La revue de presse de Pierre Menou

La revue de presse de Pierre Menou

Les malheurs du petit Frédéric

Frédéric Mitterrand a bien du malheur ! Une affaire suivant l’autre, sa défense aberrante de Roman Polanski, auquel la justice de son pays d’origine demande légitimement des comptes, a cédé le pas à la redécouverte – mais à la simple découverte pour le grand public – des pages de La Mauvaise vie dans lesquelles il évoque ses frasques thaïlandaises en compagnie de « garçons » ou de « gosses » prostitués. La polémique faisait encore rage qu’on apprenait qu’il s’était porté témoin de moralité, lorsqu’il dirigeait la Villa Médicis, de deux mineurs jugés pour un viol collectif commis sur une mineure de 16 ans – décidément !

Nous voilà loin des conditions dans lesquelles il fut appelé par Nicolas Sarkozy au ministère de la Culture, rappelées par François d’Orcival dans le numéro de Valeurs Actuelles du 15 octobre :

« Le mercredi 24 juin dernier, jour de la nomination de Frédéric Mitterrand comme ministre de la Culture, toute la presse saluait « le talent » de Sarkozy qui « enrôlait un Mitterrand » (le Parisien) : le neveu de l’autre, celui de Du côté de chez Fred et des Aigles foudroyés, le « duc de Reichstadt » de la villa Médicis… Trois mois et demi plus tard, le 9 octobre, le même Parisien titrait : « L’affaire Mitterrand sème le trouble. » Quelle affaire ? Son livre ou lui ? Parue il y a quatre ans, la Mauvaise Vie, vendue à deux cent mille exemplaires, comportait des pages choquantes qui avaient justifié son titre. Personne n’ignorait la part de vérité qu’il dénonçait de lui par écrit pour n’avoir pas à en parler. Il s’en était ouvert au président de la République, avant sa nomination, et celui-ci avait considéré que la personne publique ne pouvait se confondre avec la personne privée. »

Cet argument, que Xavier Bertrand a lui aussi fait valoir pour défendre le ministre compromis, est-il recevable ? Si demain Nicolas Sarkozy nomme un meurtrier au ministère de la Justice, argumentera-t-on de la même façon qu’il ne faut pas confondre le ministre public avec le meurtrier privé ? Cette schizophrénie politique est malaisée à faire comprendre au bon peuple, et sans doute le bon peuple n’a-t-il pas tout à fait tort de ne pas la comprendre.

Un abcès encore purulent

Dans le même éditorial de Valeurs Actuelles, François d’Orcival analyse d’ailleurs la réaction des Français :

« Celui qui apporte son soutien à Roman Polanski n’est-il pas le même qui faisait du “tourisme sexuel” en Thaïlande ? L’homme privé rejoint l’homme public. La nomination par le président de la République d’un tel ministre de la Culture n’est-elle pas une manière de légitimation des pires atteintes à la morale ? Le scandale qui couvait éclate, comme l’orage, y compris dans les rangs socialistes qui prennent le relais. Ce qui conduit le ministre, personne publique, à s’expliquer, à exprimer ses regrets et à condamner à son tour, avec la force de l’indignation, la honte du tourisme sexuel et de la pédophilie. Il vide l’abcès. »

L’éditorialiste va un peu vide en besogne et il s’en faut de beaucoup que l’abcès soit véritablement vidé. Certes, selon un sondage publié par Le Parisien, 62 % des électeurs de droite estiment, pas dégoûtés, que le président de la République a bien fait de soutenir son ministre ; mais contre 40 % seulement de l’ensemble des personnes interrogées. A l’intérieur même de la majorité, des personnalités sonnent l’alarme, comme l’ancien ministre Christine Boutin dans le même numéro de Valeurs Actuelles, qui évoque le climat de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 :

« Pour la première fois depuis trente ans, la droite avait le sentiment de pouvoir respirer ! Nicolas Sarkozy a fait campagne sur le refus des valeurs de Mai 68. C’est ce qui a fait son succès. Or nous sommes bien loin de ce discours dans l’affaire Mitterrand… Je sens bien que l’UMP est mal à l’aise, même si ses responsables défendent Frédéric Mitterrand par solidarité majoritaire. Quant à nos électeurs, ils sont déboussolés. (…) Si rien ne se passe, je le dis aujourd’hui : les dégâts seront terribles à droite et dans l’opinion. »

