Le lent cheminement vers la vérité

Posté le novembre 03, 2003, 12:00
5 mins

Le ministre de l’Éducation nationale vient d’organiser pour 200 professeurs d’économie une « université d’automne ». Participeront à cette université quelques membres de « l’Institut de l’Entreprise », c’est-à-dire quelques patrons et responsables économiques français ayant décidé d’expliquer ce qu’est, selon eux, la mondialisation. Ces responsables d’entreprise décriront comment ils vivent au quotidien les fantastiques mutations qu’impose le passage d’une économie nationale à une économie mondiale. Ils répondront en particulier aux arguments avancés par les antimondialistes (pardon, les altermondialistes) de tous bords.

On aurait pu croire que tous les professeurs d’économie, vivant dans le monde intellectuel et stable de leurs universités, auraient sans aucune exception, été très heureux de confronter leurs connaissances théoriques à l’expérience pratique des PDG. On aurait pu croire qu’un dialogue entre l’université et le monde des affaires sur un sujet aussi passionnant que la mondialisation aurait été très vivement souhaité.

Là, on se trompait totalement.

D’abord l’association Attac s’est sentie visée et a ouvert le feu. On ose critiquer l’antimondialisme dans une université d’été organisée par le ministre pour ses professeurs d’économie. Née grâce au soutien du journal « Le Monde Diplomatique », cette association milite tous azimuts contre la mondialisation. Après une petite révolution de palais, cette association d’idéologie marxiste vient de passer du trotskisme, au besoin violent, au communisme de type stalinien pur et dur. Dans une lettre au Ministre, Attac dénonce « une manipulation idéologique visant à donner une information à sens unique ».

Puis, le SNES, syndicat d’inspiration marxiste, trouve à son tour que « la formation continue des enseignants n’a pas à être assurée par un lobby professionnel ».

Attac dénonce la manipulation idéologique. Il fallait le faire. En effet, pratiquement jamais autant qu’elle, une association n’a manipulé l’opinion publique avec un tel savoir-faire. Attac ne donne toujours qu’une partie de la vérité. Un exemple : selon elle, les multinationales américaines profiteraient seules de la mondialisation. Mais Attac oublie systématiquement de signaler que les entreprises françaises en profitent aussi et surtout, la concurrence aidant, que tous les consommateurs du monde entier disposent de produits de plus en plus excellents et de moins en moins coûteux. Grâce à cette manipulation idéologique, Attac peut se présenter en défenseur des pauvres Français que la mondialisation oblige à changer d’emploi. Attac pense que la gestion de l’économie est une chose trop sérieuse pour être confiée aux spécialistes, et que les hommes politiques sont bien mieux préparés à le faire. Attac manipule donc avec ardeur l’opinion publique pour que ses idées prennent enfin le pouvoir.

Le SNES, syndicat marxiste défendant en principe les intérêts des enseignants, dénonce de son côté, l’intervention d’un « lobby professionnel » dans leur formation. Pour ce syndicat, seuls les universitaires déconnectés de l’économie réelle ont le droit d’enseigner l’économie, et, bien entendu, ces universitaires ne constituent pas entre eux un lobby. Ils représentent théoriquement toutes les opinions, même quand les livres d’économie mis à la disposition de nos enfants, ne présentent bien souvent que la seule version marxiste de l’économie.

Ces deux violentes réactions montrent d’abord la sagesse des Américains, chez qui des passerelles sont en permanence tendues entre le monde de l’Université et le monde des Affaires. Elles montrent ensuite le mépris qu’Attac ou le SNES ont pour les 200 professeurs d’économie qui écouteront ce que disent les patrons. Ils croient en effet qu’on peut manipuler en 48 heures la cervelle d’un professeur d’économie. Finalement, les réactions d’Attac et du SNES montrent qu’ils ont peur du lent cheminement vers la vérité de nos professeurs d’économie.

Une réponse à l'article : Le lent cheminement vers la vérité

  1. christophe

    12/03/2004

    Encore un tres bon aricle!! ca m’a toujours fait rigoler les professeurs qui veulent enseigner aux etudiants le monde de l’entreoprise alors qu’il n’y connaissent strictement rien!!!

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