Le pluralisme à la française : Un oligopole médiatique

Le pluralisme à la française : Un oligopole médiatique

Le pluralisme est de ces mots qui suscitent plutôt l’adhésion que le désaccord. Êtes-vous pour ou contre le pluralisme ? Celui qui affirmerait clairement une opinion du second type risquerait fort de se faire étriper. Il faut remonter aux marxistes-léninistes, accidentellement disparus il y a 15 ans, pour retrouver des partisans déclarés et officiels de la pensée unique…
Donc, nous sommes tous pour le pluralisme. Et ce n’est pas à la rédaction des 4 Vérités-Hebdo, avec des cocos comme Pierre Lance et Guy Millière, que nous dirons le contraire !
On remarquera néanmoins que le mot, sous sa forme adjective, est souvent associé à celui de démocratie. On parle de « démocratie pluraliste », comme s’il pouvait exister une autre démocratie, non-pluraliste, de type « démocratie populaire » sans doute… Comme si le pluralisme n’était qu’un supplément, plus formel qu’essentiel…
On parle aussi de « pluralisme syndical ». Pour justifier le monopole de la représentativité accordé à une poignée d’organisations… On parle encore de « pluralisme culturel », pour justifier une pluie de subventions à toutes sortes d’artistes attachés à une idéologie totalitaire, tournant le dos à l’essence même du pluralisme…
Aussi, quand Jean-Pierre Raffarin, le dimanche 14 novembre, devant le 105e congrès du Parti Radical, a cru devoir se lancer dans une longue défense du pluralisme, en dénonçant des concentrations excessives dans le secteur des médias, on se demande où le Premier Ministre veut en venir.
En est-il enfin arrivé à la conclusion qu’une partie importante de l’opinion publique française n’est plus représentée dans les médias ? Que toutes sortes de points de vue, éloignés des conformismes standardisés, ne trouvent à s’exprimer que dans des supports confidentiels et quasiment clandestins ? Quel journal vendu et affiché en kiosque, quelle émission de télévision diffusée à une heure de grande écoute, donne la parole aux conservateurs de ce pays, aux traditionalistes, aux libertariens, aux royalistes ou tout simplement aux nationalistes, toutes catégories de citoyens qui représentent au total, sans doute, une majorité absolue ?
On se demande d’autant plus ce que le Premier Ministre pouvait avoir en tête que, depuis 30 ans, on a vu les pouvoirs publics agir concrètement, non pour favoriser le pluralisme, mais pour le réduire. Car ce n’est pas un hasard si la France est le seul pays développé au monde où les grands médias sont tous, sauf quelques exceptions (« Le Parisien », RTL, NRJ, Les Quatre Vérités…) la propriété de grands groupes industriels et commerciaux, pour lesquels la liberté d’expression passe après leurs bonnes relations avec l’establishment public.
Jean-Pierre Raffarin annonçait-il un miraculeux changement de cap ? Seuls quelques esprits naïfs pouvaient le croire. Sous Chirac, le pluralisme fait partie de ces mots dont le sens est systématiquement détourné par nos dirigeants. Ce que Jean-Pierre Raffarin avait en tête, et dont il avait réservé la primeur à ses amis radicaux (le parti de son père) était explicité à « la une » du quotidien communiste « L’Humanité » du mardi suivant : la défense du pluralisme, c’est le doublement des aides publiques au journal officiel du PCF !
Lorsqu’une aide publique aux journaux d’opinion « à faible ressource publicitaire » a été mise en place, trois journaux en bénéficiaient : « L’Huma », « La Croix » et « Présent ». Rapidement, « Présent » en fut exclu sous un prétexte fallacieux, et la manne publique fut réservée à « La Croix » et « L’Huma ». Le projet de Jean-Pierre Raffarin est donc tout simplement de remettre le couvert, pour les mêmes, au nom du pluralisme, qu’on évoque d’autant plus fort qu’on est bien décidé à s’en tenir éloigné. Comme souvent, dire la chose dispense de la faire…
Un autre journal va mal : le représentant officiel de la pensée conforme, « Le Monde », va perdre 35 millions d’euros en 2004. Or son patron, l’ancien journaliste politique Jean-Marie Colombani, a cru pouvoir déclarer qu’il n’avait pas l’intention de faire appel à ses actionnaires. Il sait maintenant qu’il peut compter sur Jean-Pierre Raffarin.
Quand un journal accepte d’être subventionné, il est déjà compromis. Il n’est plus libre. Ses lecteurs s’en vont. Pluralisme et aides publiques sont parfaitement antinomiques !