Même écho du député du Nord Christian Vanneste, qui a publié le 16 octobre, sur le site de la Fondation Polémia, un article intitulé « L’image et le réel », dans lequel il analyse la manière dont les maîtres de la communication, détenteurs du pouvoir, fabriquent une réalité virtuelle à l’usage du citoyen, à partir de l’image diffusée. Il en prend deux exemple : l’attribution injustifiée du Prix Nobel de la Paix à Barack Obama, et la manière dont Frédéric Mitterrand a été « réhabilité par la magie de TF1 et au milieu des sourires complices de politiques de tous bords. Ce qui a été écrit n’était que pur fantasme. Ce qui vient d’être dit, malgré les ambiguïtés et sans doute les mensonges, est devenu une vérité inaltérable saluée avec soulagement par la classe médiatico-politique. »

Mitterrand victime de la « fachosphère » ?

Nicolas Sarkozy devrait se méfier : depuis plusieurs années, les élections et les sondages montrent que ce que pense la classe médiatico-politique laisse le peuple indifférent, voire hostile. On peut donc douter que l’opinion soit aussi sensible que le souhaiteraient nos Excellences aux arguments qui présentent Frédéric Mitterrand en victime de l’Ordre noir, évoqués par Jean-Pierre Maugendre, toujours sur Polémia :

« Christophe Barbier, de L’Express, dans la plus pure tradition de la novlangue chère à Orwell, crée le néologisme de “fachosphère” pour désigner les sites Internet non contrôlés par la grosse presse qui diffusent la vidéo du 5 octobre (l’émission de France 2 au cours de laquelle Marine Le Pen avait cité les extraits du livre de Frédéric Mitterrand, ndlr). Dénoncer les propos du ministre c’est se faire complice du fascisme, un des “mythes incapacitants” les plus efficaces de ces dernières décennies. Dans la même veine, le secrétaire général de l’UMP, le franc-maçon Xavier Bertrand, s’empressera de dire que tout cela lui rappelle "les heures les plus sombres de notre histoire". Malheureusement pour eux, il se trouve que les propos du ministre sont susceptibles de poursuites pénales dans le cadre de la législation française, dont la dimension fascisante reste à démontrer. »

Il n’est certes pas prouvé que le ministre ait eu un commerce coupable avec des mineurs en Thaïlande ; mais il est assez peu crédible qu’il ait fait le voyage pour se payer quelques moments d’intimité avec un boxeur de 40 ans – ce qu’il aurait pu trouver en France. Et tout aussi improbable qu’avant d’acheter leurs charmes au « marché aux esclaves », il ait demandé leur carte d’identité aux « garçons », aux « gosses » et autres « éphèbes » mentionnés dans son livre pour s’assurer de leur âge.

Frapper les filles ? Pas grave. Insulter la police ? Grave. 

Quelle crédibilité reste-t-il à Frédéric Mitterrand, au poste qui est le sien ? Le site du Point (Le Point. fr) ironise sur sa dernière tentative de « retrouver une posture plus conforme à l’électorat conservateur » en condamnant vertueusement le clip du rappeur Morsay, J’ai 40 meufs , qui scande : « comme dab, j’nique la police municipale ». Malheureusement, le journaliste du Point.fr rappelle qu’en juillet dernier, le ministre de la culture avait été « beaucoup moins sévère avec le rappeur Orelsan, dont la chanson controversée comprenait des violences faites à une femme. "Orelsan exprime le dépit amoureux, avec des termes qui ne sont pas les miens. Moi, je ne parle pas exactement la même langue, mais il a tout à fait le droit de l’exprimer", avait déclaré alors le ministre sur RTL. "Je ne trouve rien de choquant ni de répréhensible à la manière dont il le chante", avait-il renchéri, en citant pour référence certains écrits violents de Rimbaud devenus des classiques. Frapper les filles ? Pas grave. Insulter la police ? Grave. », conclut l’auteur de l’article.
Qui accepterait désormais de recevoir des leçons de morale de Frédéric Mitterrand, sans lui répondre : pas vous, pas ça !

