La fin de la célébrité

La fin de la célébrité

Dans son dernier ouvrage consacré aux grands hommes, Jacques Julliard constate qu’on ne les respecte plus, qu’on ne leur voue plus un culte comme jadis. Il est loin le temps des statues de jardin, du culte des politiques, des grands savants, des médecins…Tout a remplacé par les stars. Ces stars sont destinées à être médiocres, et elles sont bien sûr choisies pour cela : le public s’y reconnaît d’autant.

Ayant publié en 1996 un livre sur la "damnation des stars", j’observais déjà que l’on assistait à un crépuscule de la notion de star. Celle-ci perdait son aura, son charisme weberien, et elle se retrouvait logée à petite enseigne, avec ses petits problèmes, sa vie banale, sa tournée des popotes. Il était déjà loin le temps des monstres sacrés hollywoodiens, des étoiles maudites et des rockstars rebelles des sixties et des seventies.

Cet embourgeoisement de la star correspondait à une société déjà sur le retour, vieillissante, et qui savait qu’elle ne pouvait plus rien offrir de nouveau. Elle ne faisait que recycler ce qu’on avait déjà connu. Comme, d’autre part, on vivait ce que Fukuyama a justement appelé la fin de l’Histoire, on se retrouvait face à des modèles qui n’avaient plus rien de dialectique, qui n’offraient plus de contradiction à la société. C’est à ce moment (les années 90, donc) que les stars ont perdu leur aura, que les top-models ont remplacé les grandes actrices, que les acteurs vieillissants ont été oubliés, et que la médiocrité du "people" a gangrené tous les médias.

J’étais navré de voir, cet été, par exemple, ce qu’est devenu une émission comme Sept sur Sept. Un dépotoir de ragots, prouvant aussi au passage le vieillissement de la société : la télé ne raconte plus que des histoires pour petits vieux, rediffuse jusqu’à la nausée les mêmes nanars policiers et nous assiège avec ses obsessions sénescentes : l’insécurité, la santé, les retraites ; la santé, les retraites, l’insécurité. Nietzsche disait que ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts, dans l’occident agonisant on constate surtout que ce qui ne nous tue pas nous rend plus vieux. La vieillesse est l’avenir de l’homme blanc, et de l’homme tout court. Mais c’est un autre sujet.

On devient célèbre parce qu’on passe à la télévision

Julliard observe justement que le grand tournant des années 2000 a été le loft story, lorsque Loana a détrôné tout le monde. Grâce à Big Brother, abjecte émission recyclée partout, l’homme sans qualité est devenu une star, tout comme la femme sans qualité. On ne passe plus à la télévision parce qu’on est célèbre, on devient célèbre parce qu’on passe à la télévision. Le public s’est alors engouffré dans cette brèche, observant que n’importe qui finalement pouvait faire l’affaire. On passe à la télé parce qu’on passe à la télé, pas pour une autre raison. Et Facebook a prolongé cette entropie : maintenant tous les gamins s’imaginent célèbres grâce à leur liste de contact.

Julliard omet d’ajouter que le support technologique de l’Internet a aussi modifié la donne : on assiste à une diffraction de la célébrité, ce qui veut dire que beaucoup plus de gens sont célèbres, mais moins. La célébrité devient diffuse et confuse. On voit par exemple une Lady Gaga, chanteuse ectoplasme nullissime sans visage, toujours masquée et habillée différemment, et qui recycle elle aussi le politiquement correct des années 80 façon Madonna. Des dizaines, voire des centaines de stars sont ainsi fabriquées et connaissent une célébrité jetable, quand celle d’avant le réseau avait tout de même une autre tenue.

Je peux aussi aujourd’hui compulser une dizaine de magazines people dans ce pays, je ne connaîtrai aucune des nouvelles stars issue du net ; je ne connaîtrai que les anciennes, celles d’avant les années 2000. Les récentes concernent une petite niche de public issu pour l’essentiel du cybermonde et d’une éducation misérable. Car on est passé du culte, pour parler des femmes célèbres, de Jeanne d’Arc à celui de Marie Curie, puis, après la guerre, à celui de BB puis à celui de Zahia.

Aujourd’hui donc, la célébrité ne concerne plus les femmes et les hommes valables. Cela nous le savions depuis longtemps. Mais elle ne concerne même plus les stars du showbiz. Elle est en deçà de cela. Et contrairement à ce que pensent certains, on peut toujours descendre plus bas. Car la diffraction de la célébrité reflète aussi l’ingouvernabilité de nos sociétés chenues et déchues.

