L’écologie otage des idéologies

Posté le 16 août , 2013, 8:14
9 mins

« Obcurantisme », accuse Yves Thréard dans le Figaro du 2 août. Ah, le joli mot, qui a permis, depuis les Lumières et la Révolution française, de propager tant de sottises et de commettre tant d’ignominies au nom d’un prétendu progrès !

Selon Thréard, le gouvernement serait « obscurantiste » parce qu’il s’oppose à la culture du maïs transgénique et des OGM…

Une fois n’est pas coutume, je soutiens le gouvernement. On n’est pas obligé, parce que l’on est de droite, de faire fi de l’écologie – au contraire, la véritable écologie était de droite avant que les rouges, discrédités après la chute du communisme à l’Est, ne se peignent en vert pour se refaire une virginité politique.

On n’est pas obligé, parce que l’on est de droite, d’applaudir au massacre de la nature, pour satisfaire avant tout les intérêts de grande firmes lancées dans la course au brevet, grâce à laquelle elles espèrent ôter au paysan (à l’agriculteur, diraient les amis de M. Thréard, auquel ce terme plus technicien convient mieux qu’un mot qui sent le pays) le droit, dont il jouit de temps immémoriaux, de réutiliser d’une année sur l’autre les semences qu’a portées sa terre.

L’enjeu de la bataille des OGM est double :

  • un enjeu de sécurité, car nous n’avons pas un recul suffisant pour savoir quelles conséquences auront sur la nature ces plantes génétiquement modifiées. Aux Etats-Unis, où ces cultures ont tout envahi, la population d’abeilles a diminué au point que l’on est contraint de recourir à des procédés de pollenisation artificielle, très onéreux.

  • Un enjeu de liberté, les grands trusts industriels, dont Monsanto est le plus symbolique, brevetant le vivant pour revendiquer le monopole sur les semences.

Pour autant que je sache, la défense du monopole, même octroyé à des sociétés privées, n’est pas très libérale. Je suis donc quelque peu surpris d’entendre des libéraux en faire aujourd’hui l’apologie.

Yves Thréard se désole aussi des réticences gouvernementales concernant le gaz de schiste. Cependant, pour autant que je sache, on ne sait toujours pas exploiter le gaz de schiste sans danger pour les nappes phréatiques. Argument économique pour argument économique, l’eau, c’est l’or bleu du XXIe siècle. Le gaz de schiste représente une ressource prometteuse, à condition que l’on trouve un moyen de l’exploiter sans toucher aux nappes phréatiques.

Pour Thréard et ses pareils, l’argument économique prévaut sur les autres considérations, avec cette rengaine : nous, Français, prendrions du retard sur nos concurrents. Dans ce cas, pourquoi s’arrêter au gaz de schiste et aux OGM et ne pas prôner, par exemple, le clonage des animaux de boucherie, autorisé par d’autres pays ? Ou encore, tiens : l’utilisation des farines animales dans l’alimentation des bovins ? Ah, non ! Ça, on a déjà essayé : ça a donné la maladie de la vache folle. Ce n’est pas de veine, pour une fois que nous ne étions pas encombrés du principe de précaution et que nous n’avions pas pris de retard par rapport à nos concurrents…

Je ne saurais trop conseiller à Yves Thréard de lire l’encyclique de Benoît XVI Caritas in veritate. Renvoyant dos à dos les partisans de l’exploitation illimités des ressources et les sectateurs d’une nature quasiment divinisée, le Saint-Père y écrit :

« Il est juste que l’homme puisse exercer une maîtrise responsable sur la nature pour la protéger, la mettre en valeur et la cultiver selon des formes nouvelles et avec des technologies avancées, afin que la terre puisse accueillir dignement et nourrir la population qui l’habite. (…) Nous devons cependant avoir conscience du grave devoir que nous avons de laisser la terre aux nouvelles générations dans un état tel qu’elles puissent elles aussi l’habiter décemment et continuer à la cultiver. »

Renvoyant dos à dos les partisans de « l’idéologie technocratique, particulièrement forte aujourd’hui » et les tenants de « l’idée d’un monde sans développement [qui] traduit une défiance à l’égard de l’homme et de Dieu », le pape déclare :

« considérer la nature comme plus importante que la personne humaine elle-même est contraire au véritable développement. (…) Par ailleurs, la position inverse, qui vise à sa technicisation complète, est également à rejeter car le milieu naturel n’est pas seulement un matériau dont nous pouvons disposer à notre guise, mais c’est l’œuvre admirable du Créateur, portant en soi une “grammaire” qui indique une finalité et des critères pour qu’il soit utilisé avec sagesse et non pas exploité de manière arbitraire. »

