Droite : année zéro

Posté le 16 mai , 2017, 10:12
6 mins

Une fois de plus, la droite française est en ruines. Un programme se trouve proposé qui tente de recoller les morceaux d’un puzzle que nul ne pourra vraiment rassembler et que nul n’a, depuis longtemps, jamais rassemblé – sinon en surface.

Et ce qu’on sait de ce programme montre qu’il marie souvent la carpe et le lapin, et manque de consistance intellectuelle.

Les Républicains sont un mouvement aux allures d’auberge espagnole sans Espagnols, où coexistent des défenseurs de la liberté d’entreprendre et des sociaux-démocrates, des lecteurs de Friedrich Hayek et des admirateurs de John Rawls (pour qui la « justice sociale » doit être le cœur du combat politique), des gens qui pensent que l’islam est compatible avec la république et des gens qui pensent le contraire…

Si on rajoute la politique étrangère à l’équation, cela se complique encore.

Il serait surprenant que les Républicains, dont les positions penchent vers celles des socialistes façon Macron, ne se rapprochent pas davantage de Macron et ne choisissent pas, tôt ou tard, de se mettre « en marche ».

Si les Républicains gagnaient les élections législatives, ce qui n’est pas impossible mais est loin d’être assuré, la cohabitation « constructive » qui s’ensuivra se révélera vite symbole d’immobilisme.

Le Front National, même s’il disparaît sous ce nom et si Marine Le Pen tente de le transformer en autre chose, aura énormément de mal à se débarrasser du rôle d’épouvantail qui lui a été assigné et qu’il joue depuis plus de trois décennies.

Le fait que Marine Le Pen en ait écarté nombre d’antisémites, aux fins de mener à bien une dé­diabolisation, ne change, pour l’heure, pas grand-chose à l’affaire : le « front républicain », bien qu’usé jusqu’à la corde, fonctionne encore.

Le Front National reste un parti réceptacle de colères et de frustrations davantage qu’un parti porteur d’un programme de gouvernement acceptable par une majorité.

Son programme est nationaliste et socialiste, et ses dimensions économiques, en particulier, viennent largement de l’extrême gauche.

La politique étrangère qui l’inspire est poutinienne.

Ceux qui pourraient se rapprocher de lui, en raison de son discours sur l’islam radical et le terrorisme islamique, perdent toute raison de procéder à ce rapprochement lorsqu’ils ont l’impression, en lisant le programme, de lire du Mélenchon ou du Poutine.

Certains de mes amis veulent encore espérer qu’un courant effectivement libéral se dessinera et pourra sauver le pays.

Je serai à leur côté, bien sûr, s’ils ont besoin de moi.

Je dois dire, hélas, que je vois plutôt, pour l’heure, le courant libéral s’estomper.

Dès lors qu’Emmanuel Macron est décrit, de tous côtés, par des médias volontairement aveugles, comme libéral, j’ai du mal à garder un espoir.

Quand Emmanuel Macron, qu’il y ait ou non cohabitation, échouera (car il semble certain qu’il échouera), son échec sera imputé par les médias au libéralisme qu’on lui prête, et non au socialisme qui imprègne ses idées.

Quand des grèves et des émeutes auront lieu, car – j’en suis, hélas, certain – des grèves et des émeutes éclateront (et il est probable que ce sera dès l’automne prochain, pour les grèves tout au moins), celles-ci seront encore imputées au libéralisme par les médias.

Le pays risque de devenir ingouvernable et engagé dans une voie sans issue. Sans doute l’est-il déjà.

Au début des années 1980, le PIB par tête en France était supérieur à ce qu’il était au Royaume-Uni. Depuis, le rapport s’est inversé.

À la même époque, l’écart entre les prélèvements obligatoires en France et en Allemagne était bien moindre que ce qu’il est aujourd’hui, où il est de 14 %.

Les différences de productivité entre la France et l’Allemagne font que l’euro est, pour la France, surévalué d’au moins 20 %, et les variables d’ajustement qui restent sont le chômage et l’endettement.

Les problèmes sous-jacents à tout cela vont sans doute s’aggraver.

Et je n’ai rien dit ici de l’islamisation de la France et des zones de non-droit.

La droite en France est de retour à l’année zéro, en état de débâcle sur le plan des idées, et a peu de perspectives pour se reconstruire de façon dynamique et cohérente.

