Les Roms otages de la politique ?

Posté le août 29, 2010, 12:00
8 mins

Qu’a dit Benoît XVI lors de l’angélus du 22 août ? A la fin d’un beau texte consacré à la royauté de Marie, s’adressant à un groupe d’étudiants parisiens, il a déclaré dans la seule langue française : Les textes liturgiques de ce jour nous redisent que tous les hommes sont appelés au salut. C’est aussi une invitation à savoir accueillir les légitimes diversités humaines, à la suite de Jésus venu rassembler les hommes de toutes nations et de toutes races. »

Après quoi, il a ajouté, en s’adressant aux parents (et non pas aux autorités politiques) : « Chers parents, puissiez-vous éduquer vos enfants à la fraternité universelle. »

Que l’on soit d’accord ou pas avec les propos du pape concernant les Roms, ils méritent d’être examinés avec un peu plus de sérieux que ne l’a fait Alain Minc.

Dans Minute, l’abbé Guillaume de Tanoüarn, commente : « Il ne faudrait pas faire de quelques mots de Benoît XVI une prise de position dans la politique française. Ce n’est pas la coutume du Vatican d’agir de cette manière. En revanche, je crois que le Saint Père a voulu, de manière discrète, immédiatement amplifiée par le grand orchestre médiatique, donner un signe de sa solidarité envers les Roms, dont beaucoup sont chrétiens, fréquentant assidûment des pèlerinages comme Lourdes ou les Saintes-Marie-de-la-Mer en Camargue. »

Dans Famille Chrétienne du 23 août, Mgr Centène, évêque de Vannes, rappelle lui aussi : « Le rôle de l’Église n’est pas de prendre parti pour les associations ou pour le gouvernement. Ni angélisme, ni amalgame. Mais la récupération est inévitable dans le contexte actuel. Tout est blanc ou noir, et on peine à trouver des nuances… »

Sur le fond du dossier, l’abbé de Tanoüarn ajoute dans Minute : « Il me semble que les Roms, qui ne seraient pas plus de 15 000 dans notre pays (10 millions en Europe), ont été pris pour des boucs émissaires dans les rodomontades de la nouvelle politique sécuritaire du président Sarkozy. (…) On a pensé qu’il était plus facile, on a pensé qu’il était électoralement plus crédible de lancer, au niveau national, une campagne contre un groupe ultra-minoritaire, plutôt que de se donner l’air de stigmatiser le problème grenoblois mais aussi hexagonal de certaines cités, devenues des poudrières, en agitant de nouveau le kärscher comme un épouvantail. »

Le grand laissez passer européen

Pour Mgr Centène, « les autres catholiques pourraient s’inspirer des valeurs des Gens du voyage », qui, dit-il, « sentent que leurs valeurs sont attaquées par la société moderne. En particulier les valeurs relatives à la famille et à la communauté qui heurtent notre hyper individualisme. »

Ce disant, l’évêque de Vannes fait hélas preuve de cet angélisme qu’il condamne : comme le rappelle l’abbé de Tanoüarn, il existe « des difficultés réelles chez certains Roms : par exemple des trafics d’enfants et de la pédophilie (à Paris longtemps au vu et au su de tous autour de la gare du Nord). Il ne faudrait pas dire non plus que les Roms sont tous des petits saints et Sarkozy le grand Méchant. Ce serait parfaitement dérisoire. Il y a des problèmes partout dans une société française profondément désagrégée, qui amplifie le malaise là où il existe. Il ne faut pas se voiler les yeux… »

« Il est clair que les problèmes que posent certaines populations roms tout comme ceux que suscitent ici et là les jeunes des banlieues) proviennent du grand "laissez passer" proclamé au niveau européen, conclut l’abbé de Tanoüarn. C’est à cette politique générale qu’il faut s’attaquer, avant de susciter des remous en cherchant des alibis et en entrant maladroitement dans un seul des problèmes particuliers qui hantent notre dissociété actuelle. »

Rappelons à toutes fins utiles ce que dit de l’immigration le catéchisme de l’Eglise catholique :

« Les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de sécurité et des ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine. Les pouvoirs publics veilleront au respect du droit naturel qui place l’hôte sous la protection de ceux qui le reçoivent. Les autorités politiques peuvent en vue du bien commun dont elles ont la charge subordonner l’exercice du droit d’immigration à diverses conditions juridiques, notamment au respect des devoirs de migrants à l’égard du pays d’adoption. L’immigré est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays d’accueil, d’obéir à ses lois et de contribuer à ses charges. »

3 réponses à l'article : Les Roms otages de la politique ?

  1. Paul FLEURY

    03/09/2010

    Ces dernières 20 annnées, je me suis rendu bien des fois en Roumanie et j’ai constaté l’aversion des Roumains contre les Roms ( qu’il ne faut surtout pas confondre avec nos gens du voyage français). Lors de l’entrée de la Roumanie dans l’Europe j’ai rigolé amèrement avec des amis roumains car l’invasion de ces nomades, brigands en majorité, accompagnée de tout ce que ce pays pauvre comprenait de truands était inévitable. Quels avantages l’Europe a t’elle tirés de ce rattachement? Nos politiciens n’ont pas prévu ce que tout touriste européen a constaté sur place!

    Répondre
  2. ozone

    30/08/2010

    Peut étre que tous les hommes sont appelés au salut,mais ils ne sont pas tous oblgés a venir le chercher en France..

    Répondre
  3. IOSA

    30/08/2010

    Ce n’est pas la coutume du Vatican d’agir de cette manière. "

    Et en plus, c’est vrai, il n’y a qu’à se souvenir de l’omélie papale durant la guerre de 39/45…..pas un seul mot sur la déportation des juifs et des roms, ni d’ailleurs sur les homosexuels…..

    Par contre, dans les écoles catholiques, on apprends toujours aux enfants que le SIDA est le fait des homosexuels, non, non ne cherchez pas un livre le disant, les profs chrétiens s’en chargent.

    IOSA

    Répondre

Laisser un commentaire

  • (ne sera pas visible)