Souvenirs pittoresques et tragiques

Souvenirs pittoresques et tragiques

Après plus de 40 ans de carrière dans des pays en proie presque toujours à la guerre civile, résultant de l’indépendance, j’ai conservé un certain nombre de souvenirs, les uns pittoresques, les autres tragiques.

Commençons par les rigolos.

Ils sont peu nombreux.

L’une des épouses d’un chef de tribu africain est conduite dans la spacieuse villa qui vient d’être attribuée à son mari, chef de tribu, promu ministre du nouvel État.

Elle remarque un objet bizarre, qu’elle n’avait encore jamais vu et demande: «C’est quoi, ce truc-là? – C’est un téléphone, Madame.

Vous décrochez l’écouteur et vous dites: Allô.» Aussitôt dit, aussitôt fait.

Et voilà notre épouse ministérielle de dire: «Allô, allô, allô …»

Après plus d’une heure d’allô, Madame l’épouse fit savoir qu’elle n’entendait rien.

Puis, tout à coup, une réponse arriva: «Sachez, Madame, qu’à la colonisation a succédé la famine.»

Plus pittoresque, et aussi plus bruyante, fut la roquette chinoise qui atterrit sur la résidence de l’ambassadeur de France à Kaboul.

Cette fusée explosa sur la cuve à mazout de la résidence qui, elle, n’explosa pas. Si ce réservoir avait explosé, comme il aurait dû, l’auteur de ces lignes ne serait sans doute pas là pour raconter l’histoire. Ladite fusée explosée avait été lancée des hauteurs qui entourent Kaboul par des Talibans pro-chinois, que les Chinois comblaient d’explosifs en tout genre.

Le lendemain de l’explosion, je reçus un appel de l’ambassadeur de Chine qui me demandait de bien vouloir recevoir le premier secrétaire de son ambassade afin de prendre des photos de la fusée explosée mais toujours visible, ainsi que des dégâts qu’elle avait causés.

«Excellence, puis-je envoyer à votre ambassade mon premier secrétaire chargé d’examiner les résultats de l’explosion de cet engin de fabrication chinoise qui, malheureusement, est tombé sur votre ambassade. »

Je répondis à Son Excellence du nom, je crois, de Xi Ping Hua que je donnerai l’autorisation, mais que c’était tout à fait exceptionnel. L’ambassade de France à Kaboul est mitoyenne du palais occupé par le président afghan, communiste lui aussi, mais d’obédience soviétique. J’en profitai pour prier mon éminent interlocuteur chinois qu’il veuille être assez aimable pour inviter ses amis talibans maoïstes à allonger leur tir de quelques centaines de mètres de manière à éviter les désagréments que je viens d’évoquer – toutes les vitres de l’ambassade ayant, elles, explosé.

Et, le lendemain, en effet, le premier secrétaire chinois se rendit à l’ambassade de France, bardé d’appareils photo, pour immortaliser les restes de la fusée, ce premier secrétaire étant aussi l’attaché militaire. Quelques-unes de ces photos me furent remises. Elles sont dans ma bibliothèque. Elles illustrent l’amitié sino-soviétique. Entre amis, comme on le voit, on ne se refuse rien!

En Afrique noire, les présidents étaient dans l’ensemble très proches de Jacques Chirac, plus tiers-mondiste que le plus tiers-mondiste de la planète. Ils se téléphonaient souvent. « Jacques, ça va ? La Madame Bernadette, ça va aussi ? Et ta fiancée, comment ça va ? Dis donc, Jacques, ton ambassadeur, c’est un colonialiste. Je ne veux plus le voir. Tu vas l’affecter où tu voudras. En Corse ou dans n’importe quel pays indépendant. Moi, je ne peux plus l’encadrer.

– Jacques, je voulais te dire aussi que la tapisserie des sièges de l’avion que tu m’as offert est d’une couleur qui ne me plaît pas.