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(9) Commentaires

  • olivier trehard Répondre

    Le système est asservi à l’argent et même au gros argent. Cela dit ce soir, je n’ai pas regardé Télé Big Brother, comme presque tous les soirs, naturellement sans « sacrifice ».Je ne suis même plus au courant des incontournables chiens de garde de Big Brother. Il paraît que la Planète Internet concurrence massivement l’Archipel du Goulag médiatique… Il est temps que j’aille dans mon hôpital psychiatrique. L’émancipation peut se faire en douceur comme d’une drogue douce.Le plaisir de fôlatrer ailleurs… La technologie a aussi eu sa phase centralisatrice dans les médias, comme dans le charbon et l’acier sous Staline. Peut-être que la révolution Internet jouera dans le sens de la décentralisation et donc aidera à un rééquilibrage vers le pluralisme. Nous sommes encore au Goulag, mais peut-être ne croyons-nous plus à la victoire… Deux cents ans de domination maçonnique, cela se voit. Les barbelés ont disparus frère homme,tu ne perdra pas toutes les batailles, L’Amour et la Vérité sont plus fort que Big Brother.Aujourd’hui j’ai encore récité mon chapelet,une femme t’écrasera la tête Big Lucifer.

    2 décembre 2004 à 20 h 52 min
  • Thierry Répondre

    Lorsque j’entends la télévision francaise, le pluralisme télévisuel n’existe qu’a gauche. ….Ou peut-être pas ? J’en vient a me demander si, par essence, le pluralisme télévisuel n’est pas toujours de gauche? Le pluralisme dont j’entends parler présente des corellations: Il doit considérer des groupes sociaux, il doit être politiquement correct et soustrait de toute valeurs éthique ou moral, il doit considérer des individus injustement considérés.. comme, par exemple,les dictateurs ou les terroristes… Il y a des mots et des concepts qui s’exclus obligatoirement du pluralisme télévisuel: L’amérique par exemple, les concepts comme le libéralisme ou le capitalisme….même être de droite c’est être contre le pluralisme. Le pluralisme tel qu’on le comprends dans la France de ce début de 21eme siecle est totalement déformé: il est le fruit des 15 années d’un lavage de cerveau médiatique systematique. Nous vivons dans une dictature médiatique mené par des journalistes paléo-marxiste qui pense qu’en changeant le langage, on change le monde. Qui sait…Ils ont peut-être raison ?

    30 novembre 2004 à 22 h 24 min
  • sas Répondre

    dans le PAF comme en politique,le pluralisme à la française n’existe pas…il y a les réseaux maçoniques et affairistes de droite et les réseaux maçoniques et affairistes de gauche….mais toujours aux services des frères …dès que les règles de consultations et de discution démocratiques sont abordées en FRANCE,les minoritées activistes et subversives annimées par ces mêmes réseaux descendent dans la rue et utilise la force pour arriver à leurs propres choix anti-sociaux,partisans et claniques au détriment de l’intérêt général et de la france… ….il n’y a pas de contre pouvoir,d’opposition , c’est un apparat de démocratie entretenu dans une hypocrisie générale savament entretenue…

    30 novembre 2004 à 14 h 45 min
  • Bryan Travis Répondre

    Je crois que les francais seraient stupefies de voir un PPDA se faire demonte par de simples bloggers. Pour ceux qui n’ont pas suivi cette histoire sordide chez les journaleux d’antan des medias americaine, voila le resume: Dans moins de trois semaines une des tetes parlantes des trois grandes chaines, une personnage regulierement votee comme etant parmi les plus « trusted » de toute l’amerique par les quidam, s’est fait ridiculise par des individus ecrivant en pajamas chez eux. Il, Dan Rather, est devenu sujet de blagues dans si peu de temps, et il est relegue desormais de moindre fonctions sur un telejournal sur le declin depuis longtemps. Peut-etre que les francais, grace a leur entrainement au debats, connaitreront une revolution similaire dans un futur proche. Cheers, Bryan Travis

