Le Sénat à gauche ?

Posté le septembre 30, 2010, 6:54
5 mins

 

L’actuel président du Sénat, Gérard Larcher, a commencé une véritable tournée des popotes dans les cantons de France. Les élections cantonales, prévues pour le début du mois de mars 2011, approchent en effet à grands pas, et pour la première fois de sa vénérable histoire, la Chambre Haute risquerait bien de tomber entre les mains du parti socialiste. Horresco referens ! Il faut bien dire que de renouvellements en renouvellements, la majorité conservatrice n’a cessé de s’amenuiser.

    Loin d’une évolution profonde de la sociologie électorale, l’évolution de la composition du Sénat répond à la conjoncture politique des dernières législatures. (…)

A ce titre, compte tenu de l’esprit de rupture que M. Sarkozy avait insufflé à son mouvement, par rapport au chiraquisme, on peut parler d’un simulacre d’alternance, qui tient lieu de la vraie. Il est important de bien avoir en tête ce problème de « zapping » politique, qui conduit les électeurs à rejeter la majorité au pouvoir à chaque scrutin,(…)

    Le Sénat est le fruit d’une élection essentiellement conservatrice, non pas en ce qu’il serait élu par des gens principalement de droite, même si cela s’est vérifié dans le temps, mais en ce qu’il est élu par les notables locaux, à savoir les conseillers régionaux, conseillers généraux, les délégués des conseils municipaux et les députés, soit 150 000 électeurs environ ; et ce dans le cadre très apaisé d’un renouvellement par moitiés tous les 3 ans, le mandat du sénateur étant de 6 ans. Autant dire que le Sénat est une assemblée de continuité ayant le temps pour elle.

    Mais que les mairies et les cantons, qui fournissent les plus gros bataillons d’électeurs, viennent à basculer dans un camp politique opposé à celui du Sénat, et par ricochet, à la prochaine élection sénatoriale, prévue en septembre 2011, ce serait le Sénat qui basculerait lui-même dans un camp opposé à la majorité parlementaire actuelle.

    Le risque est réel pour l’équilibre institutionnel, créant d’abord un cas inédit pour une Chambre habituée à une toute autre composition, et surtout dans un cadre politique tendu, à l’approche des élections présidentielles de 2012, avec une vraie volonté de blocage du processus législatif, en se posant en contradicteur permanent de l’Assemblée nationale, contraignant alors le Parlement à entamer des procédures longues et difficiles de navettes entre les deux assemblées, jusqu’à la réunion du Commission Mixte Paritaire, instance devant trancher en cas de désaccord définitif entre les deux chambres.

    C’est ici clairement la conjoncture qui crée le risque, car en effet, les traditions de modération du Sénat ne laissent pas trop craindre de guerre institutionnelle dans un cadre plus apaisé. Mais l’actuel Président de la République a à ce point cristallisé les oppositions contre lui, que l’on pourrait bien s’attendre à une telle zizanie politique.

    Pour autant, les jeux ne sont pas encore faits : D’une part, l’actuelle majorité pourrait garder sa place au Sénat, d’une courte tête, évaluée à 5 ou 6 sièges d’après le président Larcher. Cette courte tête serait sans doute assurée par le maintien à droite de cantons ruraux, moins politisés, et donc moins enclins aux soubresauts de la conjoncture, tenus fermement par de véritables féodalités politiques, où des élus locaux se sont enracinés depuis des décennies. (…)

    Une seconde hypothèse, liée à la précédente, pourrait affermir de nouveau la majorité en place. En cas de courte victoire de la droite parlementaire aux élections cantonales, le Sénat pourrait se maintenir dans sa composition actuelle. (…)     Gabriel Thibout pour Nouvelles de France (y lire l’article complet)

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