Les primaires des deux côtés de l’Atlantique

Les primaires des deux côtés de l’Atlantique

Par une étrange coïncidence, l’actualité politique récente a été dominée aussi bien en France qu’aux États-Unis par la question des élections primaires. Dans le premier pays, il s’agirait d’en organiser au sein du parti de l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP), dans le second de réformer le calendrier de ces primaires au sein du parti démocrate.

La tenue d’élections primaires dans le système féodal français est une bonne nouvelle. Qui ne souscrirait à la réforme démocratique, proposée par Nicolas Sarkozy, de laisser aux militants le soin de désigner le candidat du parti pour la prochaine élection présidentielle ? Cela paraît inimaginable que ce pouvoir soit confisqué par un cénacle. Et pourtant, telle est la triste réalité française.

Jusqu’à présent, les partis politiques de la droite n’ont été que des créatures, souvent éphémères, au service exclusif d’une ambition personnelle. La liste est longue de ces partis dont la légitimité n’était qu’un miteux habillage : l’Union pour la Nouvelle République (UNR) de 1958 jusqu’aux soubresauts de la révolte de 1968 où l’Union pour la Défense de la République (UDR) a pris le relais jusqu’en 1971, l’Union des Démocrates pour la République (UDR) lui a succédé de 1971 à 1976 lorsque Jacques Chirac a créé le Rassemblement pour la République (RPR) qui a duré jusqu’au séisme du 21 avril 2002. Trois jours plus tard, face à la menace que représente le candidat Jean Marie Le Pen pour l’establishment, le bureau du RPR annonce, sans concertation des militants, la création d’une Union pour la Majorité Présidentielle (UMP), destinée à soutenir Jacques Chirac pour le second tour.

Les chansonniers des années 1970 ont ironisé sur ces changements d’étiquette : « Plus ça change, plus c’est la même chose ». Plus loin dans le temps, le sigle RPR désignait les croyants de la « Religion prétendue réformée », c’est-à-dire les protestants. La droite française ne dispose pas encore d’un parti traditionnel à l’image de ceux des autres démocraties occidentales. L’organisation d’élections primaires en est la première exigence. Ceux qui s’y opposent, sont des nostalgiques d’un bonapartisme qui n’est plus de mise dans une démocratie moderne. Il reste des zones d’ombre sur les modalités de ces élections primaires. N’en déplaise aux jacobins, ces élections primaires risquent fort de ressembler à un plébiscite bonapartiste.

Pour éviter cette dérive, il serait prudent de calquer ces élections primaires sur le modèle américain. Le parti démocrate américain envisage de modifier le calendrier des élections primaires. Le minuscule État du New Hampshire, qui est surnommé l’État granitique (Granite State), a l’honneur d’ouvrir la campagne électorale le premier mardi de février. Le bureau politique voudrait resserrer le calendrier en faisant entrer d’autres États à ce stade de la compétition pour lui donner une touche bigarrée. En effet, il est reproché d’accorder trop d’importance à cet État qui est composé essentiellement de blancs. L’adjonction de la Caroline du Nord, de l’Arizona et du Nouveau Mexique devrait assurer une mixité ethnique de la consultation.

Les caciques voudraient redresser un tort par une discrimination positive, mais ils passent à côté de l’essentiel. Bien que les élections primaires s’échelonnent jusqu’en été, de trop nombreux concurrents abandonnent la course à la présidence dès les premières semaines. Il en découle que la consultation des États en fin de liste est purement académique. La faute en incombe au « super Tuesday » placé au début de mars lorsque l’État de New York et la Californie sont consultés en même temps. Il faudrait que la consultation de ces deux Étatsclés de l’Union ne soit pas simultanée et que celle de la Californie clôture la campagne. Le bureau politique de l’UMP devrait s’inspirer de l’organisation du Tour de France cycliste. Jamais un Tour n’a commencé par les Pyrénées ou les Alpes. Dans le cadre d’élections primaires à la française, il faudrait commencer la consultation par des petites régions comme le Limousin et la Champagne.

A raison de deux régions par semaine, ces élections s’étaleraient sur une période de trois mois avec l’Ile-de-France en bonne dernière pour entretenir le suspense jusqu’à la fin. Il ne fait guère de doute que si les Français étaient consultés de façon intelligente, le taux de participation serait élevé. L’affiliation à un parti étant obligatoire pour ce type de consultation, c’est la démocratie qui en sortirait le grand vainqueur.

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(3) Commentaires

  • sas Répondre

    …rien à foutre de l’autre côté de l’atlantique…de même qu’au pied du mont sinaï….seule la gaule et son avenir me concerne en priorité…. comparaison n’est point raison… sas le frangin, que le cousin que le voisin…

    31/12/2005 à 17 h 28 min
  • davidmartin Répondre

    Rapellons qu’en 95, Balladur avait déjà émis cette idée afin de trancher entre lui et Chirac. Une bonne partie des maires de Gauche avaient alors dit qu’il était hors de question pour eux de prêter leur locaux pour des primaires de droite !!

    31/12/2005 à 13 h 13 min
  • paddy Répondre

    Tres bonne idée, helas nos énarques gouvernants sont républicains bonapartistes et pas démocrates! Les américains font une différence entre république et démocratie et je suis très pessimiste sur notre propre évolution.

    29/12/2005 à 18 h 46 min

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