La confusion s’accentue entre droite et gauche

Posté le 09 septembre , 2008, 12:00
8 mins

La politique, dans notre pays, devient franchement folklorique et bien malin serait celui qui parviendrait à comprendre les affinités idéologiques justifiant telle ou telle alliance conjoncturelle.

Entre l’absence d’une opposition crédible, la politique d’ouverture (hélas ! y compris idéologique, comme nous l’avons vu avec l’explosion de taxes nouvelles…) de Nicolas Sarkozy, et le « ni droite, ni gauche » de plus en plus à gauche de François Bayrou, ce monde politique totalement déconnecté de la réalité du pays donnerait le vertige au plus aguerri des observateurs !

Dernière lumineuse idée en date : l’appel de François Bayrou aux socialistes pour préparer l’alternance en 2012.

Électoralement, la chose est jouable. Il est probable que l’union de la droite que Sarkozy est parvenu à réaliser en 2007 ne résistera pas longtemps aux coups de boutoirs de la réalité : les libéraux constateront l’absence de réforme de l’État ; les nationalistes constateront l’absence de politique migratoire ; les gaullistes la destruction de l’armée… Et chacun retournera sous sa tente. Car ce qui a manqué en 2007, c’est une union intellectuelle préparant l’union électorale (qui ne s’est faite que sur la personne talentueuse du candidat et en aucun cas sur un programme).

Puisque l’actualité nous porte à regarder de l’autre côté de l’Atlantique, il ne serait pas inutile de se rappeler ce qui a fait depuis l’élection de Reagan le succès maintes fois réitéré des républicains est un cocktail que l’on pourrait dire grossièrement : tax-free, gun-free, pro-life (baisse d’impôts et des dépenses publiques ; liberté des armes à feu et, plus généralement, défense de l’Amérique profonde contre « Washington » ; et promotion des valeurs familiales). Il n’est pas besoin d’être grand spécialiste de sociologie électorale pour constater que ces trois « têtes de chapitres » correspondent aux trois plus importantes tendances de la droite américaine.

Pourquoi serait-il impossible d’en faire autant avec la droite française ?
Est-il si difficile de noter les points les plus importants sur lesquels les électeurs de droite veulent des engagements précis des personnes qui prétendent les représenter ? En tout cas, cela n’a encore jamais été fait, pas plus en 2007 qu’avant.

La politique d’ouverture à gauche, en dehors de l’habileté tactique momentanée, a eu évidemment, à moyen et long terme, un effet dévastateur sur cette clarification idéologique, pourtant si nécessaire à la fin des années Chirac. Nicolas Sarkozy prenant un malin plaisir à jouer à contre-pied, comme il vient de le faire en annonçant une hausse d’impôt pour financer la nouvelle trouvaille de l’État-providence (le RSA), comment la droite s’y retrouverait-elle ?

C’est dire que, dans le contexte actuel, l’appel de François Bayrou, élu par des voix de droite, sur un discours « ni droite, ni gauche », et se présentant comme le principal opposant social-démocrate à Nicolas Sarkozy est à la fois ravageur et symptomatique.

Symptomatique de la confusion des esprits. Il n’est hélas ! pas nécessaire d’y insister. Mais surtout ravageur. À gauche, d’abord, où le Parti socialiste ne sait plus où il habite et où il voudrait ne pas avoir à choisir entre social-démocratie et archéo-stalinisme. L’appel de Bayrou pourrait à terme permettre une clarification du positionnement du PS. Cependant, nous pouvons compter sur les abondantes querelles de personnes de cette invraisemblable « pétaudière » pour retarder longtemps ladite clarification…

Et ravageur à droite aussi. Car beaucoup d’électeurs de droite partagent au moins une partie des critiques que François Bayrou formule sur la première année de la présidence Sarkozy : du côté bling-bling au désastre des finances publiques. Et que ces critiques soient véhiculées dans la presse par un homme qui conserve une image de centre-droit les rend d’autant plus efficaces. C’est ainsi que Bayrou contribue à rendre à nouveau crédible une opposition de droite à Nicolas Sarkozy. J’ignore si elle sera ou non portée par le FN dans les années qui viennent. Il est certain en tout cas qu’un espace politique s’ouvre (se rouvre) progressivement à la droite de l’UMP.

