Affaire Ripert : nouveau recul pour nos libertés

Posté le mai 30, 2016, 7:36
3 mins

J’ai souvent évoqué, dans ces colonnes, mes inquiétudes pour les libertés publiques, fortement menacées par des lois et des jurisprudences faussement sécuritaires, mais réellement liberticides.

Tout récemment, l’arrestation et l’internement d’un avocat sont venus apporter, une nouvelle fois, de l’eau à mon moulin.

L’avocat en question n’est pas franchement de mon bord politique. Il s’agit de Bernard Ripert, ancien avocat d’Action directe, ces terroristes d’extrême gauche des années 1970.

L’intéressé a été arrêté et placé en garde à vue dans le cadre d’une procédure pour intimidation envers un magistrat.

J’ignore si les intimidations ont réellement eu lieu, mais j’observe que le magistrat en question avait statué dans un dossier de sanction disciplinaire à l’encontre de Bernard Ripert et que, dans ce dossier, le conseil régional de discipline du conseil de l’ordre des avocats a relaxé ce dernier. Le parquet a fait appel, mais il existe donc des raisons sérieuses de penser que ce dossier est tout simplement vide.

Cependant, l’affaire ne s’est pas arrêtée à la garde à vue.

Hospitalisé pour cause de trop forte tension pendant sa garde à vue, l’avocat a été soumis à une expertise psychiatrique et en­voyé de force à l’asile.

Cette hospitalisation psychiatrique sous contrainte contre l’avis des proches, faut-il le préciser ? d’un dissident me semble un dangereux précédent.

De deux choses l’une, en effet. Soit Me Ripert est effectivement sujet à des problèmes psychiatriques et il fallait l’hospitaliser, mais alors comment se fait-il que ses proches et même le juge ayant statué sur son cas ne se soient pas rendu compte de ces problèmes ? Soit, ce qui est hélas plus probable, Me Ripert n’est pas sujet à des troubles psychiatriques et cet internement est purement et simplement scandaleux, pour ne pas dire criminel.

Je ne connais qu’un régime ayant interné ses opposants à l’asile d’aliénés : le régime soviétique. Le fait que Me Ripert soit probablement, vu la « qualité » de ses peu recommandables clients, un admirateur dudit régime n’excuse pas tout.

Après la possibilité de placer à peu près n’importe qui sur écoute ou sous télésurveillance, sans passer par la justice, sur une simple suspicion de « terrorisme en bande organisée », après les « fi­ches S » qui se multiplient soudainement, voici un nouveau signe inquiétant du recul de nos libertés publiques. Et l’on ne voit pas que ce recul s’accompagne d’une quelconque amélioration de notre sécurité…

Laisser un commentaire

  • (ne sera pas visible)