Les enjeux cachés de la grève à la SNCF

Posté le juin 25, 2014, 7:00
6 mins

Le conflit à la SNCF semble près de finir. Il aura duré plus de dix jours. Alors que le débat sur la réforme ferroviaire se termine à l’Assemblée, l’issue de cette crise, la plus longue à la SNCF depuis quatre ans, semble pouvoir venir de plusieurs amendements communistes et écologistes votés dans la nuit du 18 juin.

En quoi ces ajustements modifient-ils le projet de réforme au point de faire céder les grévistes ? Pour répondre à cette question, il convient de s’éloigner des revendications affichées pour explorer les enjeux cachés de la réforme.

Année après année, le score de la CGT s’érode lors des élections du personnel de la SNCF. En 2006, elle avait obtenu 40,1 % des suffrages, alors que SUD Rail faisait moins de 15 %, devant l’UNSA à 14,5 % et la CFDT à 11,5 %. En 2011, la part de la CGT était tombée à 37,3 % et l’UNSA précédait SUD Rail à 21,5 % contre 17,4 %, la CFDT obtenant 13,8 % des voix. En mars dernier, la CGT a obtenu 35,6 % des votes, l’UNSA 23 %, Sud Rail 17 %, la CFDT 14,7 %.

Au sein de Réseau Ferré de France (RFF), la CGT n’est plus représentative et la CFDT y est le syndicat majoritaire, suivi de l’UNSA. C’est là que le bât blesse…

En effet, le projet de réforme ferroviaire prévoyait de répartir le transport ferré public en trois sociétés : une société mère, la SNCF, et deux filiales : SNCF Mobilité et SNCF Réseau, issue du regroupement de RFF et de l’actuelle branche SNCF Infra­structures. Au passage, près d’un tiers des cheminots au­raient été versés à SNCF Ré­seau. La CGT a fait ses comptes : avec ce redécoupage, elle risquait de perdre la majorité dans les deux entités à la fois, avec, en prime, la perte du contrôle des Comités d’Établissement, et des nombreux avantages qui les accompagnent pour le syndicat gestionnaire des CE.

Était-ce l’effet recherché par Guillaume Pépy, le président de la SNCF, et Jérôme Cuvillier, le secrétaire d’État aux Trans­ports ? Cette année doivent justement s’ouvrir des négociations paritaires sur la future convention collective du trans­port ferré, étape inéluctable avant l’ouverture du chemin de fer à la concurrence. Les voix des syndicats réformistes com­me l’UNSA et la CFDT sont in­dispensables pour faire adopter une convention collective qui s’éloignera du statut de service public. La future convention collective permettra aux entreprises ferroviaires concurrentes d’embaucher des salariés de droit privé. L’impact concurrentiel de cette cohabitation des statuts se laisse aisément deviner…

La réforme actuellement débattue est donc un piège mortel pour la CGT.

Les amendements du 18 juin affirment « l’unicité des trois établissements publics », créent un comité central d’entreprise, garantissent aux cheminots un employeur unique et une gestion de carrière centralisée. En d’autres termes, ces amendements offrent à la CGT les moyens de conserver son pouvoir syndical à la SNCF.

Certes, la question épineuse de la dette de RFF n’a pas été réglée. Elle figurait pourtant en bonne place dans les revendications des grévistes. En réintégrant la dette dans les comptes de la SNCF, la réforme crée pour l’entreprise publique une obligation financière qui l’éloigne du statut de service public. SUD Rail reste attaché à la prise en charge de cette dette par le budget de l’État, c’est-à-dire par l’impôt. C’est la raison pour laquelle SUD appelle à continuer le mouvement, là où la CGT s’en remet prudemment aux votes des cheminots.

