6 mai 2012 : les trois erreurs de Sarkozy

Posté le mai 09, 2012, 12:00
8 mins

En démocratie, il n’est jamais facile de se faire réélire. À moins de présenter un bilan indiscutable, en particulier en termes d’emplois et de croissance économique.

Aux États-Unis, ce fut le cas aussi bien de Ronald Reagan que de Bill Clinton. Et, en Grande Bretagne, de Margaret Thatcher.
En France, aucun exemple ne vient à l’esprit. Le général De Gaulle, réélu en 1965, n’avait pas été élu au suffrage universel en 1958. François Mitterrand comme Jacques Chirac se sont bien fait réélire, mais « contre » leur Premier ministre de cohabitation.

C’est au regard de ces références qu’il faut apprécier le score de Nicolas Sarkozy le 6 mai 2012.
Le pari était difficile. D’autant que la crise remettait (aurait dû remettre) en cause le système monétaire international, basé sur la régulation de monnaies de papier par des banques centrales, ignorantes des règles les plus élémentaires de l’économie, à commencer par le primat de l’épargne.

Mais, face à une gauche toujours sectaire et attachée au vieux mythe d’une société « sans classes », le challenge n’était pas impossible, dans la foulée d’une victoire éclatante en 2007.

Nous ne discuterons pas ici de la pertinence de telle ou telle réforme. Nous nous placerons sur le seul terrain de la science politique, qui nous enseigne quelques règles, confirmées par le bon sens.
Le président sortant a enfreint au moins trois de ces règles.

La première est que, dans nos démocraties compliquées, où chacun estime détenir une part de légitimité, en particulier quand il se rattache à une branche de notre oligarchie, les réformes doivent être lancées dans les 100 jours qui suivent l‘élection, c’est-à-dire dans cette période où le peuple a, sans conteste, délégué, pour le meilleur comme pour le pire, toute sa souveraineté au nouvel élu.
L’affirmation, reprise du pauvre Jean-Pierre Raffarin, répétée ad nauseam par le chef de l’État et ses séides, selon laquelle il avait cinq ans pour faire des réformes, était fausse, et, à la fin, pathétique. C’est l’inverse qui est vrai : la campagne électorale est là pour préparer le terrain. Les trois mois qui suivent sont ceux des semailles. Si la récolte est bonne, une nouvelle moisson de bulletins de vote pourra être au rendez-vous.

La seconde règle est qu’il faut gouverner avec tous ceux qui vous ont aidé à vous hisser sur le pavois. Sans exception. Ni plus, ni moins.
Il n’aurait donc pas été anormal que plusieurs personnalités, représentatives des électeurs de sensibilité Front National qui avaient voté pour Sarkozy au 2e tour soient promues « ministres ». Au lieu de quoi, on a eu droit à la funeste « ouverture ».
Non pas que l’élargissement d’une majorité présidentielle en cours de mandat soit forcément une mauvaise idée. Mais il est conseillé, par la même « science politique », de la mettre en œuvre plutôt à la fin du mandat qu’au début.

La troisième erreur touche à la personnalisation du pouvoir. Nicolas Sarkozy a souvent dit : « J’assume mes responsabilités ». Fort bien. Mais pourquoi avoir à ce point réduit celles de son Premier ministre et de son gouvernement ?
Dans une démocratie moderne, cha­que responsable doit avoir sa part d’autonomie, de responsabilité, de risque, de liberté. Avec les conséquences que cela implique : la gloire ou l’opprobre. Et cela vaut non seulement pour l’exécutif, mais aussi pour la machine du parti.
Sous Sarkozy, la fidélité exigée par le chef faisait un peu penser à la Cour impériale sous Napoléon Ier, où la flatterie était davantage recommandée que la sincérité ou la lucidité.

Dans son débat final avec François Hollande, Nicolas Sarkozy a pu se vanter d’avoir réalisé de nombreuses réformes et de n’avoir jamais reculé, face aux manifestations de rue, pour les mettre en œuvre.

C’est à la fois vrai et faux.
Prenons l’exemple de la réforme du financement du régime des retraites. Elle a bien été accomplie. Mais a minima. Calibrée pour ne pas trop effaroucher les fonctionnaires. En conservant leurs principaux avantages. Presque sans toucher aux régimes spéciaux. Et après avoir, au préalable, un peu peloté ces leaders syndicaux auto-proclamés, dont on fera, à la fin, semblant de s’étonner qu’ils se prosternent encore devant la faucille et le marteau…

À plusieurs reprises, le chef de l’État sortant a dit vouloir sauver le « modèle français », « l’État-providence », « la fonction publique ». Sans doute était-il sincère. Mais, pour ce faire, son adversaire, avec la gauche (pourtant minoritaire…) tout entière derrière lui, était autrement plus crédible. Hélas !