« Si je m’appelais Tartempion, je ne subirais pas les mêmes indignités », a pleurniché le ministre. « Osons ajouter qu’il ne serait peut-être pas ministre s’il s’appelait Tartempion », rétorque Jean-Pierre Maugendre sur Polémia.fr.
Frédéric Mitterrand n’a pas l’exclusivité du gémissement de l’héritier douloureusement persécuté. Interviouvé dans Le Point du 15 octobre. Jean Sarkozy, le prince qu’on sort, dont la probable arrivée à la direction de l’Epad, l’établissement public qui gère La Défense, a provoqué la polémique, se lamente semblablement : « J’ai compris que, lorsqu’on s’appelle Sarkozy, les choses sont parfois plus difficiles », « j’ai conscience que ma situation personnelle rend tout compliqué, mais je fais face. » On a envie de répondre à ce pauvre petit poussin né d’un mauvais coq que, s’il n’était pas né de ce coq-là, il en serait encore à doubler sa deuxième année de droit. Il n’est pas d’aiglon sans Napoléon.

Ah ! quel malheur d’avoir un père !

Le fait de népotisme – dénoncé en son temps par le candidat Sarkozy – est si flagrant qu’il met en joie, et en verve, la presse étrangère. Le Daily Mail rapporte que Jean Sarkozy « a récemment envoyé valser ses détracteurs expliquant : “Je demande à être jugé non sur mon nom mais sur mes actions et mes résultats.” Concernant son rôle à l’Epad, il a qualifié la controverse d’inutile et expliqué qu’il avait deux ans d’expérience au conseil général. »

Ses résultats ? Parlons-en : « Sarko Junior, qui a redoublé sa deuxième année de premier cycle en droit à la Sorbonne, a été élu à Neuilly l’année dernière. On lui a immédiatement confié la direction de l’Union de papa pour un mouvement populaire. », ironise impitoyablement Charles Bremmer, correspondant du Times.

Il n’est pas jusqu’à la télévision chinoise qui s’en mêle. La chaîne CCTV se gausse du népotisme à la française, en se demandant « comment un homme aussi jeune qui n’a même pas fini ses études peut diriger un organisme aussi important » que l’Epad, l’un des principaux quartiers d’affaires européens. Et revient sur certain accident de scooter…

Après Mitterrand, Sarkozy : il est décidément bien difficile en République d’avoir une famille. Dès l’aube de la IIIe, Jules Grévy en avait su quelque chose, qui s’écriait déjà : Ah ! Quel malheur d’avoir un gendre !

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(4) Commentaires

  • DUPONT Répondre

    Je constate que dans la famille des Députés dela fausse Droite, seul M Vanneste arrive à dire ce qu’il pense vraiment. J’ai lu son blog et j’ai pu constater que M Vanneste,lui, est vraiment un homme politique de Droite et il l’assume. Merci M Vanneste. 

    24/10/2009 à 11 h 46 min
  • HansImSchnoggeLoch Répondre

    <<Désolé mais j’accorde plus de foi a ceux de la deuxième catégorie<<
    La presse papier a ses beaux jours derrière elle. Qu’elle continue à raconter ses poncifs aux formattés à vie. Le politiquement correct commence à suinter par tous les pores de la peau. Si ces baveux ferment boutique, tant mieux. Moins de papier utilisé est bon pour la planète.

    23/10/2009 à 17 h 24 min
  • richa83 Répondre

    """"
    Certes, selon un sondage publié par Le Parisien, 62 % des électeurs de droite estiment, pas dégoûtés, que le président de la République a bien fait de soutenir son ministre ; mais contre 40 % seulement de l’ensemble des personnes interrogées. A l’intérieur même de la majorité, des personnalités sonnent l"""

    Oui, MAIS…
     ces sondages ont été faits sur l’habituel quota représentatif etc..etc…

    quelle  valeur leur accorder face aux résultats des sondages effectués par grands médias sur le net… avec des dizaines de milliers de participants..

    Désolé mais j’accorde plus de foi a ceux de la deuxième catégorie.

    22/10/2009 à 15 h 19 min
  • IOSA Répondre

    La prise de position de Mitterand en faveur de Polo le pédo, répond certainement à ce que le livre du premier tait l’age véritable des amants de celui-ci.

    On ne défend que ses pairs.

    IOSA

    21/10/2009 à 23 h 41 min

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