J’aimerais voir un sursaut se dessiner.

Il est, hélas, très tard.

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11 Commentaires sur : Droite : année zéro

  1. quinctius cincinnatus

    29 mai 2017

    0 + 0 = 0 … nos 0 sont fatigués

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  2. quinctius cincinnatus

    18 mai 2017

    Bon, je viens, à l’ instant même d’ écouter Pierre Lelouche , que recevait Yves Calvi sur L.C.I.

    j’ ai toujours eu beaucoup d’ estime pour le député L.R. de la première circonscription parisienne même si je ne partageais pas ses prises de position sur le problème palestinien, parce qu’ il était le politique qui , à part Védrine, connaissait le mieux la géo-politique y compris la géo-économie ; tout cela pour dire :

    comment un Parti politique peut il se priver d’ une telle ressource … humaine ?

    il vient, qui plus est,de soulever un problème politique et constitutionnel majeur : en cas d’ échec d’ En Marche , l’opposition ne se réduirait qu’ à deux choix : ” La France insoumise ” ou bien le ” F.N. ” qui sont tous deux le même outil de destruction , l’ un pour ” gauchers ” l’ autre pour ” droitiers “

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    • HOMERE

      19 mai 2017

      Je ne crois pas à une telle perspective,sauf si ces deux partis avançaient vers des positions moins abruptes.
      Il reste tout de même des possibilités à droite et à gauche pour reprendre des initiatives si la situation s’imposait…
      Reste à savoir de quelle nature serait l’échec de Macron….nous verrons alors des alternatives adaptées soit à droite soit à gauche

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      • quinctius cincinnatus

        19 mai 2017

        de la plus pure langue de bois qui tire un plan sur la comète !

        mais Baroin est un minus !

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  3. quinctius cincinnatus

    18 mai 2017

    logique : pour que la droite française soit DE NOUVEAU en ruines, il aurait fallu qu’ elle ait été au moins une fois rebâtie !

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    • SD-Vintage

      18 mai 2017

      A cet effet il serait bon que les électeurs de droite sachent ce qu’ils veulent et le traduisent en actes, c’est à dire en votes.
      Aux USA, tentative de coup d’état judiciaire contre Trump. La gauche a partout recours aux juges pour faire ses coups tordus contre le peuple.

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      • quinctius cincinnatus

        18 mai 2017

        il aurait été surtout préférable et … salutaire que les ” élus ” qui se disent ” dedroite ” appliquent un programme social et libéral et qu’ ils défendent les intérêts de la France ce que font tous les pays

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  4. SD-Vintage

    17 mai 2017

    J’ajouterai qu’une autre cause de la défaite de Fillon est qu’avec Sens commun, ils ont été attaqués par la gauche et la gauche LR, mais aussi par la droite patriote chrétienne et anti européenne.

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  5. SD-Vintage

    17 mai 2017

    Cher M. Millière,
    Tout d’abord il n’y a pas de droite en France : Pécresse, Bertrand, Baroin ou Sarkozy et Fillon pourraient être chez Macron.
    LR est composé d’arrivistes (cf supra), qui parlent à droite et gouvernent à gauche.
    Les électeurs de droite eux-mêmes sous la pressions d’élites culturelles, religieuses et artistiques pensent à droite et votent à gauche. Le Français est un animal politique particulier.
    Comment LR avec Baroin, centriste et chouchou des Français (il présente jeune et cool) va-t-il faire campagne contre Macron à qui il ressemble comme deux gouttes d’eau ? Je ne vois pas.
    Les Français ne veulent pas entendre parler d’Islam : c’est stressant : ils veulent le joueur de flûte d’Holderlin. Et puis, tant que c’est dans un autre quartier, une autre école…
    Une remarque quand même : sans les affaires, Fillon aurait gagné. Et Fillon avait un positionnement à droite (la pratique aurait été différente). Mais Fillon et MLP ont eu une communication désastreuse : au XXIe siècle cela ne pardonne pas.
    Macron a gagné par défaut. Beaucoup d’électeurs de droite ne savaient plus où aller.

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    • quinctius cincinnatus

      18 mai 2017

      ” beaucoup d’ électeurs [ de droite ] ne savaient plus où aller ” … en tout cas ils savaient où il ne fallait pas aller ! c’ est déjà ça !

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