L’affaire Benalla et notre régime de Cour

Posté le 30 juillet , 2018, 4:38
15 mins

Il est difficile de comprendre Le Cid de Corneille, sans une petite explication sur le contexte historique de la Castille au début du XIe siècle.

Difficile aussi de comprendre Les Précieuses Ridicules de Molière, sans être un peu éclairé sur la vie culturelle en France dans la 2e partie du XVIIe siècle.

Impossible de comprendre la pièce à rebondissement intitulée «l’Affaire Benalla», sans une présentation préalable du sous-jacent institutionnel, ses dérives, et le phénomène de Cour qui en résulte!

Quand le général de Gaulle a dicté, en juin 1958, au Comité consultatif constitutionnel, les grandes lignes de la Constitu­tion de la Ve République, il a voulu instaurer un pouvoir exécutif fort, avec un exécutif original, composé d’un Chef de l’État, responsable des grandes orientations, sans responsabilité parlementaire; tandis que le gouvernement, en charge de l’exécution, «détermine et conduit la politique de la nation» (article 20 de la Constitution). «Il est responsable devant le Parlement.»

On a assez dit que cette Constitution avait été taillée pour un homme. On a trouvé remarquable qu’elle lui survive. Mais il faut voir comment!

Le général de Gaulle laissait ses Premiers ministres à la manœuvre. Le Président Pompidou a commencé par en faire autant et il l’a regretté avec l’expérience du gouvernement Chaban-Delmas. À partir de là, la salle de commandement s’est progressivement déplacée à l’Élysée.

Si l’on se réfère à la Constitution, qui reste en vigueur, le Premier ministre conduit toujours le char de l’État, mais, contrairement au texte fondateur, ne détermine plus du tout son itinéraire!

La Constitution de 1958 instaurait un déséquilibre des pouvoirs. Sa dérive a abouti à sa concentration à l’Élysée, sous le couvert de l’irresponsabilité présidentielle. C’est à partir de là qu’on en arrive à la situation présente où l’on voit un chargé de mission «clandestin» (dont le nom n’a jamais été publié au journal officiel) faire la pluie et le beau temps en matière de maintien de l’ordre, au nom de la protection du président de la République, dont il n’est pas officiellement chargé!

Dans ce système devenu non-­constitutionnel, les nominations importantes se font à l’Élysée.

Et voilà réunis les éléments d’un phénomène de Cour, qui crève les yeux. Et qui amène de hauts responsables à tenir sous serment des affirmations qui laissent pantois!

Toutes les auditions de hauts fonctionnaires donnent à peu près la même impression : com­me ils savaient tous que M.Benalla était au Palais en position de «surnuméraire», mais influent quand même, ils s’en tiennent au JO et ne connaissent plus ce monsieur, qu’ils tutoyaient souvent la veille.

Bien que le point de départ de l’affaire soit médiocre, la recette a été bonne : plusieurs fois plus de 500 000 téléspectateurs devant leurs postes pour écouter les auditions.

Pourquoi ? Sans doute parce qu’on a l’impression d’être un peu dans les coulisses du théâtre. Et d’y voir des personnages qui ne sont pas inscrits au programme des représentations officielles, comme ce secrétaire général de l’Élysée, si puissant et si mauvais comédien.

Si la dérive institutionnelle, qui a marqué notre vie politique depuis soixante ans, nous a amenés à ce gouvernement de Cour, Il ne faut pas s’étonner des comportements qui en résultent.

L’histoire dira s’il s’agissait d’un moment, comme une éclipse, ou bien d’un tournant, début d’une réflexion devenue urgente sur le bon fonctionnement de notre ex-démocratie. Il est temps de restaurer non pas seulement la séparation des pouvoirs, mais surtout leur équilibre.

En vacances, je vais emporter Montesquieu dans mon sac!

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17 Commentaires sur : L’affaire Benalla et notre régime de Cour

  1. quinctius cincinnatus

    7 août 2018

    excellente analyse … pour le royaliste que je suis

    plutôt que de parler de ” marionnettes de carnaval ” il aurait été préférable de dire : des ” masques de carnaval ” … toujours avancer en se dissimulant

    à Mr Alain Protte

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  2. HansImSchnoggeLoch

    2 août 2018

    // Info VA.
    Trois semaines après avoir été sanctionné par ses supérieurs, Alexandre Benalla, le garde du corps d’Emmanuel Macron, s’est vu attribuer le 24 mai 2018 un passeport diplomatique.//

    pour la suite voir artcicle suivant
    “[Info VA] Alexandre Benalla et les mystères de son passeport diplomatique”

    sur le site: valeursactuelles.com

    Remarque personnelle:
    Après l’avoir mis au piquet”” pour 15 jours on le récompense.
    Macron dixit: si vous croyez en moi vos péchés vous seront pardonnés et le ciel vous récompensera.

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  3. IOSA

    31 juillet 2018

    Il faut surtout relever que personne n’a put prendre la décision d’avertir les autorités judiciaires sans avoir l’aval du Califat élyséen, ce simple constat démontrant la mise en place d’un pouvoir absolu digne de l’EI.
    Remarquons aussi que dans toutes les vidéos des trois mousquetaires, il n’y qu’un seul brassard rouge de police, que les deux compères vont revêtir à tour de rôle, alors qui des 3 possédait légalement le brassard, si ce n’est le seul vrai policier en charge de l’accompagnement?
    Alors peu importe si c’était pour bastonner des jeunes ou des voyous, il y a là un jeu malsain, une sorte de chasse au gibier à deux pattes réservée aux initiés, que même le ministère de l’intérieur chargé de la protection présidentielle ne connaissait pas, pas même le parti LREM, alors qu’il appartenait à ces deux entités de connaître tout sur les personnes approchant le président.
    Et quand M. Macron le Président dit avoir été trahit, cela fait froid dans le dos de savoir que cet homme qui ne voit rien, ne sait rien…à le pouvoir de déclencher une guerre mondiale.