Dans un autre texte, évoquant le risque réel d’une destruction de la création, Benoît XVI écrit encore :

« L’homme l’a reçue [la création] afin de pouvoir réaliser, à travers elle, le dessein de Dieu. Mais, en s’érigeant lui-même au centre de l’univers, en oubliant le mandat du Créateur et en se refermant sur une recherche égoïste de son propre bien être, l’être humain a géré le milieu dans lequel il vit en effectuant des choix qui mettent en péril son existence même, alors que celui-ci mérite le respect et la préservation de la part de tous ceux qui l’habitent. »

Ces textes définissent, me semble-t-il, ce que devrait être l’authentique écologie. Le pape emploie, plus précisément, l’expression d’« écologie humaine ».

Nos gouvernants aussi trouveraient intérêt à la lecture de ces textes, que complètent tout ceux qui concernent le respect de la vie humaine dès sa conception. Le pape a pointé le manque de logique de la gauche, qui s’oppose à la culture des OGM, mais légalise l’expérience sur l’embryon humain, ouvre le mariage et l’adoption aux homosexuels, et prévoit déjà d’autoriser ces derniers à accéder aux techniques de procréation médicalement assistée et à la gestation pour autrui. Cette idéologie « écologique » mortifère, développée par la gauche, est tournée contre l’être humain, dont elle méprise et contredit la nature.

10 Commentaires sur : L’écologie otage des idéologies

  1. vivi

    17 août 2013

    Nous ne sommes que de passage sur cette Terre. Soignons-la, entretenons-la, cultivons-la correctement et elle nous le rendra au centuple ! Pas besoin de Monsanto pour cela ! Cette firme ne voit que des dollars sortir de la terre ! Après notre passage sur terre, d’autres générations viendront. Nous avons le devoir de leur transmettre une terre saine qui pourra également les nourrir.
    Pas besoin d’être de gauche ou de droite pour cela. Il suffit d’aimer cette Terre qui nous nourrit.

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  2. philiberte

    17 août 2013

    il y a quelques mois, une info qui n’a pas fait de bruit, sur le maïs transgénique monsanto: ce maïs, créé pour repousser les insectes prédateurs, s’est vu attaqué. les insectes ont muté et leur foutu maïs trafiqué n’est plus efficace!

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    • 17 août 2013

      Monsanto a tout de suite profité du désarroi et du chaos de l’apres-guerre de 40-45, pour s’imposer dans le monde entier.

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  3. raymond

    17 août 2013

    pensez vous vraiement que la gauche serait plus respectueuse de la nature que la droite,j’aime la nature,je crois que l’on peut nourrir l’humanite sans avoir recours a toute la panoplie des Monsanto et autres qui ne sont la que pour le dieu pognon avec la complicite des banques et des politiques,qui font que l’on s’empare du travail de l’agriculture pour faire du fric sur les marches et que font nos verts anciens rouges,ils participent a la curie

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  4. 16 août 2013

    Enfin un article de bon sens ! Merci, Pierre Menou.
    Genèse : Adam et Ève ont reçu la terre non pour l’exploiter, mais pour la gérer. D’ailleurs on ne dit plus une ferme, mot noble, mais une exploitation.
    Eau potable : problème n°1, toute l’eau douce est contaminée aujourd’hui. Rappelons (école primaire) que le cycle de l’eau est planétaire.
    Platon, Les Lois, préconisait la peine de mort pour les pollueurs. Et la sacralisation des eaux.

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  5. druant philippe

    16 août 2013

    Un article “Guy Millieriste” où il est question de gestion voire maîtrise de dame nature ! MDR
    Dame nature est omnipotente et peut se débarrasser de son pseudo maître , le bipède invasif et arrogant , en quelques jours .
    On doit se contenter de vivre en symbiose avec la Terre mais la maîtriser ou la gérer, mot horrible, c’est illUSOIRe .
    Vivre en symbiose signifie notamment adapter son chiffre de population en tenant compte des ressources que nous offre la nature .
    Rappelons aux liberaux / socialos et autres productivistes
    natalistes que la nature régule l’ espèce humaine comme elle le fait pour toutes les espèces vivantes et cela malgré tous les efforts vainement déployés par la créature. grouillante qui se presse à sa surface .

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