Barnier souhaite la création d'une agence de notation européenne

Posté le mai 01, 2010, 12:00
4 mins

LeLe Commissaire européen au marché intérieur et aux services demande plus de rigueur aux agences de notation
actuelles, dans leur processus d’évaluation.

On connaissait son impatience à voir l’Europe concrétiser la régulation financière, il souhaite désormais
revoir l’organisation du marché des agences de notation, trop concentré à son goût.

Dans une interview au quotidien Les Echos publiée, ce vendredi, Michel Barnier, Commissaire
européen au marché intérieur et aux services, envisage la création d’une agence de notation européenne qui viendrait s’ajouter aux trois agences de notation déjà existantes,
Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch.

«Il faut un vrai cadre réglementaire pour ces agences, déclare l’ancien ministre de l’Agriculture et de la
Pêche. Les nouvelles règles européennes apporteront plus de transparence, car elles obligeront les agences, qui sont des institutions très secrètes, à révéler la méthodologie qu’elles
utilisent pour leurs évaluations».

«C’est faux !, répond-on à Standard & Poor’s France. Nous n’avons jamais autant communiqué sur notre méthodologie que
depuis août 2007. Tous nos critères sont disponibles sur Internet et mis à jour en permanence. Beaucoup ne savent pas ce qu’est une notation».

L’agence de notation se dit néanmoins favorable à la création d’une nouvelle agence et ne craint pas de voir leur activité
affectée voire supprimée. «Nous n’avons aucune raison d’être opposés à l’éventualité de voir plus d’acteurs sur ce marché. Il reste que cette agence, comme Coface d’ailleurs, devra
prouver son indépendance».

Fitch et Moody’s n’ont pas souhaité faire de commentaires sur le sujet.

Les trois agences de notation ont été pointées du doigt pour avoir dégradé les notes souveraines de la
Grèce, de l’Espagne et du Portugal. «Autant nous reconnaissons que nous avons fauté sur les subprimes, autant sur les dettes
souveraines, nous ne faisons qu’avertir les investisseurs que le risque de voir ces pays ne pas rembourser leurs dettes en temps et en heure est plus élevé. Les investisseurs doivent
comprendre que la notation est une opinion, mais ce n’est pas l’unique critère d’investissement»,
se défend Standard & Poor’s France.

Aux critiques de Dominique Strauss-Kahn, directeur du Fonds monétaire international, qui affirmait qu’il ne
fallait pas croire les agences de notation, Stantard & Poor’s France répond qu’«il ne faut pas croire uniquement les agences de notation».

Après avoir dégradé les notes de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal, les investisseurs se demandent quel sera le prochain
pays dégradé. La France ? «La dégradation de la France n’est pas d’actualité. La perspective pour la France est stable, ce qui signifie qu’en l’état actuel des choses, sa
note ne sera pas dégradée avant deux ans.
Et cela vaut aussi pour l’Italie, la Belgique et le Royaume-Uni» répond Standard & Poor’s France.

Le Parlement européen a adopté en avril 2009 une législation visant à améliorer le fonctionnement des agences, et à
éviter les conflits d’intérêt, les agences étant rémunérées par les sociétés dont elles notent la dette. Elles seront appliquées en décembre prochain.