Ronald Reagan, visionnaire de la modernité

Posté le juin 19, 2004, 12:00
7 mins

Avec la mort de l’ancien président américain Ronald Reagan, une page décisive de l’Histoire contemporaine se tourne. Homme dont la ténacité contribua à l’effondrement soviétique, Ronald Reagan fut le visionnaire d’une nouvelle société centrée sur le dynamisme et l’innovation.
En replaçant l’individu au centre de l’intérêt général, il libéra les énergies et suscita un formidable déchaînement des initiatives en faveur du progrès et de la croissance. En replaçant l’Homme au centre de l’intérêt public, Ronald Reagan se plaça délibérément dans la droite ligne des valeurs humanistes dont l’Occident peut s’enorgueillir à juste titre.
À la charnière d’un ancien monde pétrifié par la Guerre Froide et d’un nouveau monde dominé par le mouvement des échanges, l’atlantiste Ronald Reagan donna un nouvel essor à une économie planétaire dont le modèle keynésien s’essoufflait. Avec son amie Margaret Thatcher, Ronald Reagan comprit le premier que la crise de 1973 résultait, au-delà de la facile explication conjoncturelle mettant en avant la hausse des prix pétroliers, de la saturation des anciens marchés générés par la reconstruction de l’après-guerre et la consommation de masse. L’ancien modèle industriel atteignait ses limites, et l’avènement d’une nouvelle économie centrée sur les services, illustrée par les progrès de l’Internet, permit de trouver de nouvelles ressources à une croissance devenue plus qualitative que quantitative.
Ronald Reagan comprit cette nécessité de changement. Il comprit que le succès des 30 Glorieuses reposait sur un modèle impossible à recréer, et que l’interventionnisme de l’État, justifié sans doute en période de conflit armé ou de tensions internationales, stérilisait la libre initiative des forces vives de la Nation. En rompant avec le keynésianisme américain imposé par Roosevelt dans les années trente, il entérinait la victoire d’une économie de paix sur une économie de guerre.
Par son réalisme toutefois, il trompa les critiques acerbes de ses adversaires keynésiens en admettant l’importance stratégique de l’État dans des domaines bien particuliers : la recherche fondamentale, l’espace et la défense. Stimulée par la hausse vertigineuse des équipements militaires, la recherche permit de développer des technologies de pointe qui assurèrent à l’armée américaine une suprématie à faire pâlir d’envie les états-majors européens. La conquête de l’espace trouva un nouvel essor sous l’ère Reagan. Bien que débouchant sur un échec à cause de son manque de faisabilité technique, le projet d’Initiative de Défense Stratégique (IDS) – improprement appelé « Guerre des Étoiles » – avait réussi l’incroyable tour de force d’entraîner les Soviétiques dans une essoufflante course aux armements qui allait leur être fatal. Toutes ces technologies avancées eurent d’indéniables retombées civiles, stimulant une croissance riche en valeur ajoutée. Qui sait qu’Internet dut son existence à un projet militaire de décentralisation du commandement, afin d’assurer la subsistance du système de défense stratégique en cas d’attaque nucléaire ?
L’audace politique de Ronald Reagan produisit des résultats au-delà de toute attente. Aux États-Unis, une croissance soutenue, une agressivité commerciale incomparable, un chômage réduit à sa plus simple expression malgré une forte immigration. Plus près de nous, le Royaume-Uni bénéficia aussi d’une thérapie de choc libérale qui le sauva d’une décadence irréversible.
Or que se passe-t-il de ce côté-ci de l’Atlantique et de la Manche ? Une croissance atone, un manque de confiance dans l’avenir, un rejet viscéral et irrationnel de l’économie libérale. Manipulés par les syndicats archéo-trotskistes, trompés par la démagogie facile et abrutissante de l’extrême gauche, les peuples d’Europe continentale s’arc-boutent sur les vieilles illusions d’un État-providence censé prodiguer à l’infini travail, richesses et loisirs. Alors que l’Histoire est un train qui n’attend pas les retardataires, nous peinons à reconnaître les réalités du déclin français, nous qui subissons les restructurations industrielles au lieu de les anticiper, nous qui réduisons le temps de travail alors que le travail constitue justement la condition de notre salut, nous qui fossilisons l’esprit d’initiative par des monopoles d’État alors que la concurrence internationale et la mondialisation les rendent obsolètes. Grignotés par le bas à cause de la compétitivité supérieure des pays-ateliers comme la Chine et l’Inde, assommés par le haut à cause de l’extraordinaire puissance technologique des États-Unis et du Japon, nous subissons un étranglement économique qui signifiera à terme notre perte.
Par ce mélange subtil de réalisme et d’enthousiasme dans les valeurs de la Liberté, Ronald Reagan donna une impulsion décisive à cette époque charnière précédant l’effondrement soviétique. Loin de se laisser réduire à la caricature de l’Américain bêta, forcément borné et réactionnaire, Ronald Reagan sut concilier les valeurs profondes de la culture américaine avec les défis de son temps. Loin de se laisser enfermer dans les schémas réducteurs des médias politiquement corrects, Ronald Reagan sut accompagner la mutation d’un ancien monde réconcilié avec le Progrès et la Liberté. Il a gagné une place majeure dans l’Histoire.

4 réponses à l'article : Ronald Reagan, visionnaire de la modernité

  1. Niko

    26/06/2004

    Oui un Reagan à la rigueur… encore faudrait-il des électeurs sensés votant pour lui… comme le dit stoss d : reportez vous aux résultats des votes. Heureusement pour moi. Dans un an je serai du bon côté de l’atlantique et je regarderai le déclin de la France comme une mauvaise série B au dénouement connu d’avance… Mais néanmoins avec une petite pensée pour ceux qui y resteront sans le mériter 🙁

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  2. benji

    24/06/2004

    yes……….One Reagan for the France

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  3. Nicolas

    22/06/2004

    Dommage que la France marxiste soit incapable d’avoir un Reagan…

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  4. stoss d

    21/06/2004

    Je suis entièrement d’accord avec vous. Hélas reportez vous aux résultats des votes

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