Souhaitons que, pour les prochaines échéances électorales, les dirigeants de l’UMP soient capables de discuter avec ces mouvements à leur droite et de mettre en place avec eux un « programme commun ».

En attendant, nous nous enfonçons non seulement dans le marasme économique, mais aussi (et c’est peut-être plus grave à long terme) dans un bourbier où toutes les idéologies se mélangent au nom d’un prétendu pragmatisme. Il est temps de rappeler que la droite et la gauche ne sont pas identiques…

9 Commentaires sur : La confusion s’accentue entre droite et gauche

  1. Anonyme

    13 septembre 2008

    Excellent article très lucide et judicieusement amené dans les circonstances actuelles.

    Voici venu le temps des bourbiers….

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  2. JeanRiz

    12 septembre 2008

    Droite / Gauche : Quelle différence ?..
    Franchement, je ne vois pas…

    Pour la dernière présidentielle, je n’étais bien entendu pas dans les secrets des dieux.

    Mais au vu de ce qu’il en a résulté, j’imagine que cette prè-élection a été une immense collaboration, un marché en bonne et due forme :

    — Bon, OK,on te laisse gagner, et tu nous prends du monde dans le "machin", l’essentiel est encore qu’on élimine le centre et l’extrême droite ! Pour l’extrême gauche, rien à foutre, de toute façon, ils voteront pour nous, même si nous leur annoncions qu’on va les pendre après le scrutin !
    — D’accord, les gars, l’essentiel est de bien verrouiller le système, et le vainqueur ne peut être que UMP ou Ps, ça ne fait pas l’ombre d’un doute ! Par ailleurs, soyez certains que je vous renverrai l’ascenseur !
    — On y compte bien ! Pour le moment, nous sommes dans la merde, nous n’avons aucun programme – toi non plus d’ailleurs, mais nous, on n’a même pas de promesses à présenter ! Et l’essentiel est encore que nous gardions nos conditions de vie qui sont excellentes, qu’on fasse plaisir à nos potes, qu’on touhce un max de prébendes, et qu’on puisse créer encore et toujours plus de thuriféraires !
    — Oui, c’est bien beau tout ça, mais les plombs dans les fesses, c’est moi qui vais les ramasser…
    — T’inquiète pas, on te couvre ! Et de toute façon, les électeurs sont tellement cons, qu’ils ne vont même pas s’apercevoir qu’on les baise ! Surtout si tu fais savoir (discrètement) avec qui tu couches… Ou alors si quelques uns s’en aperçoivent, ils vont peut-être le dire, mais ça va faire "Pschittttt", et après le match de foot et le tour de France, personne n’y pensera plus !
    — OK, ça marche !
    — Impecc ! Bon, nous on met le plus con – enfin, la plus nulle, et comme ça, on est sûr qu’elle se rammassera une gamelle, et du coup, tu auras un boulevard ! Tu reprends quleques unes des idées du crématoriste dans ta salade – ben oui, nous, on peut pas … et comme ça, tu passes à l’aise, et le Jean-Rima sera laminé ! Pour le facteur, aucune inquiétude, il n’est pas encore assez mûr pour déranger donc, on n’en a rien à cirer…
    — Parfait, marché conclu !
    — Marché conclu !
    Champagne pour tout le monde nom de dieu !
    Et à notre brillante réussite collaborationneuze !

    PS : (Ah ah ?…)
    Ceci est pure invention ; toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé serait pure coïncidence…

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  3. HansImSchnoggeLoch

    12 septembre 2008

    Mr.Bouygues a beaucoup de projets en cours là où se produit le pétrole, les programmes de TF1 s’en ressentent. Il y a une alternative, faites jouer la concurrence…

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  4. Daniel

    11 septembre 2008

    Comme la médecine dans l’article de B. Trémeau, la politique a oublié le sens humain de son rôle. Comme dans la médecine qui dérive  grace à l’anonymat de l’argent sans visage de la sécu, les politiques ne courent que pour eux puisqu’ils sont totalement irresponsables quant aux conséquences de leurs actes,  dont les dettes de la France, un des points essentiels qui justifient leur rémunération…   Comme la médecine, la politique fait autant de dégats qu’elle ne répare ou organise… ?  ah non, elle fait beaucoup plus de dégats.  Bilan criminel et voie sans issue de la démocratie tant qu’elle fonctionnera dans l’inhumanité et  en conséquence dans l’incohérence intellectuelle.  

