Les taux bas ne sont pas la solution, mais le problème !

Posté le septembre 29, 2015, 5:35
6 mins

Les performances de l’économie française seraient au moins aussi bonnes que celles de nos concurrents, si les entreprises n’y souffraient pas de charges et de contraintes spécifiques.

C’est aujourd’hui une affaire entendue. Tout le monde « parlant » est d’accord là-dessus, même François Hollande et Manuel Valls, à l’exception notable d’un petit carré où se retrouvent Martine Aubry et Jean-Luc Mélenchon. Souvent appuyés – hélas ! – par Marine Le Pen.

Mais qui n’est pas frappé par la langueur généralisée de l’activité économique mondiale, qui n’est même plus entraînée par la Chine ?

Cette situation n’a pas échappé aux observateurs professionnels.

Mais comment l’expliquent-ils ? Par des fariboles ! La plus sotte étant celle d’une faiblesse du progrès technique, alors que celui-ci explose littéralement. Et la plus archaïque étant celle de la destruction des emplois par ce progrès technique, toujours, au contraire, à la fois créateur et libérateur d’emplois…

L’explication par des raisons monétaires est parfois évoquée. Mais c’est aussitôt pour prôner des politiques encore plus laxistes.

Alors, examinons les résultats de cette volonté « d’aisance » monétaire, pratiquée partout dans le monde, depuis une quinzaine d’années, comme un seul homme, par quelque 200 banques centrales.

Il y a 12 ans, le taux légal d’intérêt était à plus de 12 % par an. Il est aujourd’hui à moins de 1 %. La situation générale est-elle meilleure ?

Il y a quatre ans, Jacques Bonhomme a obtenu un prêt immobilier à taux variable indexé, au-delà d’une partie fixe de 1,6 %, sur un indice dit « Euribor à trois mois ». À l’époque, ce dernier frôlait les 5 %. Il est aujourd’hui en dessous de 0 % ! Le marché de l’immobilier est-il en plein boom ou bien morose ?

Tout se passe comme si les politiciens préféraient les prix bas : aussi bien pour l’argent que pour le prix du pain ou du sac de riz. Mais quand a-t-on vu que les prix artificiellement bas créaient de la prospérité, même artificielle ? Ils découragent, au contraire, les producteurs et aboutissent à des situations de pénurie. Regardez donc, de ce point de vue, la situation, en France, des secteurs de la santé ou de la construction de logements bon marché…

Ce ne sont pas des prix bas qui encouragent l’activité, mais des prix justes ! De nature à équilibrer l’offre et la demande. Et cela vaut pour le prix de l’argent comme pour toute autre marchandise.

Très incidemment, j’entendais la di­rectrice de l’ENA dire ce qu’il con­viendrait de faire pour favoriser la création d’emplois dans les PME. Réponse : obliger les banques à prêter de l’argent plus facilement… Cette dame ne sait donc pas que ce n’est pas avec du crédit, mais avec de l’épargne, que se financent les entreprises nouvelles.

Ni Google (fondée en 1998), ni Apple (1976) n’ont été au départ financés par du crédit !

Comme disait Ronald Reagan à propos de l’État (en 1986), les taux d’intérêt bas ne sont pas la solution, mais le problème !

Cette opinion, pourtant classique, n’est actuellement pas orthodoxe. Mais quelle était la pensée dominante sur la question du poids de la dépense publique il y a 25 ans ? Sur celle de la dette publique il y a encore 15 ans ?

Tiens, tiens… Dépenses publiques laxistes, dette publique laxiste, politique monétaire laxiste… N’y a-t-il pas un fil conducteur ? Mais c’est bien sûr ! Dépenses publiques excessives, dette monstrueuse, gonflement de la masse monétaire, c’est toujours pour alimenter la sphère publique prioritairement et, depuis trois décennies, cette hypertrophie de la finance, qui stérilise une part exagérée des ressources disponibles et plonge le monde entier dans le malheur.

Très sage, le président Reagan était partisan de ré-indexer le dollar sur le cours de l’or.

Aujourd’hui, cette idée, si on veut s’en inspirer, doit être replacée dans notre contexte mondialisé. Un institut d’émission ne peut certainement plus faire cavalier seul. Et seule la force des réalités amènera les dirigeants politiques à changer de pied.

