Entretien avec François Bousquet directeur du Choc du mois

Posté le septembre 01, 2009, 12:00
11 mins

Entretien avec François Bousquet

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots Le Choc du mois ?

Je suis juge et partie. Je vais donc plaider ma cause et celle du Choc. C’est le magazine qu’il faut lire en ce moment, avec Les 4 vérités, cela va sans dire et sans offenser outre mesure nos confrères. On essaye de faire tous les mois le tour du monde en 66 pages, vu de France et d’ailleurs. Culture, société, géopolitique, le tout agrémenté d’un dossier conséquent et d’interview roboratives. Sans avoir le nez collé sur l’actualité, mais sans non plus se perdre dans les nuées. Le magazine idéal étant à nos yeux celui qui parviendrait à trouver le bon compromis entre la revue savante qui prend du recul, mais se transforme rapidement en pensum universitaire, et le quotidien, qui est plus souvent dans le vide que dans la mêlée. On doit pouvoir apprendre des choses sans que cela soit fastidieux, et distraire sans tomber tout de suite dans la vulgarité.

Et la ligne politique ?

Je ne peux pas parler à la place des rédacteurs ou des lecteurs. Certains sont plus droitiers, d’autres plus souverainistes, d’autres encore plus européens. Notre volonté, c’est d’être un magazine fédérateur, celui d’une droite libérée, pas libérale. Pour ce faire, on cherche à se tenir sur une ligne médiane qui ne serait pas caricaturale : à la fois nationale et européenne. Tout en essayant d’honorer le talent de plume des anciens. D’être mordant, sans être méchant, encore qu’il n’y ait rien de déshonorant à secouer quelque peu les malfaisants. On serait prêt à dialoguer avec nos alter ego de gauche, les gens du Monde diplo par exemple. Pas eux. Dont acte.

Comme c’est curieux…

Je me reconnais quant à moi dans presque tous les avatars du populisme, du poujadisme et de l’écologie profonde (eh oui !), avec une prédilection marquée pour les Jean-Marie : Le Pen bien sûr, Bigard – que je cherche désespérément à interviewer depuis qu’il s’est pris de lubie pour le 11-Septembre – et Molitor, le patron du Choc du mois, pour ceux qui ne le connaissent pas. Un prénom qui compte beaucoup en ce moment, Jean-Marie.

La presse traverse aujourd’hui une crise. A quoi cela tient-il ?

Elle traverse une crise, mais sur fond de crise structurelle de l’écrit. L’écrit n’est plus le média dominant. Pour autant, il ne va pas disparaître. Le « Ceci tuera cela » prononcé par l’archidiacre Frolo dans Notre-Dame de Paris n’est toujours pas d’actualité. L’imprimerie n’a pas tué l’architecture. L’audiovisuel ne tuera pas plus l’imprimé, qui a de beaux restes. Malheureusement, nos journaux sont devenus des prétextes à engranger de la recette publicitaire. Ils sont globalement plus mauvais que leurs voisins étrangers, mais comme le marché de la presse en France est verrouillé, ils n’ont pas trop à souffrir de la comparaison. Ils peuvent donc continuer de se prévaloir de leur fonction et qualité de journal, sans jamais avoir à se remettre en cause. L’érosion du lectorat n’y change rien. Longtemps, les ressources publicitaires ont masqué ce problème. Mais la crise est passée par là. Le roi est nu. Il n’y a jamais eu autant de titres et on n’a jamais été aussi mal informé. Le journalisme d’investigation est en train de se réduire à l’état de peau de chagrin. Le journalisme d’analyse et d’humeur se réfugie de plus en plus souvent sur le Net. Le premier responsable de cet état de chose, c’est le niveau de la presse. En devenant gratuit, le journalisme a prouvé de façon éclatante qu’il est devenu comme inutile, en tout cas dévalué, sous couvert de service public, autant qu’on voudra, mais au rabais. Désormais, les papiers sont écrits pour être lus en deux minutes chrono, grâce à quoi ils ne développent pas plus de deux idées. Au-delà, on considère qu’on met en péril la santé du lecteur et que sa capacité de concentration n’y survivrait pas. C’est le monde du zapping et les exigences de la publicité qui prévalent. À charge pour la presse de fournir une sorte de bruit de fond, de l’info d’ambiance, comme il en est de la musique, destinée à meubler le vide entre deux stations de métro. Avez-vous déjà entendu le préposé aux chroniques drôles sur France Info et sa rubrique « Il était une mauvaise foi » ?