Les intérêts des deux organisations syndicales ne sont, en ef­fet, pas les mêmes : SUD Rail lutte sur des principes, la CGT pour des avantages. Mais ce qui unit ces deux organisations, c’est la volonté d’humilier Guillaume Pépy, qui a cru pouvoir casser le mouvement la semaine dernière en signant un accord avec la CFDT et l’UNSA sur le statut des cheminots. Le contentieux datait, en réalité, du dernier grand conflit à la SNCF, auquel Guillaume Pépy avait tenu tête sans rien céder. La vengeance syndicale est un plat qui se mange froid…

Philippe Darantière

8 réponses à l'article : Les enjeux cachés de la grève à la SNCF

  1. Claude Roland

    30/06/2014

    Un ami informaticien qui travaille en sous-traitant pour la SNCF m’a dit récemment qu’il y a peu, ils modifiaient les programmes des capteurs pour cette histoire de quai à élargir. Or un bug s’est glissé qui a coupé quelques jours durant la communication en temps réel des PC de la SNCF avec les téléphones de chaque employé qui indique leurs données perso et leur salaire du mois, leurs RTT, et autres avantages cumulés, etc. Les employés ont cru que cela leur avait été supprimé ! 48 H après, ils avaient déposé un préavis de grève. Le bug a été réparé plus tard. Mais on appréciera la réactivité des employés nantis pour ce genre de souci…

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  2. JODE

    26/06/2014

    Oui il y a un problème avec les syndicats.
    Oui il y a certains avantages à la SNCF.
    (n’y en a-t-il pas de bien plus importants dans d’autres métiers/entreprises).
    Mais le fond du problème est bien ailleurs.
    Et comme il est très agréable de taper sur la SNCF car on a tous forcément quelque chose à réprocher, il y a des éléments qui passe totalement inaperçus ou sont occultés par ceux qui veulent règler leurs comptes avec les syndicalistes..
    Par exemple :
    1/ On dit que les cheminots ont fait grève pendant le bac, mais il ne faut pas inverser les rôles. C’est une provocation du gouvernement qui avait sa loi sous le coude depuis des mois et qui a décider de la présenter la semaine du bac pour casser un peu plus la greve.
    2/ Tout le monde attaque le statut des fonctionnaires ou des cheminots. Pourquoi ne pas avoir passé le concours d’entrée si ces métiers sont si merveilleux ? Parce qu’il faut travailler la nuit, le dimanche et fête (pour des indemnités beaucoup plus faibles que ce qu’on peut lire dans certains médias qui annoncent des chiffres fantaisistes.
    3/ La privatisation dont certains rêvent aura pour conséquence la suppression de centaines de trains non rentables. Et les inegalités territoriales vont encore se creuser.
    Continuez donc à taper sur les cheminots un jour, une autre profession le lendemain, c’est exactement l’objestif de ce gouvernement : diviser pour mieux reigner !

    A la lecture de mon avis beaucoup se disent « salopard de CGTiste ». C’est votre droit, mais vous seriez très surpris de connaitre mes opinions politiques (les syndicats Français n’étant pas de réels syndicats à mon avis, mais des mouvements politiques déguisés).
    Vous pouvez donc m’accuser de défendre les syndicalistes, ou alors, vous pouvez aussi prendre quelques minutes pour vérifier ce que j’écris.

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  3. 26/06/2014

    avait déjà été partagé en deux sociétés.Avec les socialistes on en vient à trois.C’est peut-être louable,mais ça sent le « diviser pour mieux régner » ou l’usine à gaz si chère à nos socialistes…ou la privatisation à venir.Car la SNCF justement coûte cher.

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  4. jacquesgoguy

    25/06/2014

    L’État, c’est-à-dire les contribuables ; il faut arrêter de subventionner les confédérations syndicales.

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  5. FERRET Charles

    25/06/2014

    La CGT est une organisation anti Française. Cette organisation Stalinienne voudrait l’instauration, en France, du communisme de type soviétique. La démocratie, connait pas.

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  6. orldiabolo

    25/06/2014

    Tout ce qui pourra saucissonner les syndicats marxistes sera bon à prendre…

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  7. HansImSchnoggeLoch

    25/06/2014

    Drôle de cuisine, mais en fin de compte ce sera toujours le contribuable qui sera le plat de résistance de ce festin d’ogres.

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