizarrerie à signaler, la Mauritanie est considérée comme une nation méditerranéenne, alors qu’elle est située à des milliers de kilomètres de la Méditerranée. Pourquoi, dans ces conditions, ne pas inclure dans l’UPM le Sénégal, le Zimbabwe, ou l’Afghanistan !
Quand aux 26 membres de l’Union européenne, on connaît leurs réticences unanimes.

Alors que va-t-il se passer maintenant que les lampions sont étreints ? Deux hypothèses sont à retenir. La première laisse penser que l’UPM connaîtra le sort du processus de Barcelone : échec et lourdes dépenses (9 milliards d’euros de fonctionnement depuis 1995 et 15 milliards de prêts dont il est difficile de connaître la nature). Ce serait le moindre mal et c’est sans doute l’hypothèse la plus vraisemblable.

Il convient de souligner, à ce propos, que le Président syrien Bachar El-Assad, « l’hôte d’honneur » du président Sarkozy, a déclaré sans ambiguïté que rien ne devrait être fait avant l’élection américaine du 4 novembre. Ce qui veut dire en clair : Si les États-Unis diminuent leur aide à Israël, on pourra discuter. Sinon, rien. Or, les États-Unis ne lâcheront pas Israël. De plus, le roi d’Arabie saoudite est furieux des avances à la Syrie, son ennemi, par Nicolas Sarkozy dont il juge sévèrement la précipitation…

Deuxième hypothèse : l’UPM réussira pleinement dans le sens souhaité très explicitement par le Président de la République. On arriverait alors à une Union méditerranéenne analogue à l’Union européenne, avec donc, à la clé, un accord de Schengen établissant la libre circulation des personnes. C’est l’objectif de toute la rive sud de la Méditerranée. Dans ce cas, ce ne sont pas des millions d’Arabes et de Turcs qui déferleraient en Europe occidentale, mais des dizaines de millions, avec pour résultat la domination arabo-musulmane sur l’Europe et donc un retour au Moyen-Âge, ou bien, in fine, une guerre ethnique dévastatrice.

Dans tous les cas, l’initiative de Nicolas Sarkozy présente à terme des risques énormes. Tous les responsables politiques de l’Europe, l’ont immédiatement compris. La sagesse et l’expérience auraient exigé de s’abstenir.

En attendant, on a noté que ces festivités euro-méditerranéennes ont été illuminées par l’incendie de 600 voitures dans nos banlieues, provoqués par des jeunes afro-méditerranéens.

Ceci dit, ne soyons pas trop pessimistes. Si l’UPM permet de nettoyer un peu la Méditerranée, transformée, hélas, en poubelle et en latrines, comme cela est prévu, ce sera toujours cela de gagné. Si nos amateurs de belles plages du Sud savaient dans quoi ils se baignent, les malheureux ! Mais n’insistons pas trop là-dessus…

Christian Lambert
Ancien Ambassadeur de France

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(5) Commentaires

  • Sterne Répondre

    Christian Lambert fait preuve de beaucoup d’intuition sur ce problème. Il voit plus loin que le bout du nez de notre président.
    Je remarque par ailleurs que la nouvelle révision de notre constitution (qui ressemble vraiment à un patchwork), dans son avant-dernier article, prévoit que la Turquie pourra entrer dans l’Europe sans référendum, par un simple vote aux 3/5 du Congrès. Cette modification a été glissée dans le sandwich révisionnel sans la moindre réaction des médias alors que c’est le point le plus important et de loin. C’est celui qui menace l’avenir de notre civilisation européenne. Or Nicolas Sarkozy n’arrête pas de nous déclarer qu’il est contre l’entrée de la Turquie dans l’Europe. Il est contre mais il fait tout pour qu’elle puisse y entrer. Cherchez l’erreur.

    28/07/2008 à 8 h 24 min
  • Anonyme Répondre

    L’UPM est un projet destiné à essayer de contrôler les flux migratoires, mais il est à double tranchant.  Il risque d’être la porte ouverte à une tiers-mondisation de la France (déjà bien avancée).

    Sarko veut créer cette UPM alors que lui et ses potes Européens ne sont pas fichus d’organiser la CEE !!!   Qui se disperse n’aboutie à rien, surtout pas avec de grosses bourdes diplomatiques.

    Un partenariat organisée avec les pays concernés, comme avec la Turquie, est amplement suffisant.  Si on étend Shenguen, on est morts et ce sera la guerre civile généralisée.  les Anglais y sont au bord.

    Et l’on montre les USA et Bush comme des va-ten-guerre !!!!

    Les USA ont créé un accord de partenariat avec le Mexique et le Canada, et ça marche car les Mex et les Canadiens sont des chrétiens…  C’est aussi simple que ça sur le fond.  Aucune religion capricieuse ne les fait suer.

    Moralité, Sarko cherche les problèmes et se débrouille là comme un manche.  On s’enfonce toujours dans le merdier.

    27/07/2008 à 13 h 13 min
  • HansImSchnoggeLoch Répondre

    L’UPM, un projet bidon pour détourner l’attention du public des vrais problèmes.