Qui ça ?

Je ne veux pas connaître son nom. C’est à se taper la tête contre la machine à laver. Il devrait se faire doubler au moins. C’est comme les concours de poèmes organisés par la RATP. C’est à vous décourager de la poésie. Où êtes-vous Pierre Dac, Alexandre Vialatte, Jacques Perret ? On a l’impression qu’il y a dans ce monde une conspiration des dépressifs et des conformistes contre les bien-portants et les mal-pensants. Voilà à quoi nous ont conduit deux cents ans d’égalitarisme buté et aveugle.

Vous ne vous retrouvez pas dans l’ensemble des droites ?

La droite gouvernementale est un navire à la dérive, idéologiquement parlant. Elle a cassé ses instruments de bord, son « logiciel », comme dirait Ségolène. Elle voudrait être une droite des valeurs, mais les valeurs dans lesquelles elle se reconnaît sont trop souvent des valeurs boursières – au plus mal depuis quelque temps. Elle veut la croissance, mais sans l’immigration, le marché, mais sans les délocalisations, le contrôle aux frontières, mais sans tarifs douaniers, l’OTAN enfin, mais sans George Bush. Autant rêver. On ne rejette pas tout dans la modernité. Mais globalement, c’est un processus de déracinement qui fabrique des amnésiques destinés à devenir à terme des Américains. Lesquels s’imaginent que les peuples, comme les espèces d’ailleurs, sont redondants, et donc inutiles, et que rien ne vaut « l’american way of life » et le Christ aux hormones des télévangéliques. Or, nous pensons que le devoir de chaque peuple, à commencer par le nôtre, est de préserver sa culture, non pas dans du formol ou sous vide, mais dans son jus d’origine en quelque sorte, qui n’est jamais pur. Nous plaidons pour l’exception culturelle, ici et ailleurs. Lévi-Strauss, dont on vient de fêter le centenaire en occultant sa dimension réactionnaire, ne dit pas autre chose.

Voir aussi :  http://www.lechocdumois.fr/

4 réponses à l'article : Entretien avec François Bousquet directeur du Choc du mois

  1. Alexandre Gitakos

    06/09/2009

    J’ai un peu l’impression que la "vraie droite" anti-libérale, elle est un peu toute seule dans son coin fasse au reste des "égarés"…

    On est au moins d’accord pour dire qu’elle peut y rester, que l’on soit d’un coté comme de l’autre.

    Elle a même le droit de faire des réunions avec des gauchistes et des islamistes, comme ça il y aura un véritable clivage et on s’y retrouvera très facilement.

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  2. VITRUVE

    06/09/2009

    AVE
    Qu’est-ce que je vous disais Monsieur Bousquet?
    Y en a qui n’ont toujours pas fait la différence entre la vraie droite ( française évidemment dans ce cas) et la bizznesspolitique pailletée d’origine biblico-anglo-saxonne mâtinée à la sauce Rothshild qui se pratique aux states…Il faut pour cela avoir un vrai sens de l’Histoire, ce qui aujourd’hui, est loin d’être le cas chez le Français moyen ( il n’en est malheureusement pas responsable, il suffit simplement de consulter les livres d’histoire contemporaine et d’écouter leurs rapporteurs )…
    Margaritas ante porcos…
    VALETE

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  3. Alexandre Gitakos

    05/09/2009

    Le Choc du Mois a une sale réputation, celle d’être le repère des rouges-bruns du GRECE et de ce genre d’adeptes de la 3e voie.

    Ce que moi je considère comme étant d’extreme gauche avec la race en plus.

    En constatant ce discours qui place les Etats-Unis en adversaire numéro 1 je crois avoir la confirmation.

    C’est toujours interressant d’entendre un point de vue différent mais je ne vois pas le rapport avec les 4 Vérités.

    Que ceux qui désirent "détruire le libéralisme et l’empire américain" aillent se faire des amis à l’extreme gauche, ici les gens sont relativement imperméables ces discours.

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  4. VITRUVE

    03/09/2009

    AVE
    Dénoncer " l’american way of life" et le Christ aux hormones des évangélistes sur le site des 4V ?
    BRAVO monsieur Bousquet !  mais on ne parle pas de corde dans la maison d’un pendu…
    VALE

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