Qui ne voit que ce sont les forces du marché libre, alliées à la technologie, qui seules sont en mesure d’abattre les monopoles – celui de la Sécu comme celui des taxis ? Il en sera de même pour la monnaie. Un jour prochain, des citoyens, ici ou là, réclameront et obtiendront tout simplement leur droit naturel à pouvoir passer des contrats avec la référence de leur choix. Celle de l’or, par exemple. Et ce sera le début d’un séisme qui fera tomber ces instituts d’émission. Un peu comme le mur de Berlin. Et ce sera tant mieux !

11 réponses à l'article : Les taux bas ne sont pas la solution, mais le problème !

  1. quinctius cincinnatus

    01/10/2015

    prochaine faillite …

    l’ ENDETTEMENT d’ Altice atteint 45 … MILLIARDS d’ euros … heureusement pour lui que son carnassier propriétaire Patrick Drahi s’ est mis à l’ abris en Israël

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  2. quinctius cincinnatus

    30/09/2015

    l’ économie de production de masse et de consommation de masse ( l’ envie ) est artificielle puisqu’ y rentre un facteur qui n’ est pas  » naturel  » aux échanges de mains à mains : l’ emprunt , donc le crédit et ses intérêts … j’ ai un ami qui vit  » très bien  » ( et parfaitement heureux ) avec, tous comptes faits, environ 600 euros par mois , mais il ne fait JAMAIS appel au … crédit … pour cela il faut acheter ( et vendre ) au prix que vous jugez  » juste  » ( économiquement et moralement ) … ainsi en était il au Moyen-Âge ( relire l’ Histoire de l’ Angleterre ) … ceci n’ empêchant pas le … progrès

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  3. Jaures

    30/09/2015

    Comment attacher le moindre intérêt (c’est le cas de le dire) à un article qui s’appuie sur des sottises ?
    Le taux d’intérêt légal il y a 12 ans (2003) n’était pas à 12% mais à 3,29%.
    En Economie, il n’existe pas de « prix juste » mais un prix du marché, c’est à dire celui qu’un consommateur est prêt à s’acquitter pour acquérir un bien.
    Les taux d’intérêt ne sont en soi ni une solution, ni un problème. Si vous augmentez les taux en période de croissance atone, vous aggravez la situation car sans croissance, l’inflation reste basse et les ménages et entreprises peu enclins à investir.
    Enfin,la part du crédit bancaire en zone euro est prédominante dans le financement de l’Economie (80% des ANF privés). Aux Etats-Unis, les banques financent essentiellement les ménages, les entreprises se tournant plus vers les marchés financiers. Mais globalement, c’est bien le crédit qui finance l’Economie puisque celui-ci atteint 170% du PIB en zone euro et 230% aux Etats-Unis.
    Rien ne dit qu’un taux d’intérêt élevé correspond à un fort taux de croissance: en 1993, la croissance en France plafonnait à 1% avec des taux à plus de 10%. En 1999, le taux tombe à moins de 3,5% et la croissance explose à plus de 3,4%.
    Avant en Economie de dire « il faut faire ceci ou cela », il faut d’abord étudier le contexte et ne jamais oublier que ce qui fonctionne ailleurs ou a fonctionné autrefois peut s’avérer inopérant ici et maintenant.

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    • 02/10/2015

      Sur le taux légal d’intérêt en 2003, vous avez raison. Erreur de frappe…
      Mais je ne vois pas ce que cela change au raisonnement. Les taux ont beaucoup baissé. Et la croissance aussi…

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      • Jaures

        02/10/2015

        Pour la suite du raisonnement, lisez tout le commentaire. En 1993, il y avait des taux à 10% et 1% de croissance.
        Il ne sert à rien de parler d’un élément de l’Economie en l’isolant des autres. Le niveau des taux en soi n’est ni positif, ni négatif. Tout dépend de du contexte.

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  4. quinctius cincinnatus

    30/09/2015

    le problème voyez vous Monsieur Dumait c’ est que de l’ aveux même de son  » inventeur  » ( Paul Moritz Warburg ) la F.E.D. était dès son origine une Banque de … crédits où les entrées dans les livres comptables ne comprenaient que des valeurs qui … changeaient de mains

