Le politiquement correct contre la réalité

Posté le 30 juillet , 2018, 4:14
25 mins

Le problème avec le politiquement correct n’est pas qu’il soit de gauche ou de droite, mais qu’il refuse la complexité du monde.

Qu’il s’agisse de racisme, de féminisme, de mariage homosexuel, de différences culturelles ou religieuses, ses réponses sont toujours simplistes, sous forme d’injonctions d’une pseudo-morale qui vous dit «ce n’est pas bien d’être sexiste, homophobe, islamophobe, raciste», sans se donner la peine de définir ces expressions.

Il faut donc être antiraciste, généreux, tolérant, écolo, gentil et tout ira mieux.

Voici quelques années, Olivier Faure, député de Seine-et-Mar­ne, m’avait invité, ainsi que divers représentants d’associations, à une réunion où nous étions censés débattre de la question du mariage homosexuel. C’était avant le vote de la loi Taubira qui devait ouvrir une nouvelle ère, rien moins qu’un «changement de civilisation» selon la Garde des sceaux.

La discussion commença par un discours bien policé montrant qu’il s’agissait de donner les mêmes droits à tous et de poursuivre avec le PS la marche vers le progrès.
Le député était soutenu par quelques jeunes femmes qui regardaient avec des yeux admiratifs l’étoile montante du PS, critiquant les opposants comme des réactionnaires bornés ou adversaires de la laïcité de l’É­tat. Faure s’efforçait de garder une posture relativement modérée, mais il devint rapidement clair que le débat se limiterait à opposer le camp du bien au camp de la réaction.

Dans cette ambiance, la question du droit des enfants passait rapidement à la trappe.

On peut en dire autant de tous les thèmes chéris de politiquement correct.

Ainsi, l’antiracisme – lancé il y a déjà longtemps lors d’une habile opération politique de François Mitterrand en perte de popularité aidé de quelques «intellectuels» médiatiques – se résumait-il à faire un amalgame entre les inquiétudes justifiées d’habitants modestes de quartiers où la proportion d’immigrés nord-africains et afri­cains ne cessait d’augmenter et le racisme.

Si, de plus, ces habitants avaient le malheur de voter pour Jean-Marie Le Pen, on poussait un peu plus loin la charge en les accusant de vouloir un retour aux «heures les plus sombres de notre histoire», expression un peu passée de mode.

Mais s’agit-il vraiment d’une opposition au racisme véritable ? Jamais le racisme anti-blanc n’est évoqué. On dénonce le commerce triangulaire, mais beaucoup moins la traite des Noirs par les Arabes, qui a duré bien plus longtemps et perdure encore dans certaines régions de l’Afrique. Il s’agit toujours de dénoncer la culture occidentale, tout en étant bien plus tolérant à l’égard des fautes des autres cultures.

Le féminisme pose le même genre de problèmes. Bien sûr, il ne s’agit pas de défendre le machisme ou les violences envers les femmes, mais on observe des contradictions.

La première réside dans la relative indifférence face aux défis soulevés par l’Islam avec les burkas, les mariages arrangés au pays, les droits limités des femmes par rapport aux hommes dans les pays musulmans.

Une autre réside dans la passivité des organisations féministes face à un phénomène comme la pornographie qui véhicule une image très négative de la femme.
Mais le politiquement correct ne se limite pas à ces débats sur le racisme, le féminisme ou l’Islam. On peut retrouver cette approche qui simplifie tout dans des sujets complexes comme les débats sur le réchauffement climatique ou sur les vaccins.

Dans tous les cas, on voit les mêmes procédés : ne pas discuter sur le fond, de façon détaillée, mais opposer le plus vite possible un camp du bien et du progrès, à un camp du mal et de la réaction.

Le philosophe américain Allan Bloom, dans son livre au titre plus ou moins bien traduit en français par «L’Âme désarmée», livre qui reste une référence sur le politiquement correct dans les campus américains, parlait du «Closing of the American mind», la fermeture de l’esprit de ces étudiants.

Ces procédés ont le grand avantage, en plus de servir les intérêts de certains lobbies, de simplifier les choses. Or, les journalistes sont, comme les autres hommes, paresseux. C’est compliqué de s’informer à fond sur un sujet et tellement plus simple d’avoir une grille de lecture bien-mal.

Toutefois, rappelons-nous que, quand une idéologie ignore certaines réalités, la réalité finit toujours par se venger.

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13 Commentaires sur : Le politiquement correct contre la réalité

  1. quinctius cincinnatus

    1 août 2018

    la veuve de Louis-Ferdinand Céline … 106 ans avait vu sa misérable pension supprimée parce qu’ elle ne pouvait plus payer l’ URSSAF des trois personnes qui se succédaient chez elle pour ses soins et l’ entretient de son pavillon à Meudon … entièrement délabré

    ce pavillon a été acquis en viager par un voisin de façon à assurer sa tranquillité ( … celle du voisin ! ) et surtout pour qu’ il ne ne devienne pas à la mort de sa propriétaire un lieu de …” pèlerinage ” ( dixit ” Le Point” de B.H.L. ) pour les admirateurs du plus grand écrivain français du XX ième siècle … mais ” anti-sémite ”

    cette information était ma contribution personnelle au ” politiquement correct ” et au combat contre la haine !

