Union européenne, Russie: un inconcevable gâchis

Union européenne, Russie: un inconcevable gâchis

Au mois de mars dernier, Vladimir Poutine a signé le décret qui, après le vote de la Douma, lui permettrait de se présenter à nouveau à la présidence de la Fédération de Russie.

Bien évidemment, toute la nomenklatura occidentale a crié au scandale.

Pourtant, lorsqu’il arriva au pouvoir le 26 mars 2000, Vladimir Poutine n’était en aucune façon anti-occidental. Au contraire. Dès le mois de mai suivant son élection, il avait repris les relations avec l’OTAN, allant jusqu’à envisager l’adhésion de la Russie. Le moins que l’on puisse dire est que sa bonne volonté ne fut guère payée de retour.

Pourtant, quelques semaines après la chute du mur de Berlin, les 2 et 3 décembre 1989 au sommet de Malte, Mikhaïl Gorbatchev et George H. W.Bush avaient déclaré mettre fin à la guerre froide. Mais aucun document n’a été signé lors de cette rencontre historique.

Ce qui créa une situation ambiguë, la Russie ayant demandé que l’OTAN ne s’approche pas de frontières de la Russie, en contrepartie du retrait des troupes soviétiques des pays de l’Est et de l’entrée de l’Allemagne réunifiée dans l’OTAN. Le Secrétaire d’État James Baker avait alors assuré que l’OTAN ne s’étendrait «pas d’un pouce». Mais on sait ce qu’il advint.

Pire encore, les États-Unis et l’Union européenne n’eurent de cesse de tenter de déstabiliser la Russie sur ses marges.

Ainsi la CIA fomenta une série de révolutions «de couleur» pour affaiblir la nouvelle Fédération de Russie.

De surcroît, les États-Unis ont systématisé le soutien à des ONG chargées de diffuser l’idéologie libérale-libertaire mondialisée, telles la Fondation pour la société ouverte (Open society) du spéculateur George Soros.

Outre le fait que nul pays n’est obligé d’adhérer à ce qu’Obama appelle «la société cosmopolite et inclusive», il est patent que les Occidentaux ne font aucun effort pour comprendre leur interlocuteur russe.

Le peuple russe est patriote, enraciné dans son histoire profonde et sa spiritualité. Il a aussi de la mémoire et ne supporte pas l’humiliation.

Ainsi est-il surpris de constater que l’Occident semble méconnaître que la Russie a payé un prix humain énorme durant la dernière guerre mondiale, près de 27 millions de morts. Et le fait que Staline ne valait pas mieux que Hitler n’enlève rien au sacrifice du peuple russe.

De la part des États-Unis, on peut comprendre l’inquiétude qu’aurait suscitée un rapprochement de l’Union européenne avec la Russie qui détient de formidables ressources naturelles et possède des scientifiques et ingénieurs de hautes compétences. Un nouveau pôle mondial serait ainsi apparu entre les États-Unis et la Chine.

Une autre raison de l’hostilité à l’égard de Vladimir Poutine est probablement qu’il représente tout ce que ne sont pas les dirigeants occidentaux: patriote, enraciné, volontaire, conscient que le grand jeu diplomatique ne réside pas dans les postures idéologiques et pseudo-morales, mais dans une approche réaliste des rapports de force et des données de l’histoire et de la géographie.

On notera d’ailleurs qu’en matière de droits de l’Homme, les Occidentaux sont beaucoup moins pointilleux quand il s’agit des rapports avec la Chine.

Interrogé par une journaliste occidentale en 2017, sur la principale erreur de la Russie à l’égard de l’Occident, Vladimir Poutine avait répondu: «La plus grande erreur de notre part dans les relations avec l’Occident, c’est que nous vous avons trop fait confiance et votre erreur, c’est que vous avez pris cette confiance pour une faiblesse et que vous en avez abusé.» Propos lucides.

Mais la Russie a su démontrer en Syrie qu’elle comptait encore dans le concert des nations.

Dans cet embrouillamini diplomatique, la grande perdante est l’Europe.

En fin de compte, ce calcul politico-diplomatique semble bien dangereux car il pousse la Russie vers l’Asie, et notamment vers la Chine, puissance communiste qui vise à s’affirmer comme la grande puissance mondiale du XXIe siècle. Y a-t-il un intérêt pour l’Europe dans tout cela?

Aucun et l’histoire des relations entre l’Union européenne et la Russie restera sans doute le plus grand gâchis diplomatique d’une Union européenne sous influence et qui préfère les postures idéologiques prétentieuses à l’efficacité politique.

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Union européenne, Russie. Un inconcevable gâchis.

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