Européennes : le PS entre déconfiture et immobilisme

Posté le 28 mai , 2014, 7:00
7 mins

Selon les mots mêmes du Premier ministre, les résultats des élections européennes sont un « séisme » politique. Pourquoi séisme ? D’abord, parce que l’abstention est restée à un niveau impressionnant (même si elle a un peu reculé par rapport à 2009) : autour de 57 %. Et, ensuite, parce que le Front national est sorti en tête de ces élections : autour de 25 %, nettement devant l’UMP (20,3 %) et le PS (moins de 14 %, soit son plus mauvais score de l’histoire aux élections européennes).

Pour être franc, je ne suis pas certain du tout que le diagnostic soit juste. Que le PS ait pris une claque, c’est assurément vrai – et je m’en réjouis vivement.

Que l’UMP ait pris une claque, comme l’ont dit la plupart des commentateurs, c’est nettement plus discutable : si l’on ajoute le score des listes UDI, en se souvenant que l’UMP avait fait listes communes avec les centristes en 2009, on obtient un score assez proche de celui de 2009, en voix comme en sièges.

Ce qui est plus inquiétant pour la droite dite « républicaine », c’est qu’elle est partie en ordre dispersé et que les commentaires de dimanche – et les « affaires » – ont singulièrement ag­gravé la situation : quand un François Fillon indique que l’UMP a perdu sa crédibilité, ce n’est pas un excellent signal qu’il envoie aux électeurs.

Au-delà des résultats, la principale question est ce que les partis pourront en faire.

Du côté du PS, c’est clair : on ne change rien et on accélère. Tout le discours de Manuel Valls, dimanche soir, consistait à dire que les Français n’avaient pas encore compris les bénéfices merveilleux qu’ils devaient attendre de la politique socialiste, mais que cela allait bientôt venir et que, par conséquent, il fallait intensifier et accélérer les « réformes ». Les seules réformes entamées depuis 2012 étant l’aggravation des impôts et la destructuration de la société, cela promet bien du plaisir d’ici la fin du quinquennat!

Du côté du FN, le changement ne peut venir que d’une opposition résolue à « cette Europe-là ». Cela supposera un vrai travail d’opposition, ingrat sans doute, mais indispensable si le nouveau « premier parti de France » veut prouver aux électeurs qu’il est capable de gouverner. Cela supposera aussi – et ce n’est pas moins difficile – un travail d’alliance, en France et en Europe. En particulier, on peut se demander si le FN parviendra à former un groupe à Bruxelles. Ce sera, en tout cas, le premier test de sa capacité politique à dépasser le fameux « plafond de verre ».

Ce qui est certain, c’est qu’en matière de communication, le FN a vraiment franchi une marche : son discours a dicté le tempo de toute cette campagne électorale. En particulier, j’ai trouvé particulièrement intéressant l’adjectif utilisé par Florian Philippot (qui s’est révélé moins de gauche et moins technocrate que lors de ses interventions précédentes) pour désigner les élites « franco-sceptiques », répondant ainsi à la critique sur l’euroscepticisme du FN.

S’agissant de l’UMP, si elle est « en lambeaux », comme le dit la presse, ce n’est, encore une fois, pas du fait des résultats eux-mêmes, mais principalement du fait de l’absence de ligne politique. Sur l’Europe, il était particulièrement net que toutes les opinions pouvaient s’exprimer dans ce parti, du fédéralisme au souverainisme. Mais cela va bien au-delà de la question européenne : sur l’ensemble des grands sujets politiques, l’UMP est divisée.

Nicolas Sarkozy, lorsqu’il gouvernait, avait réussi à camoufler ses divisions, mais elles n’en demeurent pas moins bien réelles.

Personnellement, au-delà de la jubilation devant les mines consternées de la gauche caviar en ce dimanche 25 mai, je dois dire que ce que je retiens surtout de ces élections, c’est l’inquiétude.

Rien ne va changer. Le PS continuera à détruire la France jusqu’en 2017. L’opposition – ni le FN, ni l’UMP – n’est pas en état de reprendre le pouvoir et d’y mener une politique véritablement conforme aux intérêts de la France. Si victoire il y a, elle ne sera que par défaut, comme celle de Hollande en 2012. Avec, comme conséquence, la même absence de réforme importante.

Sommes-nous condamnés à assister au lent déclin de notre pays jusqu’en 2017 ? Peut-être pas. Mais la seule façon de l’enrayer serait de rendre la parole au peuple, en imposant une forme de démocratie directe, à la suisse. Cela redonnerait aussi aux Français goût à la politique. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de soutenir le très intéressant projet <paysreels.org>, dont je vous parlerai la semaine prochaine, mais que vous pouvez d’ores et déjà rejoindre sur internet.