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    • Hilarion

      1 août 2018

      Dans un système de “pensée” de plus en crypto stalinien, il est totalement inutile d’être un bon écrivain, savant, artiste etc…Il est important de respecter la doxa. La plupart des artistes français sont, de ce côté parfaitement irréprochables. Et entre une doxa quelle quelle fut et la libre pensée de Céline il faut bien admettre qu’il y avait un fossé que l’on ne voyait guère comment combler. C’est grâce à ce système de pensée que “‘l’agronome” russe Lyssenko, conscient que la politique agricole soviétique était menée de manière non conforme à l’esprit prolétarien, et pour tout dire, suivant des valeurs bourgeoises et capitalistes, entreprit des réformes qui pour le coup coulèrent l’agriculture, entraînant famine, sous les applaudissements du Petit Père des peuples.

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      • HansImSchnoggeLoch

        1 août 2018

        Progressisme et volontarisme marchent toujours la main dans la main.
        La nature elle s’en fout et réagit d’après ses propres lois.
        Quand le résultat n’est pas là le progressiste en tire la conclusion que les moyens étaient trop faibles et en remet une couche.
        La nature elle s’en…..
        etc…

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      • quinctius cincinnatus

        1 août 2018

        Lyssenko petit paysan à l’ origine et homme méritant mais esprit ” obstiné ” pour ne pas dire ” borné ” ( j’ ai connu le même dans ma famille … par alliance ) n’ avait, à l’ origine, aucune ” prévention ” d’ ordre intellectuelle ou même scientifique : il ” cherchait ” simplement et ne croyait pas aux ” gènes ” *** !

        il subit l’ influence d’ un ” penseur ” … juif Isaac P. qui l’ instruisit et surtout qui l’ instrumentalisa dans la doxa marxiste ce qui le mit au premier plan de la science russe

        *** d’ ailleurs les gènes n’ expliquent et n’ expriment pas toute la génétique ( merci Brenus de me corriger ! )

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        • BRENUS

          3 août 2018

          QC:
          a) pour vous c’est Monsieur Brenus, comme pour les larbins.
          b) Monsieur Brenus s’en tape.
          c) Vos explications concernant Lyssenko sont incomplètes : cet abruti avait clamé que “grace à l’esprit communiste, la nature se plierait à ses dingueries et qu’il transformerait la toundra glaciale en nouvelle Ukraine, pouvant produire encore plus de blé que l’originale” . D’où la famine comme effet. Il n’y a pas à s’étonner outre mesure de ces prises de positions imbéciles, voir mortelles, quand on entend, sur d’autres sujets les abbérations verbales de nombre de pseudo intellos gogobobos.

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          • quinctius cincinnatus

            5 août 2018

            Cher Monsieur Brenus,

            il faut d’ abord lire et correctement ce que j’ ai écrit ( deuxième petit paragraphe de mon message )

            pour ce qui est de la ” toundra ” Lissenko s’ était lancé dans une ” expérimentation ” scientifiquement primaire et pour le moins hasardeuse : il réfrigérait les semences ” occidentales ” pensant qu’ ainsi elles s’ adapteraient progressivement aux conditions climatiques extrêmes …

            mais il ne fit pas que des conneries : ainsi sa méthode de plantation des pommes de terre dans les parcelles de la ville lors du siège de Leningrad fut un succès pour la raison qu’ il remit en usage une vieille méthode paysanne : on met en terre seulement le germe et on mange le restant de la pomme de terre !

            bien à vous Monsieur Brenus

    • HansImSchnoggeLoch

      1 août 2018

      // le pavillon a été acquis en viager par un voisin de façon à assurer sa tranquillité //

      Un arrangement équilibré entre voisins, D.Trump aurait applaudit des 2 mains.
      Le triomphe de l’invidu sur la férocité de l’urssaff.

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  2. HansImSchnoggeLoch

    31 juillet 2018

    Il doit y avoir dans le génome d’un progressiste et celui d’un type normal des différences notables.
    Le jour où on pourra les localiser et les analyser, un remède pour guérir les progressistes ne sera pas loin.
    Ils pourront enfin mener une vie normale et par ricochet le reste de la population aura une vie tranquille.

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  3. quinctius cincinnatus

    30 juillet 2018

    en résumé : le ” progressisme ” ce n’ est pas la réalité et encore moins la vérité … cela on le sait

    reste à le faire entendre

    cela est plus difficile car vous n’ êtes pas ” autorisé ” à le dire , enfin à le dire publiquement

    le ” progressisme ” c’ est un mythe lequel est, comme disait Cocteau, un mensonge qui dit la vérité …

    … la vérité du moment et qu’ il faut croire

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    • 31 juillet 2018

      C’est vrai, on peut ramener cela à du progressisme mais je crois que le politiquement correct est une forme de totalitarisme qui dépasse ce que l’on pouvait voir du temps de Cocteau. Plus que chez Cocteau, on peut lire chez G.K. Chesterton une prémonition de ce phénomène. Mon article a été pas mal caviardé ce qui simplifie un peu ma pensée.

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