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11 réponses à l'article : 6 mai 2012 : les trois erreurs de Sarkozy

  1. quinctius cincinnatus

    12/05/2012

    @ BAINVILLE

    tout à fait en accord avec vous : les articles des " 4 V " sont écrits " trop vite " ce qui nuit gravement à leur crédibilité …  sans compter que les auteurs n’ont pas un véritable talent de polémiste ce qui ferait pardonner leur mauvaise foi , leurs approximations et même leurs mensonges les plus flagrants
    il y a de cela quelques temps j’avais demandé au rédacteur en chef de soumettre les articles à un comité de lecture …  ce qui nous débarrasserait de bien de scories
    je retrouve de plus en plus souvent dans les " 4 V " comme une odeur de sacristie saint-sulpicienne …mais c’est son choix … lisons quand même les " 4 V " et surtout son courrier des lecteurs car un journal ne peut pas ( ne doit pas ) toujours plaire à son lectorat

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  2. quinctius cincinnatus

    11/05/2012

    @ dampierre

    et sans oublier les auteurs contemporains sud-américains : les frères Castro que Michelle aimait tant …

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  3. Bainville

    11/05/2012

    "De Gaulle n’a pas été élu au suffrage universel"

    Que si, il faut connaître le droit constitutionnel.

    Il a été élu au suffrage universel indirect, il fût élu par les parlementaires et des représentants des collectivités territoriales, tous élus du suffrage universel.

    Avant d’écrire, il faut se renseigner,  afin de respecter les lecteurs.

    Certains articles sont écrits trop vite, tous les lecteurs seront au moins d’accord avec moi sur ce point.

    Entre le bien heureux Sarko, encensé par le clergé naïf, et le thermidorien Hollande, sauveur de la fonction publique en grand danger d’être bientôt FMI… isée

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  4. François

    11/05/2012

     Les musulmans ont voté Hollande à 93% au deuxième tour…Cela fait beaucoup de monde…
     Hollande? Le président des mosquées. ( entre autre)…

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  5. dampierre

    11/05/2012

       Il semble de plus en plus probable que l’ineffable Jean-Luc Mélanchon sera parachuté aux législatives de Hénin-Beaumont pour y affronter le Diable en personne, Marine Le Pen, y dénoncer les horreurs du Front National et y chanter les beautés du Communisme régénéré. Eh bien, chiche ! ce n’est pas une mauvaise idée, comme dirait le patron des Cocos, Pierre Laurent, en ajoutant  "nous allons prendre nos responsabilités". Magnifique ! mais j’espère que les amis de la liberté sauront prendre les leurs et se mobiliseront pour rappeler aux électeurs de Henin-Beaumont et aux électeurs de France toutes les abominations qui se cachent derrière les grandes phrases des professeurs dfe morale du Front de gauche.

         Pour la trentaine de jours qui précèdent l’élection, on devrait confectionner un dossier : "La morale communiste en 30 leçons" qu’on distribuerait par tranches (une abomination par jour), sous forme de tracts. On pourrait commencer par la guerre civile dans la Russie bolchévique, lorsque Lénine et Trotsky n’arrêtaient pas de télégraphier à leurs commissaires de province : "Vous ne fusillez pas assez !", pour continuer par la réforme stalinienne de l’agriculture, imposée aux paysans par la famine ; on poursuivrait par la répression sanglante en 1953 de la révolte ouvrière en Allemagne de l’Est ; on n’oublierait pas la Révolution culturelle dans la Chine de Mao qui a fait des millions de morts, pour passer au Cambodge de Pol Pot, qui mettait des gens au poteau simplement parce qu’ils étaient des intellectuels. Etc, etc… On n’aura que l’embarras du choix. Les "camarades" du Front de gauche, qui aiment tant l’Histoire au point d’aller dénicher un mauvais calembour de Jean-Marie Le Pen prononcé il y a trente ou quarante ans sauront apprécier ce rappel de quelques événements marquants du XXe siècle.

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  6. quinctius cincinnatus

    11/05/2012

    @ jaurès

    " Juncker m’a " éclairé " sur la crise ( la dette ) grecque " dixit François Hollande

    sans doute parce que jusqu’à ce jour il ( F.H. ) était dans les ténèbres  ?

    Votre " champion " n’est , il vous faudra l’admettre tôt ou tard , qu’un homme politique corrèzien  façon  Rad-Soc Troisième République ( ce que l’on le voit déjà lors des "tractations " entre " courants " pour la formation du nouveau gouvernement ) et il prétend tenir un rôle de premier plan sur la scène internationale ( rôle qu’il se réserve ) … on n’a pas fini de "rigoler " ( jaune ) de Flanby …

    mon avis : il devrait reprendre du … poids !

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  7. R. Ed

    10/05/2012

    Errata, quand je dis 18 millions d’électeurs, il faut comprendre 6 millions d’électeurs et 3 x + de sympatisants.

     

    Je parle ici de la réalité, pas des sondages. D’ailleurs, la seule fois où j’ai été sondé, on ne m’a pas demandé mon avis, c’était à l’hôpital, après une opération, pour que je ne fasse pas pipi au lit.

    Je n’ai d’ailleurs pas du tout apprécié la chose.

    Ceux qui ont subis comprendront, hein, Jojo ?

