Le PS marseillais dans la tourmente

Le PS marseillais dans la tourmente

Un proche d’Alexandre Guérini, frère du président PS du conseil général, est mis en cause. 

Lentement mais sûrement, les gendarmes de la cellule «Déchets 13» progressent dans leur enquête sur les marchés publics des Bouches-du-Rhône. En milieu de semaine dernière, six personnes dont un proche ami d’Alexandre Guérini ont été mises en examen par le juge
Charles Duchaine, en raison de leur implication présumée dans une escroquerie commise au préjudice des communautés urbaines «Marseille Provence Méditerranée» (MPM) et «Pays d’Aubagne et de
l’Étoile» (PAE).

Selon une première estimation communiquée aux magistrats marseillais, quelque 2 millions d’euros
auraient été indûment soustraits aux deniers publics. «Ce décompte demande encore à être complété», précise une source proche de l’enquête.

Mis en examen pour «corruption, faux et usage de faux, destruction de preuves et escroquerie en bande
organisée», l’entrepreneur Éric Pascal est soupçonné, quoiqu’il s’en défende, d’être un maillon clé de l’ingénieux système mis au jour par les enquêteurs. À la tête de la société Queyras
Environnement, il aurait frauduleusement facturé aux deux collectivités locales la prise en charge et l’acheminement, vers leurs décharges, d’importantes quantités de déchets provenant en fait
de sociétés privées. Pour ce faire, les dirigeants de Queyras auraient corrompu trois agents employés par les déchetteries intercommunales de La Ciotat et de Cassis, où ne devaient en principe
atterrir que les rebuts produits par MPM et PAE. Moyennant quelques dizaines d’euros par benne, ceux-ci auraient fermé les yeux sur de nombreuses livraisons illicites, acceptant même de signer
les faux bons grâce auxquels l’entreprise se faisait ensuite rémunérer par les intercommunalités.

Devant les enquêteurs, Éric Pascal a nié toute intention frauduleuse, affirmant que les livraisons
litigieuses étaient régulièrement compensées par l’évacuation de déchets produits par MPM ou PAE vers des décharges privées. Jeudi, à l’issue de sa mise en examen, le chef d’entreprise a
toutefois été placé en détention provisoire, au grand dam de son avocate. «Cette mesure, hors de proportion avec les faits qui lui sont reprochés, met en danger la survie de son entreprise et
la trentaine de salariés qui en dépendent», déplore Me Sophie Bottai.

 

 

Un an après l’ouverture d’une information judiciaire pour «corruption, trafic d’influence et favoritisme» au
tribunal de Marseille, cette incarcération résonne en tout cas comme un sérieux coup de semonce dans le microcosme politique phocéen. De notoriété publique, Éric Pascal est en effet un proche
ami d’Alexandre Guérini, qui dirige lui-même plusieurs sociétés exploitant des déchetteries – notamment celle de La Ciotat.

À l’origine de la procédure en cours, un courrier anonyme rédigé en février 2009 à l’intention du procureur Jacques Dallest présente le frère du sénateur socialiste et président du conseil général des
Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini, comme le pilier occulte d’un supposé «système» mêlant corruption, entente sur les marchés publics ou encore détournement de subventions associatives. Depuis
lors, les gendarmes s’emploient méticuleusement à vérifier chacune des accusations formulées par le corbeau, en prenant grand soin de ne pas se laisser instrumentaliser dans le cadre de luttes
politiques.

À plusieurs reprises, les domiciles et sociétés d’Alexandre Guérini ont ainsi été perquisitionnés. En
décembre dernier, par ailleurs, les locaux de MPM ainsi que la présidence du conseil général ont reçu la visite des enquêteurs. Pour l’heure, aucun élu n’a été formellement entendu. «Nous
avançons pas à pas, confie une source proche de l’enquête, et les faits mis au jour dans le cadre de l’enquête sur Queyras Environnement ne représentent à l’évidence qu’un premier volet dans un
dossier très complexe.» Le Figaro

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