Relations internationales : cessons d’être naïfs !

Relations internationales : cessons d’être naïfs !

Je souhaite répondre à Madame Marie Guth qui, dans le numéro 1316, joint sa plume à celle de M. Myard pour ajouter un chapitre au livre de l’anti-américanisme, à la mode depuis fort longtemps chez nous.

Je ne passerai pas en revue tous les arguments qu’elle avance, pour la plupart discutables, cela nous entraînerait trop loin ; je me contenterai d’insister sur son postulat de base.

D’entrée de jeu, la messe est dite : « Les Américains ne sont pas et n’ont jamais été nos amis. »

Mme Guth a l’air de regretter que les USA ne soient pas entrés en guerre « pour nos beaux yeux ».

Mais qu’est-ce que les considérations affectives ont à faire dans les relations internationales ?

Croit-elle que, lorsque la France monarchique a aidé les Américains dans leur lutte pour l’indépendance, c’était pour « leurs beaux yeux » ?

C’était, bien sûr, pour contrer les Anglais qui étaient alors nos adversaires historiques sur le continent et sur mer.

En 1976, je suis allé, en mission officielle, dans un cimetière français près de Boston, honorer nos compatriotes tombés sur le sol américain deux siècles plus tôt – image miroir symbolique du cimetière d’Omaha Beach, certes à une autre échelle.

Tous sont tombés en terre étrangère.

Ils se battaient bien sûr pour leur patrie d’abord ; mais cela interdit-il la reconnaissance du cœur des libérés du moment, qui devraient ensuite modérer leur discours ?

Au début des deux grandes guerres, un fort sentiment isolationniste dans le peuple américain a maintenu leur gouvernement dans une position prudente.

Dans une démocratie, on ne fait rien contre la volonté du peuple.

Mais les sentiments de Roosevelt, hostile à Hitler, ont eu une conséquence bénéfique pour les démocraties en guerre contre le nazisme.

Les USA ont livré quantité de matières premières et de matériels militaires majeurs aux Alliés français et anglais dès 1939.

Côté français, plus de 3 000 avions commandés, 1 000 livrés avant l’armistice.

Cette loi « cash & carry », fort critiquée outre-Atlantique, était une entorse à l’embargo américain sur les armements.

Elle fut suivie par la loi « prêt-bail » qui, en avril 1941, donc avant l’attaque japonaise de Pearl Harbour, permettait déjà de ravitailler massivement le Royaume-Uni, puis à nouveau l’armée française renaissante à partir de 1942.

Cette aide n’était pas un don ; elle fut payée, cher.

Mais il y avait convergence d’intérêt.

C’est toujours comme ça dans les alliances.

Cessons d’être naïfs – et cessons d’utiliser ce langage bêtifiant qui fait qu’on parle souvent de « nos amis » belges, ou suisses ou allemands… dans la phrase même où on les critique parfois méchamment.

Mme Guth a raison : les Américains ne sont pas venus pour « nos beaux yeux ».

Mais, heureusement pour nous, ils sont venus.

Et ils nous ont aidés, non pas deux fois comme elle l’écrit, mais trois fois.

Car qui peut imaginer que l’Europe, livrée à ses propres forces, aurait pu éviter que la guerre froide se transforme en guerre chaude conclue par notre invasion et la domination communiste ?

Sans eux, il y a longtemps que nous jouerions de la balalaïka.

J’ai vécu, enfant, l’arrivée des soldats américains dans ma ville natale de Besançon.

Ce fut une délivrance vécue dans une liesse indescriptible.

Oui, ces jours-là, ils étaient nos amis.

Personne ne pensait différemment ; personne ne pensait que des envahisseurs remplaçaient des envahisseurs.

Pourrions-nous enfin ne pas mélanger les sentiments et la politique ?

Nous Français, sommes toujours étonnés que les chefs d’États et les gouvernements étrangers pensent à leur peuple avant tout.

J’aimerais bien qu’il en soit de même chez nous.

Qui donc a dit : « Ne vous mettez jamais en position d’aider autrui, il ne vous le pardonnera pas » ?

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(4) Commentaires

  • Laure Tograf Répondre

    Permettez une petite précision, votre « honneur » quand au désintéressement des US lors de la fourniture de leur aide, notamment durant la seconde guerre mondiale. Vous écrivez que la dite aide fut payée et cher, ce qui est exact.
    Mais puisque vous faites un parallèle avec celle apportée par le royaume de France aux jeunes US au 18° siècle (et qui a participé à sa ruine et à in fine à la mort de Louis XVI), pouvez vous nous dire et expliquer comment, à cette époque, les dits US ont « payé » quoi que ce soit ? La différence n’est pas négligeable me semble t il . Pas de cash and carry a cette époque…. pour nous.
    De plus, après 1812, lorsque les dits US ont repoussé victorieusement la tentative anglaise de ré-invasion de leur territoire par le sud grace à une marine devenue puissante, nous n’avons pas vu un navire américain soutenir la France après que sa propre marine ait été vaincue à Trafalgar et à un tournant crucial par notre nation.
    On peut aimer et apprécier l’arrivée des US en 1944 – je l’ai aussi vécue – sans se bercer d’illusions et surtout sans oublier que seul l’immense sacrifice du peuple russe (près de 20 millions de morts – (sans rapport avec les pertes US) dans des combats titanesques tels la fameuse bataille de Koursk qui a cassé les pattes des nazis et a permis par la suite aux alliés de réussir le – les – débarquements sur le continent.
    On peut se confondre en remerciements, mais il faut savoir relativiser. Même si l’on craint la « balalaika » de l’armée rouge.

    22/11/2021 à 16 h 23 min
  • BAINVILLE Répondre

    « Dans une démocratie, on ne fait rien contre la volonté du peuple. »
    Et bien non, souvent les démagogues se font élire sur des promesses qu’ils piétinent une fois élus. Les exemples sont légion, et R.Dubois fait preuve d’ignorance et de naïveté.
    T.W. WILSON s’est fait réélire en 1916 sur l’engagement que les USA n’interviendraient pas, alors qu’il savait pertinemment qu’il entrerait dans la guerre mondiale.
    Il a saboté la paix avec ses deux complices, Lloyd George et Clemenceau, par ignorance des réalités européennes, par idéalisme béat: laisser l’Allemagne sur la rive gauche du Rhin, et traiter avec un gouvernement d’une Allemagne devenue tout d’un coup unitaire, alors qu’il eût fallu traiter avec les États existants avant 1918: Bavière, Bade, Wurtemberg, Saxe, Prusse-Brandebourg, les Hesses, Hanovre annexé en 1866 par la Prusse..
    Aujourd’hui, bien des lois et des politiques sont menées pour satisfaire l’idéologie destructrice d’une minorité sur-influente, les opinions largement majoritaires étant ignorées et diabolisées avec la complicité des média stipendiés avilis. (peine de mort, territoires abandonnés à l’anarchie, invasion migratoire.)

    20/11/2021 à 19 h 40 min
    • quinctius cincinnatus Répondre

       » les Nations n’ ont pas d’ amis « 

      21/11/2021 à 13 h 54 min
  • quinctius cincinnatus Répondre

    la Civilisation pour les  » Américains  » porte un nom le  » BUSINESS  »
    les  » Américains  » nous ont américanisés

    19/11/2021 à 13 h 33 min

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