Les élèves de terminale sans autonomie, ni culture, incapables de s'exprimer

Posté le juillet 05, 2010, 12:00
5 mins

Extraits éloquents du rapport de l’inspection académique au sujet de
l’enseignement de philosophie en France. Même atténuée par la langue de bois des rapports officiels, la peinture de la situation fait frémir :

 

Hétérogénéité

Parler d’hétérogénéité, aussi généralement, ici, c’est user d’un euphémisme pour dire que les élèves ne satisfont pas, globalement ou dans beaucoup de cas, aux critères scolaires admis. (…) Le partage se fait
d’abord entre les élèves qui se trouvent à l’aise dans l’abstraction, ou du moins ne sont pas déconcertés par elle, et les autres. Les premiers sont le plus souvent des élèves qui possèdent déjà
une culture historique ou littéraire ; les autres, parfaitement démunis de tout horizon un peu abstrait, malgré des études qui les ont tout de même
conduits en terminale,
sont tout-à-fait capables de faire de la philosophie, mais ne peuvent suivre d’emblée, avec quelque profit, un enseignement classique correspondant aux programmes
de terminale et aux exigences de l’examen.

Les deux problèmes fondamentaux de ces nouvelles (quoique déjà anciennes!) générations de lycéens,
sont ceux de l’écrit et de l’autonomie.

• Une insuffisante maîtrise de l’écrit a évidemment pour conséquence l’incapacité à produire un texte rédigé d’une certaine longueur et articulant des idées de façon cohérente. D’où, obstacle énorme à l’apprentissage de la
philosophie, l’incapacité à exprimer ses idées, et donc à en former. Les difficultés d’analyse ont pour écho des difficultés de synthèse.

L’inaptitude à l’autonomie, quant à elle, paraît un
obstacle insurmontable
. En effet, en son principe même, l’épreuve de dissertation fait appel à l’autonomie de l’élève, puisque, au lieu de demander à l’élève l’exécution d’une consigne
précise, dont il aurait appris en classe les éléments essentiels, on lui demande de dégager le problème même qu’il doit traiter et d’inventer la solution.

(…) Tous s’accordent à juger que le phénomène prend de
l’ampleur.

 

Comportements, attentes, demandes

On le sait et on le vérifie partout, les lycéens sont très demandeurs de philosophie et
d’enseignement, et assez conscients de leurs difficultés (même si cette conscience varie à proportion du coefficient de leur épreuve au baccalauréat : dans les séries technologiques les élèves
convertissent leur incapacité en indifférence ; mais il n’en va pas de même en série L, où la philosophie est fréquemment génératrice d’angoisse). En termes d’enseignement, on constate trop souvent qu’ils attendent beaucoup d’un illusoire enseignement de méthodologie, caricature d’un vrai guidage, que concèdent parfois des professeurs
désemparés.
(…)

 

La culture lacunaire des lycéens

Si l’on entend par culture la possession d’un fonds propre de savoirs et de références, quelque chose
d’antérieur ou, en tout cas, de plus radical que le savoir acquis à l’école, on peut avancer, sans crainte de se tromper, que la culture générale des
élèves se réduit à presque rien
. La culture de la plupart des élèves, aujourd’hui, n’est pas seulement lacunaire : on déplore très souvent
un désinvestissement profond à l’égard de toute parole organisée et développée, comme si c’était l’accès même à l’univers symbolique qui était affecté.

(…) Maintenant que le lycée est ouvert à une large partie de la jeunesse, nous sommes dans la
situation de relever un défi : le professeur de philosophie doit enseigner sans pouvoir espérer s’appuyer sur la moindre culture de ses
élèves,
il doit aussi (et c’est là le travail de tous, dans l’établissement) apprendre à nombre de ses élèves à lire et à se
construire une culture philosophique personnelle. Sans cela, il le sait, son enseignement ne peut prendre racine, et ce qui est
appris, voir su, ne saurait devenir un acquis.