Les perles de notre diplomatie

Posté le janvier 30, 2018, 10:56
10 mins

La publication par le Quai d’Orsay de 50 années d’archives diplomatiques (de 1945 à 1995) a donné lieu à des découvertes pour le moins étonnantes. La presse en a révélé quelques-unes, notamment le « Figaro Magazine » et dernièrement « L’Express » (n° 3469).

De cette impressionnante collection de télégrammes, dépêches et notes, rédigés pendant un demi-siècle et remis pour examen à un groupe d’historiens, on relève la plus belle, la plus rare de toutes les perles, une perle noire exceptionnelle. C’est la perle « Bokassa », empereur napoléonien et gaulliste de l’Oubangui Chari, appelé maintenant Centrafrique.

Ce Bokassa, recruté par l’armée française et envoyé en Indochine où il était porte-radio, se distingua aussitôt par un goût prononcé pour le vin rouge. Rentré en Oubangui, il devint rapidement chef d’état-major de l’armée centrafricaine, bien que les cadres de l’armée le tinssent pour fou et à l’éthylisme prononcé.

Ses fonctions de chef d’état-major lui paraissant insuffisantes, Bokassa prit le pouvoir par un coup d’État dans la nuit de la Saint-Sylvestre 1966, tuant et torturant lui-même ses adversaires, comme le décrit notre ambassadeur à Bangui, Jean Français, dans un livre : « Le putsch de Bokassa, histoire secrète » (L’Harmattan) : « Bokassa se fit livrer Mounombaï, directeur de la sécurité du président Dacko renversé. Ligoté, il fut déchargé entièrement nu devant la cellule où Bokassa avait fait enfermer le président Dacko et il lui dit : « Regarde ce que je vais faire de ton homme de confiance » et il ordonna à un caporal présent de couper la verge du malheureux et de la lui mettre dans la bouche. Puis il lui fit trancher la tête devant les yeux du président Dacko, son cousin de la tribu des M’Bakas. » (p. 96)

Ce genre de sport étant l’une des occupations favorites du futur empereur, lors d’un conseil des ministres, il fit mettre sur la table du conseil un adversaire présumé et il le tortura lui-même en le découpant avec un rasoir jusqu’à ce que mort s’ensuive. Ceci, devant les ministres approuvant avec force bouteilles de bière et de beaujolais.

Cette « sauvagerie », comme l’écrit notre ambassadeur à Bangui, n’est pas, hélas, exceptionnelle sur ce continent ; mais ce qui est exceptionnel, c’est que, dès lors qu’il criait : « Vive De Gaulle, mon papa ! », Bokassa recevait l’appui chaleureux de l’Élysée où régnait le Général. À vrai dire, De Gaulle considérait l’individu comme il méritait de l’être : « Un soudard, un ivrogne » disait-il à Foccard, son conseiller pour l’Afrique. « Mais enfin, Foccard, f… moi la paix avec cet abruti ! » Mais, en réalité, De Gaulle ne s’opposait pas à la politique africaine dudit Foccard, protecteur de « l’abruti » qui fut finalement reçu solennellement à l’Élysée. Il fallut que « l’empereur » fasse tuer une centaine d’enfants, qui n’avaient pas les moyens de porter l’uniforme scolaire imposé, pour que Giscard d’Estaing, par l’opération « Barracuda », mette fin en 1979 aux pitreries sanguinaires de « l’empereur ».

Il n’empêche que son sacre grotesque fut payé par le contribuable français ; trône tapissé à la feuille d’or (voir les photos dans « L’Express » du 27 décembre 2017), carrosse doré, chevaux blancs fournis par les haras de Normandie, plus la demande impérieuse et impériale de 25 CX Citroën, 211 Peugeot 604, 69 Renault R16, 74 camions, etc.

Notre ambassadeur à Bangui, éberlué, mais prudent, écrit : « N’en fait-on pas un peu trop ? » Je dis « prudent » car nul n’ignorait que Foccard faisait rappeler tout ambassadeur qui exprimait des réserves sur la politique que Paris menait en faveur des chefs d’État africains.

Cette politique abjecte et absurde a été l’une des pages les plus scandaleuses de la diplomatie gaulliste.

Autre perle, celle-là de couleur jaune, révélée par les archives du Quai d’Orsay. Notre ambassadeur à Pékin se pâmait d’admiration pour la Corée du Nord : « J’ai été frappé, écrit-il en novembre 1974, par l’attention que porte le régime de la Corée du Nord à l’amélioration constante des conditions matérielles de la population… » (pratiquement un million de morts par famine !).

Pour tout comprendre, il faut savoir que cet ambassadeur, enseignant à l’origine, avant d’être admis dans la carrière diplomatique, était connu pour sa fidélité sans borne au communisme et aussi à un gaullisme verbal et épistolaire – il écrivait directement au général De Gaulle qui l’appréciait.

