Lettre ouverte à François Hollande à propos de son discours du 20 Décembre 2012 à Alger

Posté le 03 janvier , 2013, 3:16
12 mins

Monsieur le Président de la République,

Vous avez déclaré, lors de votre discours visé en marge : « Pendant 132 ans, l’Algérie a été soumise à un système profondément injuste et brutal. Ce système a un nom, c’est la colonisation, et je reconnais ici les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien. »

Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir, car la ville où vous vous trouviez, à ce moment précis, cette ville dont vous admiriez sûrement la somptuosité est l’œuvre des colons français qui l’ont construite de bout en bout et aimée comme ne l’aimeront jamais les Algériens qui l’habitent aujourd’hui, lesquels ont pu devenir des « Algériens » uniquement parce que la colonisation française a pris soin d’eux et leur a construit un beau et prestigieux pays là où il n’y avait que ruines, misère et désolation !

Donc, devant vos yeux se trouvait la preuve que l’œuvre des colons français n’était ni injuste, ni brutale, mais profondément humaniste, et dans cette ville d’Alger, les murs ont dû vous crier la vérité sur l’amour qui l’a bâtie ! Les constructions et réalisations françaises dans ce pays sont grandioses au point qu’aucun pays arabe ne pouvait prétendre, au moment de l’indépendance, rivaliser, en n’importe quel domaine, avec l’Algérie…

Examinons, l’un après l’autre, les qualificatifs manichéens dont vous avez affublé l’œuvre de nos ancêtres : « injuste » avez-vous déclaré. Vous ignorez peut-être que c’est le concert des nations européennes qui, à Londres en 1816, puis à Aix-la-Chapelle en 1818, incitèrent la France à détruire ce repaire de pirates et d’esclavagistes qui, depuis leur fief d’Alger, régence turque, infestaient la Méditerranée… Vous ignorez aussi les multiples tentatives européennes pour mettre un terme à ce honteux état de fait qui subsistait depuis des siècles ?…

Qui dois-je vous citer pour vous en convaincre ? L’Histoire des Berbères d’Ibn Khaldun (1390) ou bien Voltaire qui s’indignait de voir notre pays s’humilier humblement (déjà !) pour supplier les Barbaresques d’accepter des fortunes en échange de quelques-uns des milliers de Français qui subissaient, dans les bagnes, l’esclavagisme, un système profondément injuste et brutal (et c’est un euphémisme !).

La délivrance de 35 000 esclaves européens – dans quel état ! – dont plus de 3 000 Français, n’était-elle pas une raison suffisante pour justifier l’intervention française et le débarquement de nos troupes à Sidi Ferruch ?

Qu’ont découvert les Français sur cette terre de désolation ? Des êtres humains plongés dans une stagnation et une misère indescriptibles ! Les Français eurent beaucoup de mal à les faire sortir, lentement et progressivement, de cette lamentable situation et, bien évidemment, nos vaillants soldats durent, aussi, faire face à de multiples interventions pacificatrices lors de soulèvements tribaux…

Par piété familiale, j’accorderai une attention particulière au Maréchal Bugeaud, dont mon aïeul était officier d’ordonnance, car grâce à la perspicacité et à la ténacité de celui-ci, des milliers d’hommes ont alors cessé d’être à la merci de razzias, de pillages, d’exactions de toutes natures… Les soldats-laboureurs de Bugeaud ont fait disparaître le spectre de la famine pour une population, de plus en plus nombreuse, qui voyait avec bonheur ce pays, jadis indigent et désertique, se couvrir de cultures vivrières…

Je pense que vous ne pouvez pas ignorer tout cela et j’en viens à votre second qualificatif : « brutal », qui m’affecte profondément car rien n’est plus attristant que celui qui éprouve, envers sa propre famille, des sentiments de mépris, d’hostilité, voire de haine, et lorsqu’une telle attitude est celle d’un Chef d’Etat, elle est aussi abjecte qu’inadmissible ! Ainsi, vos ancêtres et les miens n’auraient fait preuve que de brutalité, et ce, de père en fils, durant 132 ans ?

