Le totalitarisme culturel des islamistes Egyptiens

Posté le décembre 10, 2011, 6:16
4 mins

L’islamisation radicale s’empare des leviers culturels. Le champ socio-éducatif devient un terrain de guerre des idées, dès la petite enfance. Et la volonté de domination morale des fondamentalistes vise aussi la plus haute littérature, jusqu’aux livres  du prix Nobel Naguib Mahfouz.

A l a conquête des jardins d’enfants

A 12 / 13ans, Assem Al-Askari est un « child preacher » , un prêcheur enfant. Sur la chaîne Al-Rhama TV , il apparaît en costume sombre , chemise blanche, cravate. Il fait l’éloge des tout jeunes  scolarisés et de la culture guerrière qu’il faut leur inculquer . C’est entre leurs mains qu’est déposé le destin politique de l’Egypte.

  • «  Par Allah, notre capital en termes de culture et de vigilance grandit parmi les enfants, affirme  Al-Akari , dans les jardins d’ enfants de la maternelle, les petits chantent : c’est le peuple qui impose  l’orientation du régime ».

Le discours du jeune prêcheur est un hymne à la violence, la seule éthique qu’il connait est celle  du combattant islamiste :

  • « nous devons livrer la guerre civile, les Juifs et les Américains sont constamment en train de comploter contre notre peuple admirable  ; un jour c’est la lutte entre Musulmans et chrétiens ;  un autre jour c’est l’affrontement entre les militaires et le peuple ».

Censurer le prix Nobel

Mahfouz reçut le Nobel de littérature en 1988. Sa gloire internationale lui valut la haine des islamistes ; il échappa à un attentat perpétré par deux fanatiques en 1994. Blessé à la main droite, il dut renoncer à écrire et fut contraint de dicter ses textes.

Sa philosophie universaliste et ouverte de l’art le désignait naturellement  comme cible  des intégristes. Sa cohérence le porta  à braver le dogmatisme de ses adversaires: Mahfouz  défendit,  au nom de la liberté de création ,   la reproduction d’un nu de Klimt contre l’hystérie répressive des religieux.

Cinq ans après sa mort, la détestation des salafistes le poursuit à travers ses œuvres. Début décembre, c’est l’un d’entre eux,  Al-Shahhat,  qui a dénoncé à la télévision  « les livres malsains  de Naguib Mahfouz qui sèment la dépravation en parlant  de la drogue, de la prostitution ».

La littérature de Mahfouz est d’ « inspiration athée ».  L’Etat a le devoir d’interdire les écrits de sensibilité athée : selon Al-Shahhat , « il faut soumettre le problème posé par Mahfouz à  l’académie des recherches islamiques de l’université Al-Azhar ».

Les échos de La Sorbonne

Même l’université française sert de référence  à la propagande culturelle des extrémistes. L’acteur Nour Al-Sharif a voulu stigmatiser la malfaisance universelle des Juifs. Il cite sans plus de précision le cas  « d’un Français auteur d’une thèse de doctorat prouvant que les chambres à gaz sont  un mensonge de la communauté juive ». Il affirme que les autorités de la Sorbonne,  sous la pression du lobby israélite,  a refusé de  décerner au «  Frenchman » le doctorat  « qu’il mérite en tant que chercheur ».

Le nom du  « Frenchman » chercheur, le titre de sa thèse, la date de la soutenance : peu importe.  Nour Al-Sharif est convaincu d’être dans  la vérité historique en reprenant  les théories qui nient  l’existence des chambres  d’extermination nazies.

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