Oslo : la faute au "fondamentalisme Chrétien" ?

Posté le juillet 26, 2011, 4:00
9 mins

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Ce matin, dans Le Figaro, j’ai lu l’article de Mathieu Guidière, titulaire de la chaire « islamologie et pensée arabe » à Toulouse II, dont j’apprécie habituellement les tribunes et entrevues qu’il donne dans les médias, et regrette de n’avoir pas encore eu le temps de lire ses ouvrages.

Avant de lire mes remarques, il est important de lire en entier son article.

Voici les passages qui m’ont fait bondir , tout comme beaucoup de lecteurs du Figaro dans les commentaires :

« Breivik représente, selon moi, un nouvel avatar du terrorisme global, celui du fondamentalisme chrétien né en réaction aux attaques du 11 septembre 2001. (…)Les années Bush ont mis le paradigme médiéval à la mode, c’est-à-dire qu’elles ont privilégié une approche religieuse et dichotomique du monde, une logique conflictuelle: la civilisation musulmane contre la civilisation chrétienne. Sauf que le fondamentalisme chrétien est le pendant du fondamentalisme islamiste. Les uns et les autres affichent la même terminologie, les mêmes concepts, les mêmes référents historiques, en l’occurrence l’époque des croisades. »

Je comprend ce que veut dire Guidière: Bush a donné une orientation simpliste et  dangereuse à la mouvance neo-protestante américaine, dont il a instrumentalisé les émotions en ne lésinant pas sur la désinformation pour emporter l’adhésion de son peuple dans ses aventures guerrières. Il a commis la faute d’instrumentaliser le référentiel passé catholique des croisades pour légitimer ses guerres expansionnistes (propres à tout Empire), dans une logique de « guerre juste » et « totale » qu’a très bien explicité le penseur  Carl Schmitt (1888-1985). Mais pourquoi, pourquoi employer le terme générique de « fondamentalisme chrétien », qui pourrait donc englober dans l’esprit moins clarvoyant des lecteurs des catholiques traditionnalistes ou même le Pape dont le conservatisme est plus que brocardé dans les médias ? Guidière aurait pu préciser qu’il ne parle que d’une partie des seuls protestants, plus précisemment sa tendance « évangélique » américaine,  car c’est justement à cause de ce flou entretenu (souvent involontairement) que les Chrétiens d’Orient (Maronites, Coptes, Melkites, Assyro-Chaldéens) sont amalgamés aux va-t-en guerre Bushistes ! Les conséquences de cet amalgame ont des répercussions moins tragiques pour les catholiques d’Europe, Dieu soit loué, mais le fait est que la condamnation du Pape lors de l’intervention américaine en Irak a eu beaucoup moins d’echo que la déclaration de « croisade » par Bush. Concernant la peur -supposée ou réelle -d’une invasion/islamisation du continent européen, même la très traditionnaliste Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X de Mgr Lefebvre propose des solutions équilibrées posant la nécessité du co-dévellopement par la plume de l’Abbé Cellier dans un ouvrage récent. Voilà pour la droite de la droite de l’Eglise !

Maintenant si on veut être rigoureux sur le profil de l’assassin il convient de préciser que :

1- Il n’allait JAMAIS à la messe ou au culte, ce qui fait désordre pour un fondamentaliste non ? Ses références à la Chrétienté sont uniquement culturelles et idéologiques. Ainsi on peut lire dans son mémoire que : « Puisqu’il s’agit d’une guerre culturelle, notre définition d’être chrétien n’implique pas nécessairement d’avoir une relation personnelle avec Dieu ou Jésus(…)Donc on n’a pas besoin d’avoir une relation personnelle avec Dieu ou Jésus pour se battre pour notre héritage culturel chrétien. Il vous suffit de vous considérer comme Chrétien-Agnostique ou Chrétien-athée » (SIC)

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2- Par contre il fréquentait assidument sa loge maçonnique. Maître à la loge de saint Jean Saint-Olaf aux trois colonnes,  Ivar A. Skar, grand maître de l’Ordre norvégien des francs-maçons (Grande Loge de Norvège) vient de l’en exclure. Et c’est là que la référence graphique et idéologique aux Chevaliers des Templiers devient limpide. En effet, des tendances non marginales de la Franc-maçonnerie ont depuis longtemps revendiqué l’héritage de l’Ordre décimé par Clément V, voyant dans la condamnation de son dernier chef  (Jacques  Molay, 1314) par l’Eglise  une injustice à venger. Les premières traces de ce courant « neo-templier » sont apparues en Allemagne, considéré par les experts comme la quatrième source de la Franc-maçonnerie, ayant notamment alimenté la symbolique des rites supérieurs à la maçonnerie de base (dite bleue) , dès le grade « Rose-Croix » . Dans un discours du 8 avril 1839 l’officier du Grand-Orient de Bainville a dans la Loge des chevaliers de la Croix expliqué que » l’ordre maçonnique est une émanation de l’ordre du temple , dont vous connaissez l’histoire et les malheurs, et il ne peut  pas être raisonnablement autre chose » (désolé pour la datation ancienne mais il s’agit d’une illustration). Encore plus vérifiable (BNF) et officiel, on citera Le Globe, initiations maçonniques (Paris, 1839) où on lit  » J’ose donc affirmer que l’ordre maçonnique fut établi dans le XIV eme siècle par des membres de l’Ordre du Temple, d’obédience du grand-prieuré d’Ecosse ». La maçonnerie se solidarise avec l’ordre proscrit par l’Eglise, dont les aveux des membres issus des procès verbaux présenté en son temps par Michelet (grand historien de l’Institut, FM) font apparaître des négations de la divinité de Jesus ou de sa crucifixion. L’incompatibilité totale de la Franc-maçonnerie avec la foi catholique s’exprime clairement dans le grade du Chevalier Kadosch (saint, purifié, consacré en hébreux), correspondant au 30 eme degré Ecossais ancien (aussi appelé chevalier de l’Aigle) où le rite prévoit un costume de chevalier templier que revêt l’initié  (La revue de référence « Tuileur de l’Ecossisme » édité chez Delaunay en 1821 parle de ce grade comme « le nec plus ultra de la Maçonnerie Templière »), poignard en main, où il doit prononcer le mot Nekam (« vengeance » en hébreux à l’encontre de la papauté) et répondre à l’injonction  » Foule au pieds cette image de la superstition, brise là » …correspondant à un crucifix placé à même le sol…voilà pour le rapport avec le catholicisme qui a par ses papes condamné l’appartenance à la Franc-maçonnerie dans pas moins de douze encycliques.

Pourquoi occulter tout cette facette de son existence qui devait l’occuper plusieurs fois par mois, qui a dû alimenter son imaginaire symbolique et surtout idéologique ?

3- Faire un parrallèle symétrique entre un « fondamentalisme Chrétien » qui renvoit au fondement des textes de l’Evangile emplis d’amour (y compris pour ses ennemis !) et un « fondamentalisme islamiste » (Guidière n’ose écrire « fondamentalisme islamique » ou musulman) qui renvoit au texte coranique et à la Tradition du hadith dont on n’ose relever les occurences du mot combat (qital) contre les Juifs et Chrétiens et où on chercherait en vain le mot « amour » de Dieu pour les hommes, dénote au mieux d’un manque de rigueur intellectuel, au pire de relents christianophobes…

Joachim Véliocas, Observatoire de l’islamisation, 25 juillet 2011

Dernier livre paru : Ces maires qui courtisent l’islamisme, Tatamis, 2010

(source islamisation.fr)

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