     Le résultat, c’est que les citoyens auront encore moins confiance en la classe politique aprés Sarkosy.  Les citoyens pensent justice,  espérent justice alors que les politiques pensent pouvoir personnel à n’importe quel prix!  Niveau de pouvoir et de  fric qui définit à leurs yeux leur réussite personnelle en même temps que leur MERITE personnel. Immature.    Sans spiritualité, c’est le chaos.

    Votre article appelle logiquement un redéfinition de ce qu’est la droite, comme de la gauche.   C’est bien par cette référence que tout devrait commencer.   Ne pouvez vous pas ouvrir un site dans lequel vous proposeriez une définition à commenter ou compléter afin que nous retrouvions le sens des mots que nous croyons à tort communs. A défaut, un article discuté sur le forum verrait émerger des distorsions intéressantes.

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  5. Aregundis

    11 septembre 2008

     

      

    Bonjour,

     Certes, droite et gauche ne sont pas bonnet blanc et blanc bonnet. En tout cas pas en France où l’on ignore ce que veulent dire dialogue et concessions réciproques. Et mon opinion est que Bayrou est un ectoplasme politique. Sous emballage d’un langage toujours châtié, est le néant d’un non-programme, d’un non-engagement. Le cul entre deux chaises, si je puis me permettre. C’est un personnage attachant pour qui, justement, ne s’attache pas aux détails. Et comme on sait, le diable est dans les détails. Son discours décalé, ses façons de dire une chose en ayant l’air d’affirmer le contraire, son attachement aux traditions du terroir, me rappellent un certain Royer, Jean Royer, maire de Tours, député non-inscrit du Loir-et-Cher dans les années 70/80.* Ministre du commerce sous Giscard. Un nom qui ne dira rien aux plus jeunes d’entre nous. Il fut aussi, comme Bayrou, candidat à la présidence de la république. Il avait choisi un créneau qui allait lui attirer bien des ennuis : candidat de l’ordre moral ! De droite, donc. La droite tout ce qu’il de plus à droite. Ce qui n’a rien d’infamant, bien entendu. Mais Jean Royer avait un truc bien à lui : comme gente pucelle à Domrémy, il entendait des voix. Son combat contre l’immoralité et l’indécence, en pleine révolution sexuelle, féministe et pédérastique, était politiquement, et même sociologiquement, complètement anachronique. Son secrétariat croulait sous les magazines porno que les libertaires lui expédiait. En dépit des "voix", il dut abandonner sa croisade. Au moins avait-il le courage de ses opinions.

    Paradoxalement, les valeurs morales chrétiennes – très fermement soulignées par le président dans deux discours – pourraient bien redevenir présentes dans nos choix politiques futurs, suivant en cela l’exemple américain et les exhortations du pape dont l’impact est sûrement plus profond qu’il n’y paraît et qu’on veut bien le dire. Le dossier que lui consacre TF1 (impensable sous Chirac) semble un signe des changements qui s’amorcent. Et d’autre part les Français se sentent menacés dans ce qu’ils ont de plus précieux : leurs rejetons. Faute de repères moraux et civiques l’école de la république est devenue un immense foutoir.  D’où le succès pour l’internat des élèves en institution privée.

    L’article de G. de Thieulloy a un petit côté « c’est foutu d’avance ». Ne nous emballons pas. Nous sommes en 2008. Et d’ici 2012 du bon boulot aura été fait. Et les socialistes ne pourront revenir dessus. Le président et son gouvernement ont déjà pris pas mal de mesures pour désankyloser ce pays qui en bien besoin.  En tout cas, je n’ai pas voté le bonhomme. Nicolas n’avait rien pour me plaire : court sur pattes, agité, trop bavard, présomptueux (je maintiendrai le pouvoir d’achat…, je ferai le ménage dans les banlieues…). C’est son programme de réformes tous azimuts qui m’a fait voter pour lui. Et de toute façon je n’aurais jamais soutenu la belle et glapissante candidate socialiste, heureusement très mal conseillée par son staff d’ex-trotskistes.**

