La politique avec un petit « p »

La politique avec un petit « p »

L’une des caractéristiques les plus frappantes de la vie politique française est sans doute le non-renouvellement de ses principaux acteurs. François Mitterrand fut présent sur la scène pendant plus de cinquante ans… Jacques Chirac est devenu chargé de mission auprès d’un Premier ministre nommé Georges Pompidou en 1962… Il est devenu Premier ministre lui-même en 1974… Aujourd’hui, alors qu’il aura 72 ans le 29 novembre prochain, il n’exclut pas de se représenter une cinquième fois à la présidence de la République, pour exercer un troisième mandat, qui l’emmènerait jusqu’en 2012, année où il aura 80 ans… Il faut se pincer pour réaliser que c’est bien la situation que nous vivons.
Comme l’exemple est donné au sommet, il est suivi jusqu’aux bases de la pyramide que constitue notre drôle de monde politique. Un sénateur de 84 ans n’abandonnera les ors du Palais Médicis qu’après avoir transmis son mandat originel de Conseiller général à sa fi-fille… Dans le département des Hauts-de-Seine, Charles Pasqua n’a certainement pas quitté son fauteuil de président du conseil général à 77 ans sans contrepartie… Et, à Rueil, Jacques Baumel est un héros de laisser à mi-mandat, à 86 ans, sa place de maire…
Dans ces conditions, on ne s’étonnera pas qu’à Paris, où les guéguerres de la droite ont abouti, en 2001, à la prise de l’Hôtel de Ville par une majorité rose-rouge-vert, Jean Tibéri, 69 ans, élu du 5e arrondissement depuis 1965, annonce être à nouveau candidat au poste de maire de la ville en 2007 (ou 2008, si les prochaines élections municipales sont reportées d’un an). Après tout, n’a-t-il pas deux ans de moins que le Président de la République ? N’a-t-il pas autant de légitimité que ses rivaux, y compris le dernier en date, le nouveau député apparenté UDF du 16e arrondissement-nord, Bernard Debré, 60 ans, ancien député d’Indre-et-Loire en 1986.
Dans l’entretien qu’il a accordé au journal « Le Figaro » daté du 23 juillet, Jean Tibéri déclare : « C’est notre division qui a été la cause de l’échec de 2001. Il faudra trouver une procédure de désignation ». Il a bien raison ! Car là est toute la difficulté.
À gauche aussi, on connaît les parachutages et les places fortes inexpugnables. Les exemples foisonnent qui illustrent une conception patrimoniale de l’exercice des mandats électoraux. Mais les militants, fut-ce pour la forme, interviennent dans la désignation des candidatures. Les apparences démocratiques sont sauves.
À droite au contraire, en particulier à l’UMP, comme c’était d’ailleurs le cas depuis toujours dans la formation gaulliste, la désignation des candidats relève personnellement du chef. Et cela vaut pour toutes les élections et à tous les niveaux. On l’a bien vu aux dernières consultations régionales puis européennes. Non seulement, les têtes de liste étaient désignées par l’Élysée, mais également tous les candidats aux places réputées éligibles devaient avoir son aval.
À Paris, les militants de la Fédération départementale de l’UMP sont encore sous le choc des conditions de la désignation des candidats qui figureront sur la liste du parti pour l’élection sénatoriale de septembre. Pour la troisième place, réputée éligible, deux candidats étaient en lice : Philippe Goujon, 50 ans, élu du 15e et Jean Legaret, 51 ans, maire du 1er arrondissement. Tous deux sont des apparatchiks, n’ayant jamais rien fait d’autre que « de la politique ». Dans un premier temps, la Commission d’investiture du parti donna la préférence au premier. Mais, dans un second temps, après différentes interventions personnelles de Jérôme Monod, tout puissant exécuteur à l’Élysée des consignes du Président, et à l’unanimité des personnes présentes, le second fut désigné. Du coup, le premier jure qu’il conduira jusqu’au bout une liste dissidente. Pour comprendre les choses, il faut simplement savoir que le premier est un fidèle d’Édouard Balladur dont il a été le suppléant comme député. Alors que le second (fils d’un sénateur indépendant, très anti-gaulliste…) a toujours été dans la droite ligne du Président du mouvement. Jérôme Monod avait donc reçu l’ordre de faire barrage à tout prix à la candidature du premier. Ce qui signifie, en clair, que la haine de Chirac à l’égard de Balladur est toujours aussi vive…
« Trouver une procédure » pour la désignation des candidats de l’UMP à toutes les élections, serait pourtant fort simple. La candidature à la candidature serait évidemment libre. Les militants à jour de leurs cotisations seraient appelés à s’exprimer à l’issue d’un débat où tous les impétrants auraient droit à la parole. On pourrait même introduire une règle de parrainages. C’est d’ailleurs ainsi qu’on procède partout, dans tous les pays démocratiques du monde. C’est même, à peu près, les règles qui ont été adoptées pour la présidence de l’UMP qui sera renouvelée en novembre après la démission d’Alain Juppé.
Mais on sait aussi que Jacques Chirac se mord les doigts d’avoir (sur la suggestion de Philippe Seguin) avalisé cette brèche démocratique. Sarkozy risque d’en profiter. La haine est antinomique de la démocratie…

