Irréformable islam

Irréformable islam

Sami Aldeeb Abu Salieh est professeur des Universités et directeur du Centre de droit arabe et musulman. Palestinien, arabe et chrétien, résident en Suisse, il est un des meilleurs spécialistes actuels de la Charia (le droit musulman). Ses ouvrages font référence. Nous reprendrons quelques uns de ses articles didactiques tirés de son blog « Savoir ou se faire avoir« , qui pourrait être l’adage de l’Observatoire de l’islamisation.

Il nous parle aujourd’hui de l’épineux problème de la réforme en islam, et du travail délicat des réformistes libéraux dans le monde arabe :

« Nous l’avons dit dans le billet 7, le droit musulman est assimilé à un arbre. Il y a d’un côté les racines (ussul), et de l’autre côté les branches (furu’).

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Les critiques qui sont adressées au droit musulman concernent principalement les branches: inégalité entre l’homme et la femme, inégalité entre croyants et non-croyants, absence de liberté religieuse, cruauté des sanctions pénales (lapidation, amputation d’un membre, etc…), son expansionnisme et sa doctrine de la guerre sainte qui vise ouvertement à conquérir le monde pour imposer l’application du droit musulman sur l’ensemble de la planète.

Les intellectuels libéraux musulmans, les mouvements féminites et les minorités religieuses dans les pays musulmans relèvent avec insistance ces problèmes. Mais leurs protestations et leurs critiques ont peu de chance à aboutir. Vous avez beau enlever les feuilles malades, d’autres feuilles malades ne tarderont pas à pousser. Vous pouvez couper quelques branches sèches, mais les nouvelles branches tombent malades â leur tour. On se retrouve en fait dans un cercle vicieux. On se rend vite compte que le problème n’est pas celui des feuilles ou des branches qui sèchent, mais c’est le problème des racines. Ce qu’on voit sur les feuilles et les branches n’est que le symptôme d’une maladie profonde qui ronge les racines.

Prenons un autre exemple. Les murs de votre maison se fissurent et le toit menace de vous tomber sur la tête. Vous allez tenter en premier lieu de mettre quelques planches et quelques clous. Mais vous vous rendez compte que les planches et les clous sont de peu d’utilité et que l’état de la maison se dégrade de plus en plus. Vous allez alors voir les fondations de la maison et examiner s’il n’y a pas une infiltration d’eau qui rongent la maison. Il vous faut alors assainir les fondations et les consolider, sans cela vos efforts sur les murs extérieurs seront vains.

C’est ce que font généralement les intellectuels libéraux musulmans, en s’attaquant non seulement aux branches et aux feuilles malades (symptômes extérieurs), mais aux racines du mal, à savoir les fondements du droit musulman. Il s’agit donc de mettre en question le concept même de la révélation, le Coran et la Sunnah, les deux sources du droit musulman. Évidemment, une telle mise en question n’est pas simple. Déjà si vous critiquez les symptômes (en dénonçant par exemple l’inégalité ou le manque de liberté religieuse), vous risquez votre tête. Que dire alors de la mise en question des fondements du droit musulman? On vous accusera de vouloir non pas guérir l’arbre, mais l’abattre. Et dans ce cas, on estimera qu’il est préférable de vous assassiner pour vous faire taire définitivement. Pour cette raison, les intellectuels libéraux musulmans agissent avec beaucoup de précaution.

Je me rappelle d’une discussion que j’ai eue avec un intellectuel arabe de passage en Europe. Il m’a affirmé avec conviction que tant que les musulmans croient dans le Coran comme parole de Dieu, aucun progrès social n’est possible dans les pays musulmans. Ce libéral a écrit de nombreux ouvrages. Je lui ai demandé de m’indiquer dans quel ouvrage il a dit cela. Et la réponse était la suivante: « Nulle part. Mais vous voulez ma mort? Celui qui oserait l’écrire dans les pays musulmans risque de se faire tuer, et sa famille sera réduite à la misère. Il faut encore cinquante ans pour oser le dire« . Lu ici

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