    Un arbitre ave un ( 1) % ? Et quoi encore ?

     

    Mélanchon ? Il est chez le dendiste pour se refaire la salle à manger !!!

    A 30000 euro le salaire mensuel, il y a longtemps déjà qu’il aurait dû y faire un petit stage, ce n’est pas la fin du monde avec un revenu pareil, il  a les moyens, lui,  sauf si la trouille y est, bien sûr !!!

    Un couillon ?

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  8. Jaures

    10/05/2012

    "C’est donc bien Marine Le Pen qui a arbitré ce match." L’ennui c’est que ce n’est jamais l’arbitre qui lève la coupe.
    On peut tourner ce scrutin dans tous les sens. Hollande avait également besoin des voix de Melenchon voire de Poutou. Ce dernier aurait-il arbitré le match ?
    Par ailleurs, tous les sondages montrent que, face à n’importe quel adversaire, c’est Bayrou qui l’aurait emporté. Et ce dernier ne retrouvera peut-être même pas son fauteuil de député.

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  9. R. Ed

    10/05/2012

    J’avais expliqué dans un post précédant datant déjà, que ce serait marine Le Pen qui déciderait lequel sera président.

    Soit elle est au second tour, et le président est son adversaire, soit elle n’y est pas mais représente quand-même quelques millions (une broutille quoi) d’électeurs.

    Ce qui est arrivé !

    Sa consigne de vote (eh oui, ) votez blanc ! En fait elle n’a pas dit votez blanc, elle a dit je vote blanc, (qui m’aime me suive.)

    Sarközy a eu beau chasser sur les terres du FN,( en plus, en prenant les électeurs FN pour des demeurés) il n’est pas réélu.

    La différence de % entre les deux candidats, 48 – 52, si la consigne de Marine (avec ses 18 millions d’électeurs) avait été Sarközy, il passait.

    C’est donc bien Marine Le Pen qui a arbitré ce match.

     

    Le rejet par de plus en plus de citoyens européens de l’immigration islamique devra bien être pris en compte à la fin, sinon cela finira par péter.

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  10. Jaures

    09/05/2012

    Sarkozy avait de nombreux atouts en ses mains.
    La crise lui permettait à la fois de valoriser son image de Président protecteur et d’avancer des excuses crédibles pour tous les mauvais chiffres de son bilan.
    L’affaire DSK lui ôtait sur la ligne de départ un concurrent dont les compétences avérées et la stature internationale pouvaient lui faire de l’ombre.
    Des primaires socialistes étaient sorti un candidat qu’il jugeait friable, à peine estimé dans son propre camp, que certains avaient rejoint par dépit, entouré de seconds couteaux peu médiatisé. Ce François Hollande semblait inexpérimenté, sans crédibilité internationale, affublé d’une image de comique peu en phase avec la solennité de la fonction.
    Tout ceci faisait dire au Président: "2012, je le sens bien."
    A partir de janvier, le camp de l’UMP a commencé à s’inquiéter. Flamby se montrait plus opiniâtre que prévu. Pas maladroit, il ne commettait aucune des bévues espérées. A côté, l’adoubement international de Sarkozy par le gotha international, de Merkel à Obama, censé renvoyer Hollande à sa Corrèze , ne produisait pas les effets escomptés. Seul le vide créé autour du Président en se débarrassant des candidatures centristes (Borloo, Morin) et dissidentes (Boutin, De Villepin) lui permettant à coup sûr d’accéder au second tour était réussi. La "croisement des courbes" espéré n’opérait pas, malgré l’affaire Merah qui semblait pourtant tomber à point. F.Hollande, sans changer une ligne de son programme (à part l’astucieuse proposition des 75%) arrivait en tête au 1er tour.
    Sarkozy se sait dés lors battu. Il mise alors tout sur  le clivage droite-gauche. Il sait qu’en France 45% des Français votent à droite et 45% à gauche en toute circonstance. Selon Buisson, la France pencherait à droite. Sarkozy joue cette carte à fond, quitte à déplaire à la partie "humaniste" de l’UMP. Je ne crois pas qu’il se soit fait des illusions sur le débat, malgré ses forfanteries: Hollande a été solide jusque là, il n’est tombé dans aucun piège, il n’y a aucune raison qu’il perde pied.
    La tactique de Sarkozy resserre le score par rapport aux sondages mais ne fait pas de miracle. Hollande sous estimé par Sarkozy a gardé son cap, quitte à perdre 1 ou 2 points. Il n’est lié aujourd’hui à personne. Il n’a donné de gages ni à Mélenchon, ni au Modem. Il peut, comme Mitterrand en 81 se prévaloir seul de sa victoire.
    Rappelons qu’après l’annonce de sa candidature en mars 2011 François Hollande était crédité de 5% des intentions de vote. Qu’on ait ou non voté pour lui, reconnaissons que le bougre a bien joué.

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  11. quinctius cincinnatus

    09/05/2012

    les TROIS erreurs de Sarkozy ; cherchez encore car à mon avis il s’agit plutôt du jeu des SEPT erreurs

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