Burqa : éclaircissements par un universitaire musulman (II)

Burqa : éclaircissements par un universitaire musulman (II)

Hier, nous citions la première partie de l’intervention de  l’universitaire Abdelwahab Meddeb devant la commission de l’Assemblée nationale sur le port de la Burqa. Le chercheur y rappelait que « Le niqab ou la burqa, radicalisation du hijâb
(qui voile les cheveux et laisse le visage à découvert), est un crime qui assassine la face »

Voici la suite de son analyse :

Quand la Burqa a été interdite
dans  dans les enceintes scolaires et universitaires
dépendant d’Al-Azhâr,
  « 
Le patron de cette institution, le cheikh Tantawî, a rappelé que le niqab n’est ni une obligation islamique, une farîd’a, ni une disposition cultuelle, une
‘ibâda, mais seulement une ‘âda, une coutume.
De même, le mufti d’Égypte, le cheikh ‘Alî Jum’a, confirme ce rappel ; il précise en outre qu’il s’agit d’une
coutume arabique antéislamique
, laissant entendre par là que l’islam est en mesure – et même a le devoir – de l’abolir.


Le chercheur explique ensuite la réponse à donner à ceux
qui mettent en avant la liberté de choix des femmes qui portent la burqa :
« Mais pour la liberté, je voudrais revenir à la définition humoristique – mais qui fait sens – de la démocratie par le poète américain Mark Twain : selon lui, la démocratie repose sur trois
facteurs : « la liberté d’expression, la liberté de conscience et la prudence de ne jamais user de la première ni de la seconde. » J’interprète cette prudence avec Éric
Voegelin comme la sagesse de ne pas user de ces droits d’une manière inconditionnelle.

 

Il souligne que ce qui est en jeu c’est la dignité et l’égalité :
« Quant à la dignité de la femme et au principe d’égalité, qui sont tout aussi intangibles que la liberté, incontestablement le port de la burqa les
malmène.

Tous les réformistes et modernisateurs qui, en islam, ont prôné le dévoilement des femmes depuis la fin du
XIXe siècle ont organisé leur discours de persuasion sur les trois principes de liberté, d’égalité et dignité, et dans les trois grandes langues de l’islam, le turc, l’arabe et le
persan. C’est un aspect oublié de l’histoire.

 


S’appuyant sur les textes, il rélève la discrimination opérée envers les femmes au sujet de la pudeur, mais
aussi sa limite (couvrir le buste !) :
« L’atteinte à l’égalité est patente, elle est manifeste dans le verset coranique qui constitue une des références scripturaires à l’origine du commandement du voile : il s’agit du verset 31
de la sourate XXIV, lequel crée la dissymétrie au détriment des femmes dans la séquence qui concerne la question du désir et de la séduction qui propage la sédition (fitna est un mot
unique qui rassemble ces deux sens, séduction et sédition). Une telle séquence appelle à la vertu, à la pudeur, au contrôle de soi […]

 

 Cependant, il est demandé aux femmes un supplément de vigilance, qui est à l’origine de la dissymétrie, en lequel les
docteurs de la loi interprétèrent la nécessité du port du voile pour elles – alors que, littéralement, le verset peut être entendu tout autrement,

la pudeur recommandée aux femmes se limitant à couvrir leur bustier. »

Abdelwahab Meddeb en vient à l’explication
de cette tradition de la burqa :
« Il s’agit là d’une vision patriarcale et phallocratique intégralement dépassée par l’évolution anthropologique à laquelle sont notamment parvenues les sociétés modernes encadrées par un droit
confirmant l’égalité et la dignité que partagent les humains hors toute discrimination de sexe ou de genre. »

On le voit, pour un musulman cultivé, il n’existe pas de justification textuelle religieuse au port de la burqa. Celle-ci est issue d’une tradition de la société arabe,
particulièrement discriminante à l’égard des femmes et peu soucieuse de leur liberté et de leur dignité. Ceux qui évoquent le libre choix des femmes de porter la Burqa ne font que tomber dans le
piège que nous évoquerons dans la troisième partie de cet article.

 

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