« Les Infiltrés » et le journalisme caniveau

« Les Infiltrés » et le journalisme caniveau

Mardi 27 avril dernier, France 2 programmait son émission fort con­troversée « Les Infiltrés ». Le sujet en était cette fois : « à l’extrême-droite du Père ».

Vous l’aurez deviné, l’objectif était de « révéler » un vaste complot néo-nazi, adossé sur les catholiques traditionalistes, complaisamment soutenus par Benoît XVI lui-même ancien des Jeunesses hitlériennes
Naturellement, les choses n’étaient pas dites ainsi, simplement suggérées ; mais il est certain que c’est bien ainsi que le public aura compris le message.

Plus concrètement, le reportage portait sur un petit groupe bordelais intitulé Dies Iræ – qui, à ma connaissance, n’est pas un groupe catholique, mais un groupe de formation politique, même si bon nombre des membres sont catholiques. Et sur les liens supposés de ce groupe avec la paroisse traditionaliste Saint-éloi et l’école hors-contrat Saint-Projet, toutes deux également bordelaises.

Je ne connaissais pas Dies Iræ avant cette affaire, mais ce groupe semble déjà avoir été fortement caricaturé, à partir des propos de deux membres (ou, du moins, de deux membres supposés, puisqu’il semble qu’ils n’aient pas été revus par les cadres du mouvement depuis plusieurs mois…). Propos effectivement antisémites et parfaitement déplacés.

La caricature enfle encore quand on passe aux liens avec la mouvance catholique traditionaliste. La paroisse Saint-éloi se trouve engagée au motif qu’elle prêterait ses caves (forcément pour des « rats noirs » !) à Dies Iræ. Manque de chance, Saint-éloi doit être l’une des seules églises de France à ne pas disposer de cave !

Et l’école hors-contrat Saint-Projet est visée, au motif que bon nombre de membres de Dies Iræ auraient les enfants ou leurs frères et sœurs dans cette école. C’est après tout bien possible, mais je n’avais pas encore entendu dire que ce soit un crime de scolariser des enfants de néo-nazis, d’ailleurs plus supposés que réels. Ou bien la culpabilité s’étend-elle désormais à toute la parentèle ?

L’école est surtout visée au motif qu’elle serait une pépinière de petits antisémites. Et l’on voit effectivement quelques enfants supposés être des élèves de cette école tenir des propos scandaleux dans ce domaine.

Le problème, selon certains parents d’élèves, c’est que ces propos auraient été sollicités par le « journaliste ». Ces parents ont d’ailleurs saisi le procureur. Une telle incitation au comportement délictuel, qui pis est sur mineurs et en milieu scolaire, est punissable de 7 ans de prison et de 150 000 euros d’amende…

Daniel Hamiche, porte-parole du réseau Riposte catholique, invité au débat, qui a vu le reportage dans sa première version et qui a ainsi pu révéler l’affaire et lancer une impressionnante mobilisation sur internet (plusieurs dizaines de milliers de messages électroniques sont partis à destination de France 2 et de ses diverses tutelles), certifie avoir vu d’autres dérapages antisémites que ceux qui ont finalement été présentés lors de la diffusion. On peut se demander si ces dérapages n’étaient pas trop ouvertement sollicités pour ne pas être constitutifs du délit…

En tout cas, la déontologie de cette émission pose de sérieux problèmes. On l’avait déjà vu avec l’émission sur les pédophiles où les infiltrés avaient en fait joué aux policiers. De façon générale, un journaliste ne peut, selon la charte de la profession, obtenir des informations en dissimulant son métier. Par conséquent, les reportages en caméra cachée sont a priori suspects (sauf reportage à l’intérieur d’une prison nord-coréenne, dans l’intimité d’un trafiquant de drogue ou dans un camp d’entraînement de Tchétchènes radicaux…).

On peut d’ailleurs se demander si, en l’occurrence, il s’agit véritablement de journalistes. L’infiltré principal, ap­pe­lé Matthieu Maye, a été pendant plusieurs années membre du Front national de la jeunesse à Bordeaux, ont révélé nos confrères de « Minute ». L’agence CAPA, dirigée par un ex (?) trotskiste (une garantie d’objectivité dans le microcosme politico-médiatique !), et productrice de cette émission, a répondu que le sieur Maye avait déjà été infiltré au FNJ. Sauf que le FNJ de Bordeaux ne compte pas 20 personnes, que rien n’a jamais filtré sur cette cellule, alors que le bonhomme est censé y avoir été infiltré pendant 5 ans. Quel média a les moyens de mettre un reporter à plein temps pendant 5 ans sur une affaire, dont il ne sort rien ?

« Les Infiltrés » se présentent comme des héros de l’information. Ils ne sont hélas ! que les révélateurs d’une presse incapable d’informer ou d’assumer ses opinions et devenue simple auxiliaire de la propagande du « politiquement correct »…

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(3) Commentaires

  • mich.34 Répondre

    Rien d’étonnant à tout çà, la télé publique est aux mains des gauchistes, anciens trotskistes et soixante-huitards qui noyautent par ailleurs toutes les instances de la République.

    11/05/2010 à 19 h 24 min
  • Anonyme Répondre

    Mon premier commentaire n’est point passé , pourtant il répondait simplement à un certain intervenant prenant pour argent comptant tous les reportages le confirmant dans ses opinions.

    Je fus tenté de regarder ce lavage de cerveau mais dès le début, je sentais comme une odeur de chienlit. On coupe dans un film tout ce qui dérange la ligne éditoriale de ce dernier.

    09/05/2010 à 17 h 37 min
  • françois Répondre

      A quand l’infiltration par ces courageux chevaliers blancs d’une école coranique? Mais c’est vrai qu’il est bien plus dangereux de critiquer avec raison les barbus que de le faire à tort pour les cathos! Et puis c’est tellement moins "tendance"…

     Ils pourraient aussi infiltrer une bande de "djeunes" ! Non? Ah, c’est vrai, ils risqueraient de prendre un mauvais coup…

      Finalement, ils ont raison, il vaut mieux rester dans la science-fiction, c’est sans risque, ça plaît et les possibilités d’immagination sont infinies…

    08/05/2010 à 18 h 50 min

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