Grenoble : assistanat et victimisation

Posté le juillet 27, 2010, 12:00
3 mins

David Desgouilles a recueilli le témoignage d’un ex-directeur de maison de jeunes à Grenoble dans les années 80. Jules D.
raconte comment sa volonté de responsabiliser les «jeunes» s’est heurtée à un assistanat généralisé et à un angélisme ravageur. Pour le pire.


Je me suis retrouvé rapidement en complète dissonance avec ce milieu : pour l’institution, les « jeunes » étaient par définition des
victimes de la société. Ils n’étaient pas responsables de leur situation. Pour la mairie et pour les associations, le seul indicateur de performance était la quantité de moyens déversés
sur le quartier
. Le mot « jeune » avait une dimension sacrée, christique, et aller aux jeunes était vivre une sorte de chemin de rédemption.

Dans les sorties de ski que j’organisais avec « les jeunes », ceux-ci me donnaient leurs lunettes à porter quand il n’y avait pas de
soleil pour les reprendre ensuite « Tu es payé par la mairie pour t’occuper de nous. »

L’assistanat généralisé était la seule règle. Rien n’était assez beau : on payait aux « jeunes » les plus beaux équipements. Les
« jeunes » arboraient narquois l’argent du chômage en précisant qu’ils refusaient de contribuer à quoi que ce soit
. (…)
J’avais commencé à travailler à un plan d’action éducative avec le proviseur du Lycée Jean-Bart, André Argouges. Celui-ci se battait
comme un beau diable pour obtenir une clôture pour son lycée, las des incursions de « jeunes » pénétrant dans les classes pour agresser les lycéens (NB : dans cette novlangue, les lycéens ne sont
pas des « jeunes »). Les éducateurs l’ont traité de réactionnaire, arguant que les crédits seraient mieux employés à créer de nouveaux postes d’éducateurs qu’à faire une clôture.

Deux ans plus tard, André Argouges a été assassiné par une « jeune » entrée indûment dans l’établissement, qui lui planta une paire de
ciseau dans le cœur

J’ai pu engager un éducateur, Mohamed, venu des bas-fonds et qui connaissait les règles du jeu de ce milieu, qui partageait mes
convictions (…) J’appris quelques années plus tard qu’il s’était suicidé. Sur ce tissu social pourri fleurit aujourd’hui le trafic de drogue dans ce qui est la ville la plus
criminelle de France. Marianne2  vu
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