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  5. DESOYER

    30/09/2015

    Economiste de formation et ayant opéré aux Directions de la Prévision et du Trésor à Bercy, on m’a toujours dit qu’on ne pouvait utiliser un instrument de politique économique que pour un seul objectif.
    Ainsi, il est vain pour une Banque centrale de se battre à la fois pour tenir l’inflation et relancer l’économie. D’ailleurs, contrairement à la FED, cet état de fait est pris en compte dans les statuts de la BCE, statuts qui sont allègrement foulés aux pieds par Mario Draghi (dragueur) sous les applaudissements des lâches et incompétents « chefs d’Etat » (dont l’attaché de préfecture) européens.
    Si la BCE est donc dans son rôle dans la lutte contre l’inflation, elle sort de son rôle en voulant relancer la croissance par le biais de la quantitative easing, qui ne fait que créer une monnaie superfétatoire qui ne fera qu’appauvrir les pauvres.
    La relance de la croissance peut alors être l’objectif d’une politique de baisse d’impôts et charges, gagée par une baisse des dépenses publiques.
    Quel socialiste ou centre-droit mènera ce genre de politique?
    Encore une fois, lire mon livre « Economie ou socialisme: il faut choisir ».

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  6. quinctius cincinnatus

    30/09/2015

     » Laxiste  » ailleurs mais, en plus,  » Taxiste  » chez nous … On va finir tous …  » empaillés  » chez le … taxidermiste et … sur la paille

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  7. goufio

    30/09/2015

    Très bon monsieur Dumait.
    Voir mon article dans les 4V du 04-07-2012, « Les monnaies n’ont pas à être régulées ». Les zélites s’entêtent, la sortie sera terrible.
    Pour JAV, les taux d’intérêts faibles financent des investissements qui ne le seraient pas avec des taux d’intérêts libres, les prix de revient de nombreux investissements sont faussés et lorsque les taux d’intérêts seront plus hauts ces investissements disparaîtront car non viables et une nouvelle vague de chômage apparaîtra ainsi que des pertes importantes chez les prêteurs de capitaux.
    Les taux d’intérêt bas financent aussi les prix des actifs élevés (actions, immobilier, etc) qui rassureraient les investisseurs anglo-saxons et les détenteurs de fonds de pensions. Le taux de croissance après crise aux USA n’a jamais été aussi bas, même constat qu’Alain Dumait.
    Enfin, ces liquidités créées ex nihilo créeront de l’inflation mais plus tard, car le maintien des taux bas -politiques monétaires accommodantes = QE- dans des zones différentes retarde l’inflation voire pire. L’inflation se retrouvera donc dans les prix de biens et services, il y aura baisse du pouvoir d’achat de la monnaie. Nous sommes en quasi déflation (USA 0,3 % cf Janet Yelen le 17 septe 2015) actuellement pour cause de baisse des prix des hydrocarbures et des matières premières au niveau mondial. Nous assisteront bientôt à une invasion des produits chinois tous azimut ce qui provoquera de nouveau une hausse des prix des matières premières, hydrocarbures compris et entrainera une hausse des taux d’intérêt de la part des pays occidentaux pour attirer les capitaux chez eux, escomptant ainsi rendre les exports chinois plus chers en raréfiant les investissements occidentaux évalués à 4 500 milliards $ actuellement dans la zone Asie, mais le mal sera fait. Voila à quoi sert la manipulation des taux d’intérêts : fausser les prix pour des intérêts nationaux, mais aux effets dramatiques. Nous allons vivre une période de réajustement qui sera inusitée. La question est comment se préparer ?

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  8. jay

    30/09/2015

    Il est certain qu’une hausse des prix pousse les consommateurs à ne pas différer leurs achats. Et que la certitude d’une hausse des prix pousse à mettre en vente (même un peu cher) puisque la dérive à la hausse amène naturellement le prix du marché au prix fixé, au départ, par le vendeur.
    La perspective de prix à la hausse est une assurance pour l’entrepreneur, celle de trouver à l’avenir preneur au prix (nominal) prévu.
    Reste à savoir pourquoi le laxisme monétaire que nous vivons n’entraîne pas la baisse de la valeur de la monnaie. Un mystère, pour moi. Où vont toutes ces liquidités. Dans le gouffre sans fond des dépenses publiques?

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  9. 30/09/2015

    Voir sur « spiritualité,politique,économie.erlande.com: »Economie ,les principes premiers »-tous violés depuis 40 ans et plus;et sur internet:Jacques Rueff: »Le pêché monétaire de l’occident »-du néant habillé en monnaie-et « Saint Thomas d’Aqui et la monnaie »-« La monnaie est l’unique mesure en économie »-Quand elle est faussée,tout est faussé;notamment la partie: »sa productivité-de la monnaie-dans les contrats qui s’y rapportent:la question des taux d’intérêt.

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