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(7) Commentaires

  • Clément Répondre

     

    Et bien les commentaires précédents ont au moins le mérite de conforter l’analyse. Même ceux qui sont atteints par l’inquiètude des temps demeurent les grumeaux de la pâte stupide qui sert de "socle" à notre "civilisation".

    Quand on se permet d’écrire avec toutes les fautes d’orthographe de grammaire et de syntaxe (Et peut-être de frappe aussi?) pour défendre l’indéfendable c’est que le fond est atteint.

    Ils veulent le retour d’une certaine France et se ruent entendre Halliday ou Lady Gaga la bien nommée.

    Va comprendre Charles….

    21/09/2010 à 15 h 53 min
  • Gérard Pierre Répondre
    Je suis très célèbre !
     
    …… mais je ne suis pas connu,
     
    ………… ce qui rend ma vie plus confortable !
    21/09/2010 à 9 h 38 min
  • UN chouka Répondre

    C’est vrais que

     "lorsque l’on a tout compris"

    ,les chienchiens qui astiquent les godasses aux grands de ce monde,pour endormir la populasse ignarde, comme moi, on leur préfère facilement les petits auteurs bien réalistes, bien cyniques bien droles, bien méchants suants la rancoeur et tout et tout  😀 

    20/09/2010 à 20 h 45 min
  • IOSA Répondre

    Cet article sent le vieux rance et rancunier….

    Car au lieu de critiquer ceux qui voudraient atteindre les étoiles, il suffirait d’analyser plus logiquement la situation et expliquer ce pourquoi les médias font la part belle aux étoiles…même filantes.

    1- Le Foot grassement payé et composé de gens qui en n’ont rien à branler de la France n’est plus ce moyen qu’utilisait Jules Caesar pour apaiser le peuple avec les gladiateurs.

    2- Ce foot était un moyen de détourner l’attention des veaux français dans l’anti-chambre de l’abattoire.

    3- Ce moyen a changer et chacun comme au loto espère qu’un jour il sortira de la fange dont tous les gouverneux se complaisent à nous y laisser, pendant qu’eux profitent de la manne du fric du contribuable.

    4- Ceux qui voudraient atteindre les étoiles ont ce mérite de ne pas être des dealers…..ou des enfoir*s.

    CQFD….

    Fin de cet article qui n’avance guère dans les problèmes intimes & psychologiques des Français, déjà bien encombrés par l’invasion islamiste.

    IOSA

    20/09/2010 à 18 h 35 min
  • WatsonCorsica Répondre

    Calmez-vous ! c’est un discours de vieux, dépassés par la réalité, du genre " il n’y a plus de saisons".

    Prenez un exemple : Quel est le musicien / chanteur français qui peut réunir 5000 personnes à Londres, à Milan et à Dublin ?

    Il y en a un seul !

    Cherchez !

    Et si je vous dis que c’est  Alan Stivell ?

    Alan Stivell ne passe jamais à la télé française et n’apparait jamais dans les médias français et pourtant il est français et vit en France ( comme Francis Cabrel ) . preuve qu’il existe au moins deux mondes et deux réalités – et qu’on ne peut tout réduire à une vision de la réalite depuis son fauteuil. Cette analyse ne concerne que les médias et tout le petit monde qui gravite autour…

    C’est simplement la prédiction d’Andy Wahroll qui se réalise : dans le futur chacun sera célèbre pendant 15 minutes ! On y arrive….

    20/09/2010 à 14 h 30 min
  • moi Répondre

    frenchement Lady Gaga est une des seuls chanteuses qui savent chanter en live, en plus de sa elle joue du piano (elle a l’oreille absolu) elle compose et écrit ses chansons . aller donc la voir en concert ou regarder une vidéo d’elle en live ex : http://www.youtube.com/watch?v=_7HvURBhMGE&ob=av2e     en plus elle est très généreuse ya tellement de chpeux pas tout dire mais c’est une artiste et le trou de c** qui a écrit l’article ou du moins celui qui a insulté Lady Gaga  qu’il regarde la vidéo et qu’il foute la paix à la personne la plus créative du monde si tu te fit aux look des personnes t’es pas rendu dans la  vie, pommé

    20/09/2010 à 13 h 33 min
  • BORGAL Répondre

     

    Pas besoin du livre de J;jULLIARD pour nous dire ces choses. En un court article, vous nous avez dit l’essentiel sur un aspect essentiel de notre décadence, N.BONNAL.

    Toutes les pièces d’une espèce de puzzle maudit se mettent en place ……

    Comme prélude à l’Apocalypse ? (laquelle signifie "Révélation", pas de panique)

    19/09/2010 à 22 h 39 min

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