    Par exemple:

    Les caisses sont vides, qui va les remplir? Qui va rembourser la dette publique? Comment juguler les déficits chroniques? Qui va arrêter l’immigration clandestine? Comment laisser les entreprises travailler sans les ponctionner à mort?  Comment remplacer la Sécu par quelque chose de plus efficace et moins coûteux? Comment diminuer rapidement le nombre de fonctionnaires qui plombent le budget?

    etc, etc, etc…

    24/07/2008 à 20 h 58 min
  • Aregundis Répondre

     

    Le grandiose projet sarkozien paraît à beaucoup d’observateurs étrangers comme une chimère. C’est ce que pense aussi Claude Imbert, rédac-chef du Point dans son édito du 17 juillet.
    Soyons juste. Ce n’est pas rien que de réunir 43 chefs d’États et de gouvernements pour un partenariat euro-méditerranéen (et non une intégration dans l’union européenne). C’est quelque chose que de se faire rencontrer le dictateur syrien Bachar al-Assad et l’israélien Ehoud Olmert et le Libanais Michel Sleiman. Un vrai exploit que leur faire signer une déclaration commune contre le terrorisme, pour le processus de paix israélo-palestinien, et de convaincre Bachar d’ouvrir une ambassade à Beyrouth. Ce qui ne sera pas trop difficile vu que les Syriens se sentent depuis longtemps au Liban comme chez eux. Mais à peine le dos tourné, la foule libanaise en liesse accueille comme des héros les cinq activistes libérés par Israël, dont l’assassin d’une fillette. Cela dit, Christian Lambert exagère le danger en parlant de « millions d’Arabes et de Turcs qui déferleraient… ». On n’en est pas là !

    Car le projet n’est d’abord qu’un projet. Et puis surtout, nous avons affaire – Israël excepté – à des régimes qui n’ont rien de démocratique, ni rien en commun sinon la religion. Les Arabes ne sont jamais parvenus à s’entendre. La RAU (République arabe unie) n’a jamais existé autrement qu’à l’état de projet dans la tête de Gamal Abdel Nasser. Cette rêverie vole en éclat lors de la victoire foudroyante d’Israël en 1967 sur la coalition des armées syriennes, égyptiennes et jordaniennes. Trois ans plus tard, les bédouins du roi Hussein chassent les Palestiniens de Jordanie (Septembre noir). En 1982, ce sont les forces de Tsahal qui les délogent de Beyrouth. Tous les pays arabes soutiennent pour la galerie la « cause » palestinienne, mais aucun n’en veut chez lui.

    Si convaincre le président tunisien Ben Ali et le roi du Maroc Hassan II reste possible (nous n’avons plus de contentieux avec ces pays), l’affaire est toute différente avec le teigneux Bouteflika qui ne nous aime guère et ne rate jamais une occasion de nous le rappeler. Lui-même est aux prises avec une guérilla extrémiste ; il est contesté par les Berbères de Kabylie qui ne veulent pas de l’arabisation ; son régime dictatorial et bureaucratique souffre de corruption endémique ; l’économie étatique est plombée par un chômage de masse de 30 à 50% selon les endroits. Et l’Algérie au travers du Front Polisario s’oppose au Maroc pour quelques arpents de caillasse et de dunes que convoite le « peuple » Sahraoui.
    De même avec l’imprévisible Bachar al-Assad qui soutient au Liban l’activisme anti-israélien du Hezbollah, qui est toujours soupçonné d’avoir commandité l’assassinat de Rafic Hariri. Sans oublier que sa frontière avec l’Irak est une passoire pour le terrorisme venu du Maghreb et d’Europe.
    L’Égypte de Husni Moubarak est, comme l’Algérie, rongée par l’intégrisme islamique et appauvrie par sa démographie démentielle. Elle héberge aussi la secte dangereuse des Frères musulmans et tolère les mouvements islamistes modérés. Ces « modérés » ont assassiné neuf touristes israéliens en 1990 et huit touristes allemands en 1992. Petit rappel anecdotique : ce « grand ami de la France » – selon Jacques Chirac qui disait autrefois la même chose de Saddam Hussein – n’a pas manqué de nous ponctionner de quelques milliers d’euros pour autoriser le Clémenceau « amianté » à passer le canal. A l’aller. Car pour le retour, le vieux « Clem » a fait le détour par le Cap.
    D’autre part, l’Égypte, la Jordanie et d’autres États « politiquement instables » vivent depuis longtemps sous perfusion économique américaine. Si la pluie des dollars est réelle et permanente, le projet sarkozien est encore dans les limbes de l’utopie. Et c’est heureux, car je ne vois pas comment s’entendre avec ces gens.

    L’Europe politique cherche toujours sa voie. Les pays de l’OCDE entrent en récession. Le pouvoir d’achat est menacé. L’inflation pointe le bout de son nez. Les caisses de l’État sont vides. Christian Lambert pose la vraie question : qui va payer pour l’union méditerranéenne si tant est qu’elle se réalise un jour ?  

    24/07/2008 à 13 h 35 min
  • Eliya Répondre

    Quelques remarques :

    1/ Les pays arabos-musulmans qui travailleraient avec Israël sur n’importe quel projet, ce serait une grande victoire pour le développement humain et économique de la région.

    2/ Tisser des liens avec les régimes sunites autoritaires de la Méditéranée est une victoire dans la lutte d’influence qui oppose les Occidentaux aux Iraniens.

    L’UPM coûte un peu d’effort diplomatique, et peut permettre de marquer des points dans l’évolution du Proche-Orient, qui est en plein marasme depuis plus d’un demi-siècle. Sarkozy fait preuve d’une bonne vision stratégique.

    Eliya

    23/07/2008 à 23 h 59 min

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