Une autre perle, rouge celle-ci, est la perle « khmère rouge », dont l’action était jugée favorablement par la France.

Les communistes maoïstes cambodgiens étaient considérés comme les « fidèles soldats démocratiques de Monseigneur le prince Norodom Sihanouk », gaulliste et anti-américain, parce qu’il avait été renversé par Lon Nol, Premier ministre jugé, lui, comme tout dévoué aux Américains. Les Khmers rouges libéraient le peuple khmer et on se réjouissait de leur entrée à Phnom Penh, le 17 avril 1975, Giscard d’Estaing étant alors président de la république, avec Chirac comme Premier ministre.

Or, il se trouve que j’étais bien placé pour connaître la réalité, étant alors à notre ambassade à Bangkok, chargé de suivre chaque jour par radio-téléphone la situation avec notre ambassade à Phnom Penh. Mais mes informations alarmistes étaient mal reçues.

Il fallut l’invasion du Cambodge par l’armée vietnamienne en 1980 pour que Paris commence à admettre que les Khmers rouges tant appréciés avaient provoqué l’un des plus terribles génocides de l’Histoire : 3 314 768 hommes, femmes et enfants massacrés, le tiers de la population du Cambodge !

Mais il y a pire dans cette terrible tragédie, pour ce qui concerne la France. Alors que plusieurs personnalités s’étaient réfugiées à notre ambassade à Phnom Penh, lui demandant protection, Paris donna l’ordre de les livrer par la force aux Khmers rouges et ils furent aussitôt torturés et assassinés, c’est ce que révèle avec précision Mme Billon Ung Boun-Hor, veuve du président de l’assemblée nationale cambodgienne, présidente actuellement de l’association des victimes du génocide khmer rouge (pour plus de détails, lire « Reconquête » n° 342). C’est là, l’un des crimes les plus ignobles qu’ait commis la République française.

Enfin, autres perles parmi les perles, celles, nombreuses, de Mitterrand lui-même. En 1989, alors que le mur de Berlin était sur le point de s’effondrer, en même temps que la RDA, Mitterrand jugea bon, le 20 décembre 1989, d’aller apporter son soutien au président de la république communiste est-allemande en voie d’effondrement, un certain Gerlach, dont plus personne ne se souvient.

Cette démarche était incorrecte et déloyale, à l’égard du chancelier Kohl, dont Mitterrand se disait l’ami.

Alors on peut se poser la question : est-ce que les diplomates français manquent de jugement ou étaient tous des agents de Moscou ? Non, pas du tout. La vérité, c’est que le pouvoir politique s’est emparé de la diplomatie qui, pour l’essentiel, ne se fait plus au Quai d’Orsay, mais à l’Élysée, toujours sous le signe d’arrière-pensées électoralistes et dans l’intérêt personnel et immédiat de politiciens parvenus. Ces résultats souvent accablants, on vient de le voir, s’ajoutent à tous ceux, indéniables, que l’on connaît aux plans politique, sécuritaire et financier.

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5 réponses à l'article : Les perles de notre diplomatie

  1. ALBERDORAN

    05/02/2018

    C’EST ABJECT ET VRAI !

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  2. HOMERE

    03/02/2018

    Oh vous savez,la France est pleine de traitres….et le monde plein de dictateurs…..
    La Françafrique tant décriée,n’a pas eue que des inconvénients….et Foccart pas pire que Pasqua !quand à Giscard…on sait comment il aura reniflé les diamants dudit Bokassa….pas pire que Pol Pot !
    Dans ce sortilège de sauvagerie,la France s’est parfois égarée…aujourd’hui elle est perdue et dépassée…elle ne joue plus de rôle !!que le second !!

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    • quinctius cincinnatus

      05/02/2018

      ah ces gaullistes toujours  » mafieux  » dans l’ âme !

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  3. 01/02/2018

    Bravo Quinctius Cincinnatus !
    De Gaulle était un traître qui a livre trois départements Français
    à la vermine qui occupe maintenant notre patrie , et la lie socialo
    islamo-collabo ne vaut guère mieux!

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  4. quinctius cincinnatus

    30/01/2018

    les  » perles  » … ,noires et jaunes, sur le tas de fumier de la Diplomatie gaullo-marxiste et socialo-marxiste ne seront une révélation que pour ceux qui se sont bouchés les oreilles, cachés les yeux et …. pincés le nez ; ce qui en fait l’ intérêt c’ est d’ une part que ce soit sous … Macron qu’ elles soient accessibles au  » grand » ( sic ) public et on devine sans peine pourquoi, et d’ autre part qu’ elles soient distillées au goutte à goutte par la presse  » macroniste  » ; on attend :

    – une série d’ émissions télévisées sur ce sujet

    – un livre qui les compilent

    il est temps d’ en finir avec l’ omerta gaulliste et socialiste

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