Manoeuvres turcs derrière la flotille de Gaza

Manoeuvres turcs derrière la flotille de Gaza

Yves Daoudal  :

 

« L’opération est unanimement condamnée, y compris par les Etats-Unis, y compris par les médias israéliens
qui la qualifient de « fiasco » et de « stupidité ». La provocation de Free Gaza avait pour but de dénoncer la situation à Gaza, dont les Etats-Unis eux-mêmes viennent de
rappeler qu’elle est « inacceptable ». La réponse d’Israël est une autre provocation, un de ces coups de menton irresponsables dont les Israéliens ont le secret. A moins qu’ils aient
besoin de relancer périodiquement le cycle des attentats…

I Dans l’immédiat, le plus important est de tenter de
cerner le rôle de la Turquie
. La flottille était partie de la zone de Chypre sous contrôle turc, et avait été inspectées par les autorités turques. Or la Turquie était (est toujours,
en théorie) le seul allié d’Israël dans la région. Les relations entre les deux pays se sont gravement détériorées après l’attaque de Gaza fin décembre 2008. Les autorités
turques ont maintes et maintes fois condamné l’opération, en termes très vifs, de grandes manifestations anti-israéliennes ont été organisées dans le pays, des manoeuvres conjointes entre les
deux armées ont été annulées, et depuis lors il n’y a eu aucune amélioration. Parallèlement, on a vu s’opérer un spectaculaire rapprochement entre la Turquie et l’Iran. Et
c’est dans cette configuration qu’a lieu la tentative de briser le blocus de Gaza. Une tentative turque, même si le gouvernement d’Ankara n’en est pas directement à l’origine, et s’il y avait
des activistes de 42 pays. Les réactions turques, plusieurs tons au-dessus des autres, pourtant si vives, montrent bien que le gouvernement turc se sert de cette affaire pour franchir
un nouveau pas dans son hostilité à Israël.

T Et l’on ne peut que se demander pourquoi Ankara opère un tel
retournement diplomatique, totalement impensable il y a quelques années. On a la réponse quand on regarde qui dirige la Turquie, et l’évolution de la population turque. Le
pouvoir politique en Turquie est occupé par des hommes qualifiés stupidement par la presse occidentale d’« islamistes modérés », ce qui est une contradiction dans les termes. Et comme le dit
le Premier ministre Erdogan, il n’y a pas d’islam modéré ou non, il y a l’islam. Le pouvoir est donc clairement islamiste, après de longues décennies « laïques ». Et ces gens-là ont été
portés au pouvoir par un peuple qui s’est profondément ré-islamisé et qui continue de se ré-islamiser. Le tropisme islamique fait que la Turquie se tourne aujourd’hui vers les pays
musulmans, et de façon a priori étonnante vers l’Iran chiite
(mais il y a le pétrole dont la Turquie a besoin, le fait qu’un quart des Turcs sont alevis, proches du chiisme,
l’influence de l’Iran dans certaines républiques turcophones du Caucase…). Du coup, ces derniers temps, on n’entend plus guère les Turcs revendiquer leur adhésion à l’Union
européenne… »

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