Le pacte de stabilité et la comédie parlementaire

Le pacte de stabilité et la comédie parlementaire

Manuel Valls a présenté son fameux « pacte de stabilité » aux députés, mardi 29 avril. Et ce programme a été approuvé par une majorité de députés : seuls 3 députés socialistes ont voté contre et 41 se sont abstenus, malgré la soi-disant fronde que les journalistes faisaient mine de voir venir. Au total, 265 députés ont voté pour et 249 contre. Le seul témoignage du fait que la pilule est amère pour une bonne partie de la gauche tient aux abondantes abstentions : au total, 84 députés se sont abstenus.

Mais le plus intéressant est peut-être ailleurs : il est dans le jeu de rôles que jouent collectivement les parlementaires, qui, se voyant dans un hémicycle, se croient sans doute au théâtre. Comme l’a très bien dit Frédéric Lefebvre, ancien « porte-flingue » de Nicolas Sarkozy, et désormais député UMP des Français de l’étranger, seul membre du groupe UMP à avoir voté pour le texte, tous les députés se trouvaient à contre-emploi.

La droite s’est opposée, alors qu’elle soutenait le texte, tandis que la gauche a voté pour, alors qu’elle s’y opposait.

Dans ce contexte, on peut applaudir les quelques courageux socialistes à avoir voté contre… et, naturellement, Frédéric Lefebvre, seul député UMP à avoir voté pour. Au moins sont-ils logiques avec eux-mêmes et cohérents devant leurs électeurs.

Frédéric Lefebvre ajoutait avoir reçu de nombreux remerciements de chefs d’entreprise, qui lui disaient ne pas pouvoir attendre 2017 pour que soient redressés les comptes publics.

Je suis, personnellement, parfaitement d’accord avec Frédéric Lefe­bvre : il est insupportable que les décisions des partis dictent la conduite des parlementaires. Si un député croit sincèrement que telle décision va dans le bon sens, il devrait la voter, que la décision vienne de son camp ou non…

Je suis tout aussi d’accord avec lui sur la nécessité de ne pas attendre 2017 pour redresser la barre. Trop souvent, les dirigeants de l’opposition donnent l’impression de se réjouir du marasme économique de notre pays, qui, de jour en jour, diminue les chances du candidat socialiste et augmente les leurs. Mais, pour ce qui nous concerne, ce qui nous intéresse, c’est la France et la situation des Français et non les chances électorales de l’UMP en 2017.

Les partis, qui ne peuvent être que des moyens, se prennent de plus en plus pour des fins en eux-mêmes. Pour nous, la droite n’a d’intérêt que parce, d’après nous, elle sert mieux la France que la gauche. Et, si la gauche servait mieux la France que la droite, nous la soutiendrions instantanément.

Frédéric Lefebvre a, par ailleurs, raison quand il dit que le pacte de Manuel Valls ressemble à s’y méprendre aux réformes de Nicolas Sarkozy, naguère soutenues par l’UMP.

Mais, contrairement à M. Lefebvre, je nie que ce pacte ou les réformes naguère tentées par Nicolas Sarkozy soient des réformes de droite.

D’abord, parce que les prétendues économies sont, en réalité, le plus souvent, des hausses d’impôt. L’immense majorité des mesures dites « d’économie » de ces dix dernières années ont consisté soit, purement et simplement, à augmenter les impôts, soit, plus hy­pocritement, à limiter les allocations, les salaires ou les retraites.

Pour nous, une mesure d’économie consiste à dire : l’État fait ceci moins bien que tel autre acteur, qu’il abandonne cette mission au profit de cet acteur. Ou encore, ceci n’est pas une mission de l’État, qu’il l’abandonne tout simplement.

Par exemple, un gouvernement de droite (fort d’un soutien populaire plus significatif que le gouvernement socialiste actuel, cela va sans dire !) pourrait économiser plusieurs dizaines de milliards d’euros par an en stoppant l’immigration. Il pourrait en gagner plusieurs autres dizaines en abandonnant le monopole de la prétendue Éducation nationale et en optant pour le chèque scolaire. Mais, naturellement, ce ne seraient plus des mesurettes soi-disant de droite. Ce seraient de vraies réformes de droite.

Le problème, c’est que l’on ne voit aucun parti capable de porter ces réformes. Certes, sauf récente mo­dification, le programme du FN comportait la mise en place du chèque scolaire, mais l’on n’entend jamais les dirigeants du FN faire la promotion de cette mesure, pourtant assurément fondamentale pour la survie de la France.

Ce qui est certain, c’est que les parlementaires offrent aux électeurs un bien pitoyable spectacle et que les partis ne peuvent être la solution à la crise que nous connaissons. C’est l’une des raisons pour lesquelles, plus que jamais, je crois que l’avenir est à la démocratie directe !

Pierre Baudouin

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(1) Commentaire

  • Daviet Répondre

    Tout a fait d’accord avec cet article. La droite aurait du voter ce pacte qui va dans le bon sens. Elle aurait du mettre ce programme en place lorsqu’elle était au pouvoir. Elle ne l’a pas fait par lâcheté. Notre droite depuis Guy Mollet n’a pas changée elle est vraiment la plus bête du monde.

    08/05/2014 à 10 h 42 min

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