La plus grande opération de désinformation de l'histoire

Posté le août 22, 2010, 12:00
5 mins

La plus grande opération de désinformation de l’histoire

 

Au tournant des XVe et XVIe siècles a eu lieu la plus grande opération de désinformation de l’histoire. Objectif : créer des églises
nationales pour conserver les richesses sur place et ne plus dépendre de Rome. But intermédiaire : continuer le trafic des indulgences et des prébendes grâce à de faux documents créés un peu
partout par d’habiles copistes, y compris à l’intérieur même des services de la papauté. Ce, alors même que le Pape, Alexandre VI, venait d’interdire
la vente des indulgences.
Ce Pape, après plus de 30 ans de bons et loyaux services auprès de ces prédécesseurs, envisage un vaste programme de réformes : retour de la discipline,
réorganisation des ordres et des monastères, fin des indulgences,… Il se heurte alors à beaucoup d’intérêts en place. On noircira donc sa mémoire.
Ainsi prend naissance la légende des Borgia.

Les instigateurs des rumeurs mais aussi des faux documents sont notamment Jean Burkhard,
son propre cérémoniaire, connu pour les délits dont il avait illustré son début de carrière à Strasbourg, ainsi que toute une nuées de Strasbourgeois
et autres Allemands.

Ceux-ci, bien en place à Rome, mais jaloux du prestige de l’Italie, se sont appuyé sur un texte à l’authenticité douteuse, la Germanie de Tacite pour relever l’orgueil
germanique : déjà le mythe d’une race pure, d’ancêtres antiques et autres qualités d’honnêteté et de bravoure dont ils accuseront les italiens de manquer. On remarquera au passage que les
mêmes sources et arguments continueront à être utilisés par le germanisme au cours des siècles –encore récemment à l’encontre des Grecs « corrompus », ce alors même que l’ex-chancelier
G. Shröder est devenu administrateur de la société russe Gazprom après avoir signé un accord germano-russe pour l’acheminement du gaz.
Rappelons que c’est aussi d’abord d’Allemagne que sont venues les mises en cause de l’action de Pie XII pendant la seconde guerre mondiale,
alors même que l’église luthérienne est loin d’être exempte de collaboration avec le régime nazi…

 

Revenons aux podromes de la réforme : le Pape est empêché d’agir par deux descentes du roi de France en Italie et des guerres incessantes
entre état italiens. Il meurt ensuite d’étrange manière… Les Allemands continuent leur travail de sape pour ruiner le prestige de la papauté en la couvrant de scandales. Jules II, successeur
d’Alexandre VI reprend les projets de réforme, mais le mal est fait et Luther, soutenu par les princes allemands, détache l’Allemagne de
Rome.

Le plus fascinant est la complicité des historiens qui au long des siècles continuent à raconter les mêmes fables sur Alexandre VI et les
débuts de la réforme protestante, sans se donner la peine de critiquer les sources.

Même l’Etat italien, en 2007, conclura ses colloques sur le pape Borgia en indiquant qu’il n’est pas question de le réhabiliter. On se souvient que l’Etat italien s’est construit en dépouillant l’église. Revenir sur la légende noire d’Alexandre VI, c’est ouvrir la porte à une étude
critique des quatre siècles qui ont suivi et de la constitution de nos états modernes qui ont allègrement pillé le patrimoine de l’Eglise…

Pour se faire une idée du mode opératoire de cette grande opération de  désinformation, on lira
avec autant de plaisir que d’intérêt Les doutes de Salaï, brillant et drôle roman historique
de Monaldi et Sorti (Editions Télémaque), ainsi que son apologue de 80 pages qui constitue le dossier historique. En attendant que l’Eglise
elle-même se décide à publier des travaux complets sur cette période charnière de l’histoire de l’Occident.