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(7) Commentaires

  • Observateur Répondre

    Autrement dit quand les français votent pour l’UMP, en fait, ils votent pour les apparatchks désignés par Chirac, le gauchiste incompétent !

    04/08/2004 à 16 h 04 min
  • sas Répondre

    ELU vous avez dit….cet article vous explique exactement le contraire….cooptation,nepotisme et corruption… Aux « goyes » de france(les nons elus)arrêtez d’etre con…Il n’ a pas plus de démocratie et de république en FRANCE que de beurre en broche….c’est clair ???

    04/08/2004 à 14 h 10 min
  • T.Larger Répondre

    il n’y apas si longtemps, sous Brejnev on se moquait de la gérontocratie soviétique…

    02/08/2004 à 22 h 54 min
  • Ann Louis Répondre

    Sans doute connaissez-vous cette blague de la IIIe République. « Pourquoi ce sont les vieux de 70 ans qui ont le pouvoir? « Parce que ceux de 80 ans sont morts. » Etrange continuité.

    02/08/2004 à 8 h 48 min
  • charlemagne Répondre

    Il y a fort longtemps que la République a laissé place à une monarchie qui ne dit pas son nom.Sa majesté ne demeure plus aux Tuilleries,mais à l’Elysée,et la Cour s’est installée,sans aucune honte,dans les palais des rois de france,dont l’un fût décapité,précisémment,parce que »cette vie de chateau » indisposait le bon peuple. A bien regarder,le bon peuple ne paie plus la dîme et la gabelle,mais il a l’IRPP,la CSG,la CRDS,la TIPP,et pour certains(les millionnaires mais pas les milliardaires)l’ISF. A quand les lettres de cachets? Au fait,de quoi nous plaignons-nous?Nous les avons élus et chacun sait qu’on a les dirigeants que l’on mérite!

    01/08/2004 à 19 h 22 min
  • charlemagne Répondre

    Il y a fort longtemps que la République a laissé place à une monarchie qui ne dit pas son nom.Sa majesté ne demeure plus aux Tuilleries,mais à l’Elysée,et la Cour s’est installée,sans aucune honte,dans les palais des rois de france,dont l’un fût décapité,précisémment,parce que »cette vie de chateau » indisposait le bon peuple. A bien regarder,le bon peuple ne paie plus la dîme et la gabelle,mais il a l’IRPP,la CSG,la CRDS,la TIPP,et pour certains(les millionnaires mais pas les milliardaires)l’ISF. A quand les lettres de cachets? Au fait,de quoi nous plaignons-nous?Nous les avons élus et chacun sait qu’on a les dirigeants que l’on mérite!

    01/08/2004 à 19 h 22 min
  • Philippehermkens Répondre

    Les Français s’en foutent puiisqu’ils n voient qu’une médiocrité incroyable du personnel politique. C’est pourcela qu’un nouveau Mai 68 sanglant est très probable dès que des difficultés sérieuses se manifesteront.

    01/08/2004 à 11 h 08 min

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