    30 novembre 2004 à 9 h 31 min
  • RADIO-PARIS MENT Répondre

    Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais, il me devient de plus en plus insupportable de devoir payer pour subir jour après jour cette désinformation sournoise (ou massive, lorsque il y a le feu, comme après le 21 avril 2002 ou pendant la dernière campagne électorale américaine, durant laquelle le délire anti-Bush a été porté à son comble) qui, jour après jour, distille son venin : anti-américanisme viscéral, tiers-mondisme de pacotille, antisémitisme insidieux. L’idée d’être taxé (redevance audiovisuelle puis désormais taxe d’habitation, aides à la presse écrite) pour subir ce lavage de cerveau permanent, conformiste et bien pensant, fascisme mou qui distord les faits et fausse toute interprétation raisonnable, m’insupporte. Je n’étais pas né sous l’Occupation allemande mais, à entendre ou à lire les medias officiels et officieux, j’ai une idée de ce que pouvait ressentir un résistant en entendant Radio-Paris en 1943 et j’ai la nausée.

    29 novembre 2004 à 23 h 03 min
  • LESTORET Répondre

    Je ne crois pas que pluralisme et aides publiques soient antinomiques. Mais il faut que le pluralisme ne soit pas du « multiralisme » et qu’il se limite à quelques courants principaux et nationaux. Et il faut aussi que le gouvernement ait un idéal national commun à tous ses membres et au parti qui le soutient, ce qui n’est pas toujours le cas dans notre démocratie française. Sous cette réserve des subventions peuvent exister au profit de différents courants même opposés au gouvernement. Aujourd’hui au contraire nous assistons dans la presse française à l’expression d’une pensée unique qui fait que tous les journaux à audience nationale présentent les événements (internationaux au moins) à peu près de la même façon. De même nous pouvons constater différents courants dans la majorité et même à l’intérieur du gouvernement. C’est cela je crois qui rend le gouvernement inefficace (j’allais dire impuissant) et la presse française insipide.

    29 novembre 2004 à 17 h 06 min
  • Observateur Répondre

    Bravo M. Dumay pour votre analyse. Vous avez décrit la réalité de la démocratie truquée, crypto socialiste française, dont les défenseurs acharnés incluent la fausse droite (UMP-UDF). je pense qu’il n’y aura pas beaucoup d’espoir de sortir de cette situation tant que les électeurs de droite (libéraux, nationaux, conservateurs…) ne seront pas représentés par un parti de droite

    29 novembre 2004 à 15 h 36 min
  • Balagan Répondre

    Il me semble que ce qui est en cause n’est pas tant l’appartenance de médias à des grands groupes. Le problème est qu’en France, ces groupes soient structurellement dépendants de l’Etat par leur activité commerciale. Les médias privés en France appartiennent à des sociétés d’armement, de BTP ou de service aux collectivités qui ont besoin de l’appui des politiques pour décrocher des contrats. Donc, elles n’iront jamais contre eux. Pour sortir de cette situation, il faut essayer de limiter les possibilités d’influence des politiques sur ces contrats et surtout. Et, comme la première solution est peu fiable à cause du système français, il faut interdire temporairement à ce genre de sociétés de posséder des médias. En fait, il n’y a pas de contradiction entre liberté de la presse et grand groupe privé, au contraire, ces groupes tiennent à gagner de l’argent et ne se discréditeront pas par idéologie dans un contexte concurrentiel où toute désinformation est contrée par la concurrence.

    28 novembre 2004 à 18 h 31 min
  • jgscemla Répondre

    M. Dumait, vous oubliez un acteur nouveau sur le PAF, la chaîne El Manar qui vient renforcer le pluralisme à la française et combattre la concentration excessive dénoncée par M. Raffarin.

    28 novembre 2004 à 10 h 28 min

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