Le conte d’Andersen et les tisserands de l’euro

Posté le octobre 03, 2011, 12:00
6 mins

Rien ne vaut un bon conteur classique pour nous expliquer l’euro : cela vaut beaucoup mieux qu’un banquier central ou un journaliste pingouin de la télé cotée en bourse. Mais voyons Andersen et son grand-duc : il évoque deux fripons qui s’aimaient d’amour tendre…

Deux fripons se donnèrent pour tisserands et déclarèrent savoir tisser la plus magnifique étoffe du monde. Non seulement les couleurs et le dessin étaient extraordinairement beaux, mais les vêtements confectionnés avec cette étoffe possédaient une qualité merveilleuse : ils devenaient invisibles pour toute personne qui ne savait pas bien exercer son emploi ou qui avait l’esprit trop borné.

Le fripon crée du rien, mais il faut le payer. Quant à son marketing, il est déjà moderne comme on dit, et en plein moyen âge traditionnel. Du coup, l’homme d’Etat se croit à son avantage.

« Ce sont des habits impayables », pensa le grand-duc ; « grâce à eux, je pourrai connaître les hommes incapables de mon gouvernement : je saurai distinguer les habiles des niais.

Oui, cette étoffe m’est indispensable. »

Evidemment, créer le vêtement invisible coûte de l’argent, de l’or et des soieries, des matières premières comme on dit. La monnaie qui nous rendra tous riches va nous ruiner, avant de ne plus rien valoir.

Puis il avança aux deux fripons une forte somme afin qu’ils pussent commencer immédiatement leur travail. Ils dressèrent en effet deux métiers, et firent semblant de travailler, quoiqu’il n’y eût absolument rien sur les bobines. Sans cesse ils demandaient de la soie fine et de l’or magnifique ; mais ils mettaient tout cela dans leur sac, travaillant jusqu’au milieu de la nuit avec des métiers vides.

– N’est-ce pas que le tissu est admirable ? demandèrent les deux imposteurs en montrant et expliquant le superbe dessin et les belles couleurs qui n’existaient pas.

Il est amusant que les gens qui ont fait fortune en bourse (Pinault, Arnault), ou celles qui veulent être femmes de président (Sinclair) adorent l’art moderne, cet exercice incomparable en plumage de pigeon. Car devant les métiers vides il faut bien réagir ! Il ne faut pas avoir l’un d’un sot ou d’un mauvais coucheur, d’un aigri comme on dit !

Qu’est-ce donc ? » pensa le grand-duc, « je ne vois rien. C’est terrible. Est-ce que je ne serais qu’un niais ? Est-ce que je serais incapable de gouverner ? Jamais rien ne pouvait arriver de plus malheureux. »

La peur de paraître bête est le meilleur moyen d’être pris pour un imbécile. De ce point de vue l’art moderne est notre maître à tous.

L’euro est l’escroquerie du siècle : je dirai qu’il a coûté dix mille milliards de francs en vingt ans, et qu’il a cassé la croissance européenne. Mais c’est une vache sacrée, l’euro, et il lui faut une cour avec des ministres, des parlementaires, des princes saucissonnés et des chambellans. Comme dans le conte d’Andersen :

Les chambellans qui devaient porter la queue firent semblant de ramasser quelque chose par terre ; puis ils élevèrent les mains, ne voulant pas convenir qu’ils ne voyaient rien du tout.

Pendant que le grand-duc se promène à poil (le roi est nu, comme on dit), tout le monde fait semblant de voir son vêtement, chose d’autant plus paradoxale que l’on sait qu’il est invisible, ledit vêtement ! Comme la vérité sort de la bouche des enfants, on entend un marmot murmurer :

– Mais il me semble qu’il n’a pas du tout d’habit, observa un petit enfant.

Il ne reste plus qu’à l’envoyer à l’école pour lui apprendre à mieux penser – et dépenser ! Et il comprendra peut-être trop tard que moins on a de résultats, plus on doit on doit progresser : pour l’euro comme pour l’invisible veston !

2 réponses à l'article : Le conte d’Andersen et les tisserands de l’euro

  1. R. Ed.

    04/10/2011

    Les banques ne prennent plus 5 % à " ceux qui se déplacent " ?

    Effectivement, elles prennent des % à tous maintenant pour compenser.

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  2. Jean-Francois Morf

    03/10/2011

    Googlez en images: global narrow money supply, et ensuite, cliquez sur les 2 gateaux en couleur, et regardez: L’Euro est actuellement la 1ère monnaie mondiale, avant le U$D, le JPY, et le CNY… Ce qui ne plait pas du tout aux Américains… Qui inventent la calomnie des PIIGS en 2008, et la répandent des millions de fois sur Internet… Mais les Américains ont aussi leurs cochons malades: les i-CALUMNNY! i- Illinois CA Californie LU Louisiane M Michigan N Nevada NY NewYork Croyez-vous que quand les i-CALUMNNY auront tous fait faillite, le U$D n’existera plus? Bien sûr que non! Alors, quand les PIIGS auront tous fait faillite, l’Euro existera encore! L’Euro a permis que les banques ne se mettent plus 5% en poche chaque fois que nous nous déplaçons!

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