Au pays des aveugles volontaires

Posté le novembre 08, 2009, 12:00
4 mins

L’affaire Frédéric Mitterrand est décidément une bien triste illustration de l’aveuglement
volontaire de notre pays, de sa presse, de ses élites et de son monde politique. 

On peut se demander ce qui ce serait passé si les passages sordides et révoltants du livre « La mauvaise vie » » de Frédéric Mitterrand avaient été repris par un journal de la
« grande presse » quand ce livre a été publié, puis cet été, quand le neveu de l’ancien Président a été nommé ministre de la culture.

Imaginons un instant le Monde ou le Figaro citant « ses goûts [de Frédéric Mitterrand] pour
« les jeunes éphèbes», le « marché aux esclaves», le tourisme sexuel et l’exploitation sexuelle des garçons les plus pauvres du monde dans les bordels du Maghreb ou de Thaïlande. Et ce terme
récurrent et extrêmement dérangeant de « gosse » qu’il emploie à quatre reprises dans le chapitre pour parler de ses « boys » et notamment du garçon qu’il sodomise dans une chambre de
Patpong. »
(extrait de l’interview de Caroline Parmentier dans les 4 Vérités  )

L’onde de choc eut été formidable, l’opinion publique révoltée, les cortèges d’associations de défense de l’enfance n’auraient eu d’autres solutions que de défiler dans la rue. Peut-être même que
les professeurs des collèges et lycées, ces véritables « veilleurs » et « éveilleurs » de notre époque, auraient fait prendre conscience à la jeunesse de sa responsabilité morale et de sa
solidarité envers les enfants pauvres, « damnés de la terre ». On aurait vu les rues se remplir de nos jeunes, réclamant la démission du ministre. Pour une fois, nos jeunes auraient manifesté
pour une vraie cause, pour défendre et protéger de vrais déshérités.

Au bout d’une semaine de manifestations monstres et de grèves de l’éducation, le ministre aurait dû exprimer ses regrets publiquement, annoncer qu’il allait consacrer le reste de sa vie et de sa
fortune à sauver les enfants miséreux de la planète. Il aurait, en direct, donné sa démission…

Mais tout cela n’a pas eu lieu, parce que ces passages de « La mauvaise vie » n’ont été repris au lendemain de la nomination du Ministre de la culture que dans un seul
journal, le 26 juin 2009 : Présent. Puis par une seule personnalité politique : Marine le Pen, à la rentrée.
Parce que la révélation venait de la presse « non conformiste » », elle n’avait aucune valeur pour nos modernes moralistes : journalistes, professeurs, intellectuels.
Parce que la polémique venait du Front National, il était urgent de soutenir la « victime » : Frédéric Mitterrand, journaliste (si la chronique mondaine est du
journalisme) vedette de télévision, ami du tout-Paris, neveu d’un ancien président, ministre, homosexuel et pédophile…

De l’autre côté  de la Manche, des conseillers, mais des ministres aussi, sont tombés ces dernières années pour de sordides et mesquines histoires de conflit d’intérêt. On ne
saurait trop leur conseiller de venir s’exiler en France, où leurs travers et leurs vices, s’ils en ont, en feront des indéboulonnables.