Guillaume de Thieulloy

16 Commentaires sur : Européennes : le PS entre déconfiture et immobilisme

  1. DESOYER

    30 mai 2014

    1) le socialisme et le centrisme, c’est l’immobilisme ou la lenteur, par définition, voire la nuisance pour le premier;
    2) Marine Le Pen dit des choses justes sur le rôle négatif de l’UE sur les flux migratoires (voir l’affrontement Sarkozy/V. Reding au moment de Lampedusa) et le non respect du principe de subsidiarité par l’UE (cf. les dispositifs d’espionnage des pêcheurs);
    3) En revanche je suis pour l’euro et une certaine Europe libérale, mais de Droite, c’est-à-dire qui fait la police à ses frontières et renvoit tous les envahisseurs chez eux.

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  2. druant philippe

    30 mai 2014

    @groupe jaures:

    l’ Allemagne s’ est débarrassée de millions de Turcs dans les années 80 : à votre avis, comment y est-elle arrivé ?
    Par la force ou par la conclusion de traités ?
    J’ appelle de mes voeux le contrôle des frontières par l’ armée , par des détecteurs électroniques, ou par liquidation physique par des champs de mine et des tireurs choisis dans la population .
    De plus, toute arrivée de va – nu- pieds dansles eaux territoriales Françaises devra s’ accompagner de l’ arraisonnement de ces gens et de leur renvoi en haute mer qu’ il y ait ou non tempête !
    Peu me chaut leur sort et pas de pitié : il y va de notre avenir démographique !!!!!

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    • Jaures

      30 mai 2014

      Je ne sais d’où vous vient cette chimère. L’immigration turque commencée en 1960 n’a jamais cessée. Elle s’est même accélérée en 1980 avec le coup d’état militaire de K.Evren. A la fin des années 70, il y avait moins d’un million de Turcs en Allemagne pour 3 millions en 2003.
      Leur nombre décroit aujourd’hui car l’accès à la nationalité allemande a été facilité: plus de 3,5 millions d’Allemands sont d’origine turque.
      Ce que vous proposez par ailleurs ruinerait la France en quelques mois. Vous n’auriez alors plus besoin d’armée, sauf pour empêcher la population d’échapper à un pouvoir devenu fou.

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  3. druant philippe

    29 mai 2014

    La plupart approuve le FN pour sa politique anti immigration
    mais en effet rien ne dit que Marinette une fois les leviers de commande en mains appliquerait réellement son programme.
    Personnellement MLP me semble trop républicaine , assimilationniste mais après tout s’ agit – il de stratégie politicienne .

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    • Jaures

      29 mai 2014

      Mais surtout, M le Pen n’a jamais détaillé concrètement en quoi consisterait sa politique anti immigration se contentant pour l’instant d’incantations.
      On le voit bien d’ailleurs quand on lit les propositions dans les commentaires de ce site où l’on va de la suppression de l’ AME ou des aides sociales (sans évaluer les conséquences réelles de telles mesures) jusqu’au déploiement de l’armée sur nos 3000 kms de frontières avec ordre de tirer à vue.

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  4. quinctius cincinnatus

    29 mai 2014

    parce que avec cette politique là des résultats *** POUVAIENT être au rendez-vous ?

    *** sous-entendus POSITIFS !

    il vous faut mon cher sociologue-stastiticien changer de logiciels économique et social

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  5. quinctius cincinnatus

    29 mai 2014

    Penser que le P.S. ( français ) restera immobile est une faute … il continuera sa fuite … en avant : toujours plus de redistribution, toujours plus de traitement étatique du chômage, toujours plus de charges ( en particulier par les impôts locaux ) pour financer toute cette gabegie … n’oublions pas que le Premier Ministre a reçu un accueil glacial suite à son exposé post-élections européennes de la part du groupe parlementaire socialiste ; il voulait faire du ” Mateo Renzi ” l’insensé !

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    • Jaures

      29 mai 2014

      Pour l’instant, le succès de Mateo Renzi est uniquement politique:l’endettement de l’Italie est supérieur de 50% à celui de la France, le 1er trimestre affiche un PIB en recul de 0,1%, le chômage est à 12,7%,…
      Cessons de voir partout l’exemple sur lequel s’aligner. En matière économique, l’exemple est rarement salutaire quand il est systématique et jamais quand il est fantasmé.