Il faut la changer. Le blanc m’irait bien …

– Ne t’inquiète pas, Mamadou, le nécessaire sera fait. J’en parle aussitôt à papa Foccart.»

J’ai encore, parmi d’autres, un souvenir qui, lui, est plutôt agréable. Étant devenu, par la force des choses, chasseur d’éléphants qui s’en donnaient à cœur joie pour démolir les cases des villageois, j’avais, pour me conseiller, un excellent pisteur qui s’appelait Bandassi. Il connaissait tellement bien les éléphants et leurs habitudes qu’on disait qu’il était lui-même un éléphant passé chez les Blancs. Toujours est-il que Bandassi tomba sérieusement malade. L’infirmier local n’avait pas les moyens de le guérir. Alors j’ai demandé l’envoi d’un avion pour une évacuation sanitaire. J’ai été écouté et un bimoteur Heinkel qui avait autrefois appartenu à la Luftwaffe réussit à atterrir sur la piste en terre battue de la localité. Bandassi fut sauvé.

Il retrouva ses éléphants mais, cette fois, auprès du président Giscard d’Estaing, grand chasseur de fauves, toujours dans la même région.

Il faut dire que chasseur de fauves, ce n’est pas si facile. Il y faut du sang-froid et du courage. Giscard avait sang-froid et courage. En passant, je note qu’il faut éviter le coup de doigt en appuyant trop vivement sur la gâchette qui fait que le canon est relevé et que la balle destinée au fauve lui passe 50 cm au-dessus de la tête. Ceci dit à l’intention des lecteurs, à toutes fins utiles …

L’éléphant abattu, on dégustait la trompe en brochette, c’est-à-dire sur des rayons de bicyclette. Les Noirs avaient du sel et les Blancs offraient du vin rouge portugais appelé Nabao qui tenait le coup malgré la chaleur. C’était la fête pour les indigènes. « Les Blancs chasseurs, tu vois, ils sont gentils, ce sont des amis. »

Tout cela, cette amitié sur le tas, dans la réalité la plus simple, c’est ce qu’il faudrait rappeler et souligner à ceux qui crient sur tous les toits, dans leur ignorance malveillante, que les Blancs sont tous racistes, atteints par tous les défauts du monde. Sans doute même, les anthropophages, ce sont eux. Et d’autres absurdités répandues par cette minorité vociférante qui ajoute quelques palmes au crétinisme humain.

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(2) Commentaires

  • ELEVENTH Répondre

    A propos de vos « chasses à l’éléphant » et autres en compagnie du célèbre Giscard ‘qui a eu le courage de nous fourguer le regroupement familial africain que nous payons tous les jours et qui finira par nous faire disparaitre, merci).
    Voila un article qui va ravir la « correspondante du Washington post » à Paris, la célèbre Rakayia POIROT et autre Carglas qui n’est contente que si si les leucus s’ effacent.
    Cela lui donnera l’occasion de réactiver son sempiternel « YA BON BANANIA » pour nous ressasser sans fin que nous n’avons qu’a faire des méa culpa pour l’éternité. …..Sans oublier, bien sur, de cracher abondamment au bassinet des causes subventionnée par nos impots des assos « décolo », « antirat=stisto », « blancobavo », etc.
    Vous aurez compris, Excellence, que vos exploits passés ont bien marqué l’imaginaire de ces gens qui ne vont pas se priver de s’en servir. Ce ne sont pas, encore, « les sanglots de l’homme blanc », mais ça ne va pas tarder; Merci.

    17/04/2021 à 17 h 05 min
  • ELEVENTH Répondre

    Vraimin, Bassador, là, il est trop fort.
    Mon ami Kouassi Koudio Alassane Ngetta m’a même dit qu’il avait mangé l’homme avec lui. Un vrai chef. Les autres ne sont que des kakabas !
    Bendikons !

    13/04/2021 à 18 h 26 min

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