L'égalité contre le bien commun

L'égalité contre le bien commun

Quel fut donc le « grand progrès démocratique » de la nuit du 4 août, dont l’école républicaine nous a tant vanté
les mérites ?

Le contexte d’abord : l’Assemblée Constituante agit alors que la France est secouée par la ‘Grande Peur ‘ qui met
les campagnes en émoi, en cet été de l’an 1789. La peur, avant ce qui devint institution et politique officielles sous le nom de ‘Terreur’, est déjà
l’un des ressorts de ces politiques qui nous annoncent des « lendemains qui chantent ».

Cette séance si mémorable de l’Assemblée Constituante eut lieu la nuit car les esprits éclairés avaient alors la bonne idée
de mettre les sujets sensibles en discussion seulement la nuit, sans annoncer à l’ensemble des représentants l’ordre du jour, ou plutôt de la nuit ; seuls les éléments les plus favorables étant informés. Pour compléter les chances de succès, les partisans de l’abolition des dits privilèges féodaux
organisèrent des banquets bien arrosés pour préparer les futurs délibérants à leur tache législative. L’euphorie de cette soirée inoubliable et
inoubliée
, que tant de tableaux et d’images gravèrent dans nos cervelles, doit plus au bon vin de notre pays que d’un improbable
bon génie révolutionnaire.

Après le contexte et les événements, nous pouvons essayer de faire un bilan de cette nuit qui supprima les ‘vestiges de la
féodalité’. Certes, de nombreuses coutumes supprimées n’avaient alors guère de raisons d’être, mais la monarchie depuis plus de deux siècles avait déjà accompli un ménage important en rappelant
que les privilèges, ou lois particulières, étaient justifiées par leur ordonnancement au bien commun de la société civile. La Révolution
de 1789, elle, fait de l’égalité un bien absolu, en négligeant les diversités des situations qui pouvaient justifier ces lois
privées.

D’ailleurs ce n’est pas un accident, mais plutôt un étonnant ‘clin d’œil’ historique, que
le président de cette séance fut Isaac Le Chapelier, l’auteur de la loi qui interdit la constitution d’organismes sociaux intermédiaires
économiques, avec pour conséquence d’abandonner l’activité économique et surtout des classes les plus fragiles á la seule loi de la
concurrence.
Car finalement cette nuit du 4 août 1789 est un bel exemple de cet esprit politique et ‘aprioristique’ soumis aux passions
idéologiques plutôt qu’aux conditions d’un bien commun civique plus trivial mais aussi plus réel.
Aujourd’hui où nos gouvernants cherchent depuis plusieurs décennies, par la politique de
décentralisation, à soulager un Etat devenu trop lourd, et surtout trop cher, du fait du volontarisme politique constructiviste des idéologies
révolutionnaires qui l’a rendu omniprésent dans la vie sociale
, sans tomber dans l’écueil d’une liberté émancipée des nécessités de la vie sociale et civique, il serait bon de rappeler
que le privilège, ou lex privata, n’est que la conséquence d’une vie publique autonome (qui
possède ses propres lois, sans anarchie ni étatisme),
selon le principe de subsidiarité.

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