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      • quinctius cincinnatus

        31 mai 2014

        voyez vous, j’ai de la famille qui travaille en Italie ( je dis bien qui travaille ! ) Matteo Renzi a redonné confiance aux Italiens … je pense que votre Cher Leader n’inspire aux Français que le contraire ! …

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  6. Agathe

    29 mai 2014

    Un grand parti, s’il veut rester grand, rassemble des sensibilités diverses, qu’il ne faut pas confondre avec les divisions.
    Le FN n’a pas encore eu de responsabilité. Il ne fait que critiquer les autres.
    Le plus important: quand on propose quelque chose, s’informer: combien ça coûte ?
    Parce qu’à droite, on est d’abord non utopiste, mais réaliste…

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  7. 28 mai 2014

    Il est bien mort le FN flamboyant d’antan… Le FN marinisé noyauté par les francs-maçons est devenu un parti comme les autres, de ceux qui détruisent la France et l’Église depuis plus de deux siècles… et continuent, puisque comme dirait Peillon “la Révolution française n’est pas terminée”… Les seuls qui peuvent sourire aujourd’hui – seulement sourire – sont ceux, qui comme moi, n’ont voté pour ce Ruban bleu marine émasculé que pour “banderiller” le pouvoir en place, uniquement pour placer quelques piques dans le Système… Votes et banderilles, à terme, bien inutiles si les Nationalistes ne viennent pas rapidement assurer le relai…

    Et alors, pour tous ceux qui ont voté pour la Marine par adhésion ce sera LA GRANDE DÉSILLUSION…

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  8. Rouletabille

    28 mai 2014

    Très bonne synthèse Jaurès. J’espère que vous vous trompez, Mais sauf miracle, je vois les choses, exceptionnellement, comme vous. (Je devrais aller voir le médecin)

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    • quinctius cincinnatus

      29 mai 2014

      Avant que de réintervenir sur le site, vous n’avez pas manqué d’observer que notre ami @ Jaurès avait observé une longue abstinence logorrhéique temps durant lequel lui et ses comparses en socialisme ont affiné leur ” verbatim ” … vous avez là le produit de leur réflexion , mais il ne s’agit que de réflexion , l’action sera comme c’est habituel dans cette famille ( recomposée ) remise aux calendes grecques !

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      • Jaures

        30 mai 2014

        Allons Quinctius, vous devriez savoir qu’après Jaures, le silence suit est encore du Jaures.

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        • quinctius cincinnatus

          31 mai 2014

          Jaurès n’est pas …Mozart !

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  9. Jaures

    28 mai 2014

    Je suis d’accord qu’aujourd’hui les victoires électorales se font par défaut. Il en est ainsi de celle, incontestable, du FN.
    Ce parti a réussi à fédérer toutes les rancoeurs et méfiances vis à vis de l’Europe mais également du parti au pouvoir dont les résultats ne sont pas au rendez-vous.
    Mais ce qui a fait sa force est également sa faiblesse. Cela s’est vu dés ses premiers contacts avec les autres partis europhobes. L’UKIP, malgré la danse des 7 voiles de Mme Le Pen a décliné toute alliance. Comment le FN qui qualifie la politique de F.Hollande “d’ultra libérale” peut il s’allier avec un dirigeant qui affirme aduler Mme.Thatcher ?
    D’autres trouvent le FN trop antisémite (le DF danois). Le FN peut difficilement s’allier à Aube Dorée.
    Cette impuissance à s’ouvrir est le reflet de ce qui se passe en France. Le FN peut ponctuellement agréger les mécontents mais comment ensuite faire des propositions qui satisfassent à la fois les 22% de cégétistes qui ont voté FN et, par exemple, les lecteurs des 4V ? Actuellement, chacun peut trouver ce qu’il veut dans le programme du FN: le soutien aux entreprises, l’augmentation générale des bas salaires, le retour de la retraite à 60 ans, la nationalisation des entreprises en difficulté (Mme Le Pen demande la nationalisation d’Alstom), la défense des services publics, la fin de l’immigration, un salaire parental, la baisse des impôts,…
    Mais parallèlement, certaines de ses mesures phare sont ultra minoritaires comme la sortie de l’euro ou la fin de l’Europe..
    Bref, le FN est un parti d’opposition crédible, comme autrefois le PCF quand il rassemblait plus de 20% des suffrages (et une majorité d’ouvriers). Mais, par l’incohérence de son programme et son incapacité à trouver des partenaires parmi des partis qu’il a toujours renvoyés dos à dos, le FN est destiné à renoncer à accéder au pouvoir.
    Je pense d’ailleurs que rester une petite entreprise familiale d’autant plus prospère que le pays va mal n’est pas pour déplaire à la famille Le Pen.

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