    « La politique d’ouverture à gauche […] a eu […] un effet dévastateur… », dites-vous. Dévastateur, oui, mais à gauche ! Esprit d’ouverture ou machiavélisme du président ? En tout cas, débaucher des « têtes » socialistes a eu à Solferino l’effet d’un chien fou-fou lâché dans un troupeau de canards.  Une belle pagaille cancaneuse au PS qui n’en pas revenu et s’en relèvera mal. D’autant que la guerre des chefs fait rage. Cette transfusion, si elle a contribué à brouiller les clivages – ce dont vous vous désolez et dont je me réjouis – elle a aussi révélé aux Français que les talents sont partout, qu’il est possible de raisonner autrement qu’en termes manichéens, et que la lutte des classes est bel et bien enterrée. D’ailleurs on peut le constater : les « divers mouvements sociaux » n’emballent pas l’opinion, en dépit de la morosité ambiante. Les manifs n’ont pas l’effet boule-de-neige escompté par SUD et la CGT. Les Français comprennent qu’on ne résout pas une crise économique internationale en brandissant des banderoles. La pédagogie gouvernementale porte ses fruits : les français voient bien qu’on ne fait pas de miracles avec un tout petit 1% de croissance prévu. Et puis aussi l’effet « JO » de Pékin qui a révélé la puissance économique phénoménale de la Chine. Un effet d’assommoir. Comment lutter ? Comme d’habitude les économistes comptent sur la locomotive américaine.

    Quant à intégrer la droite nationaliste dans une gouvernance commune… Les idées de cette droite sont tellement éloignées au sujet de l’Union européenne, de l’Otan, des relations avec les États-Unis, et même de l’économie de marché – sans même évoquer les problèmes psychologiques que cela poserait… Bref, ce n’est pas pour demain. Et supposer que cette droite (que je ne qualifie pas d’extrême) sera à la prochaine échéance autre chose qu’un rassemblement groupusculaire. Aregundis.

    * Le trombinoscope politique des vieux almanachs Vermot est bien pratique pour retrouver la tronche des gloires oubliées.
    ** Dont une certaine Sophie Bouchet-Petersen, trotskiste version LCR et altermondialiste frénétique.

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  6. nicolas bonnal

    10 septembre 2008

    oui guillaume mais le phenomene est global il y a brouillage des poles du fait de la mondialisation et centrage de tout meme en amerique du sud. la perte des reperes est planetaire. mais beucoup de gens s¡en foutent.

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  7. Florin

    10 septembre 2008

    La gauche est trop à droite ? Votez le facteur !

    La droite est trop à gauche ? Votez de Villiers, Dupont d’Aignan, ou encore Le Pen.

    Et surtout arrêtez de regarder TF1 (encore plus nuisible que les microondes de nos chers portables …).

    Il reste encore des gens honnêtes dans notre pays. Mais on ne verra jamais leurs visages sur TF1.

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  8. Bainville

    10 septembre 2008

     Nous parler de Bayrou pour sauver une droite qui n’existe pas dans les convictions et le programme.

    Vous devez découvrir la politique depuis hier.

    Il n’ y a pire démagogue que ce personnage qui a tout professé et a voulu s’allier avec n’importe qui pour avoir le pouvoir.

    Il a été un partenaire fiable des syndicats destructeurs quand il était ministre de l’Education.

    Il se dit catholique, mais est un farouche partisan de la déchristianisation finale de la société.

    Personnage écoeurant, il nous sauverait  de la fourberie et des agitations erratiques du Machiavel de quartier qui croit gouverner le pays de reculades en faux semblants.

    Il faut voir que Sarko et Bayrou sont les mêmes démagogues prêts à toute initiative socialiste pour jouir de la complaisance des média.

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  9. Jean-Pierre

    10 septembre 2008

    Le problème est qu’une partie de la droite française est aussi étatiste que notre gauche archaique et celà a fini par nous pondre cette dictature du fonctionariat qui ne pourra être abollie que dans un écroulement total.

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