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    • HansImSchnoggeLoch

      31 juillet 2018

      // a le pouvoir de déclencher une guerre mondiale. //

      En effet cela fait froid au dos de savoir que ce freluquet a le droit de vie ou de mort sur nous.
      Est-on sûr que ce secret n’a pas été divulgué à son entourage?
      On ne le saura jamais car nous serons tous morts avant.

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  4. HansImSchnoggeLoch

    30 juillet 2018

    Une seule question en suspens.

    Macron sera-t’il sacré à Reims, à Rome ou à Riyad?

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    • quinctius cincinnatus

      30 juillet 2018

      … au Ramat Hanadiv !

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      • HansImSchnoggeLoch

        31 juillet 2018

        Macron n’a pas d’atomes crochus avec Israël mais plutôt avec les fidèles d’allah.
        La Mecque serait pour lui l’endroit du sacre idéal, directement devant la Kabaa.
        Il faudra au préalable qu’il se convertisse autrement l’accès de la ville lui sera interdit.

        PS: nous aurions enfin un califat en France, de toute façon c’est le voeu secret de la population depuis longtemps..

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        • quinctius cincinnatus

          1 août 2018

          ce parc ” naturel ” fut la création du Fond National Juif ; le principal donateur de ce fond fut le Baron … Rothschild

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          • HansImSchnoggeLoch

            1 août 2018

            Macron n’a pas l’air de trop tenir compte des bienfaisances du Baron dans son comportement envers Israël.

          • quinctius cincinnatus

            1 août 2018

            pourtant toutes ses prises de position récentes dans la Région ,sur la Syrie, sur l’ Iran , sont plutôt favorables aux faucons israéliens , non ?

            son seul casse tête ” régional ” c’ est Erdogan … c’ est aussi celui de Merkel : par quel bout prendre le bâton de merde ?

            là aussi j’ attend la vérification de la théorie du ruissellement !

          • HansImSchnoggeLoch

            1 août 2018

            Les décisions de Macron sont surtout dues aux nouveaux rapports de force et par ruissellement sont favorables à Israël.
            C’est donc un effet collatéral.

          • quinctius cincinnatus

            1 août 2018

            car là aussi la théorie du … ruissellement ?

            p.s. : … sur Israël j’ ai , exactement ,la position qu’ a eu … Lucien Rebatet

  5. Alain PROTTE

    30 juillet 2018

    Le plus terrible dans l’affaire Benalla, c’est ce qu’elle laisse supposer de désordre sous-terrain., Tout est fait pour qu’elle ne reste qu’épidermique. Que se passe t’il à l’Elysée? C’est une auberge espagnole où chacun vient faire son marché?

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    • quinctius cincinnatus

      1 août 2018

      ” désordre sous-terrain ” ,…

      … oui, nos ” politiques ” sont comme les chèvres de l’ Etna , qui ” sentent ” *** venir l’ éruption mais mieux qu’ ils ne savent le faire, qui savent aussi la quantifier

      *** ” sentent ” par les émanations gazeuses du … sous sol par les failles

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      • HansImSchnoggeLoch

        2 août 2018

        // ” désordre sous-terrain ” //

        Fait-on du fracking clandestin?
        Moi qui croyait que la chouette du ministère de l’environnement l’avait strictement interdit.

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  6. Alain PROTTE

    30 juillet 2018

    De Gaulle, ce grand utopiste, s’imaginait qu’il était possible d’installer en France un régime fort, alors que l’histoire montrait que les régimes forts, qui remplaçaient les régimes faibles, y conduisaient à la dictature, à la Terreur…et à la révolution. Au fil du temps, pour s’éviter les crises, le vieux pays qui voulait bien tolérer des politiciens sans âme, optait pour le compromis, les III° et IV° République. De Gaulle a voulu mettre une turbine à gaz sur une vieille Rolls., et ça ne marche pas, même si le nouveau mécanicien, ou prétendu telle, tient à faire passer la vitesse du son à une vielle guimbarde, dans une Europe, ratatinée par les guerres et qui n’est qu’un prétentieux musée de la vieille bagnole. La France ne veut pas du pouvoir fort et de la constitution de De gaulle qu’elle a vidé aussitôt que possible. Elle n’élit de Président que pour se débarrasser du précédent. Comme les autres Macron prendra son tour.
    Cette Constitution de 1958 est une anomalie dans un vieux pays de druide qui voudrait bien d’un chef absolu seulement s’il était de droit divin, mais qui se lasse vite des marionnettes de carnaval qu’on lui sert régulièrement.

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  7. quinctius cincinnatus

    30 juillet 2018

    Merci Monsieur Dumait d’ avoir braqué le feu des projecteurs sur nos institutions et sur … leurs dérives … inévitables comme je l’ avais fait il y a peu

    de même qu’ il est bon pour vos lecteurs d’ entendre parler de l’ équilibre des pouvoirs qui était, on l’ a oublié, la priorité philosophique et politique de … Montesquieu ( équilibre que j’ avais là aussi déjà évoqué dans un précédent message )

    mais, mais … j’ ai bien peur que Macron ne fasse pencher encore plus un plateau de la balance du côté élyséen

    la réforme de la France reste avant tout un problème … constitutionnel

    la Loi Fondamentale ne nous protège pas de la … tyrannie

    le tyran étant celui qui sans abolir les lois se place au dessus d’ elles

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