C’est pourtant bien ce que vous avez exprimé par votre discours du 20 décembre à Alger car, en quelque sorte, vous affirmiez, publiquement, le plus odieux des mensonges : « Nous les Français, nous sommes des envahisseurs, brutaux et injustes, et nous avons perpétré, sur des innocents opprimés, des massacres… »… Et vous avez fait cette déclaration inique devant des terroristes ayant massacré, depuis le début de la guerre d’Algérie, « des civils désarmés et innocents, et, de ce fait, s’étant placés, eux-mêmes en dehors de l’Humanité » ! (Je cite là votre discours sur le terrorisme !).

Dois-je vous remémorer, Monsieur le Président de la République, ce qui s’est passé à l’indépendance, cette curée envers tout ce qui était français ou pro-français – et je n’évoque pas seulement les « Européens », mais tous les Musulmans, qu’ils aient été élus de la nation française, ou soldats engagés pour défendre la France ? De l’aveu même de votre homologue algérien, des douars, des mechtas, vieillards, femmes et enfants compris, ont été entièrement et effroyablement massacrés, parce qu’un seul Harki s’y était réfugié !!! Certains historiens chiffrent ces malheureuses victimes à 150 000, mais jamais nous ne saurons la vérité sur cette sanglante, et ô combien brutale, épuration !

Est-ce cela que vous appelez « lucidité » ? Evidemment, il y a eu Sétif, Guelma, et Kherrata, nul ne le nie… Mais vous vous êtes bien gardé de préciser qu’en ces lieux, il s’agissait d’une répression, certes aveugle et disproportionnée, mais justifiée par le fait que la France avait été attaquée au travers de centaines de ses citoyens innocents, atrocement massacrés… Et vous avez poursuivi en disant que la France avait manqué, le 8 mai 1945, à ses valeurs universelles… La France ?… Comment pouvez-vous être aussi ambigu ? Votre discours du 20 décembre, c’est bien vous qui l’avez prononcé, et non la France qui, depuis des mois, vous crie : NON A LA REPENTANCE ! La répression des massacres de Sétif et Guelma, ce n’est pas la France qui l’a ordonnée, mais bien celui qui a toujours fait couler le sang, français de préférence, et là il fallait nommer clairement l’ordonnateur de cette répression, le Président du Conseil de l’époque : Charles De Gaulle, aussi responsable de la répression aveugle de Sétif que de l’Epuration en France !

Peut-on humilier davantage le pays dont on est le représentant ? Oui, et c’est une performance que vous aviez déjà accomplie, avant de prononcer ce discours calamiteux, en rendant hommage à Maurice Audin, coupable de haute trahison envers la France, traître à son pays en temps de guerre ! A-t-on jamais vu le chef d’un Etat rendre hommage à un compatriote ayant collaboré avec l’ennemi, contre son propre pays en guerre ? Combien de soldats français ont trouvé la mort dans ce conflit par la faute de M. Audin et de ses semblables ? Même les pires dictateurs n’ont jamais agi de cette manière … Ah ! Oui… Les valeurs universelles de la France ont été bien malmenées, en Algérie, les 19 et 20 décembre 2012, et, malheureusement, par celui qui est censé la représenter, défendre sa dignité et son honneur, mais qui n’a cessé de l’abaisser, de la flétrir et de la souiller…

Vous avez cité des écrivains algériens dont nous ne désavouons pas le talent, mais vous avez, sciemment, oublié le plus célèbre, le plus doué d’entre eux, celui qui rafle tous les prix littéraires à l’heure actuelle, celui dont les qualités de narrateur n’ont qu’un seul défaut : exprimer la vérité ! Alors, juste pour vous rafraîchir la mémoire, j’invoquerai Boualem Sansal, avec lequel je fraternise depuis longtemps, celui qui affirme à notre déléguée générale Anne Cazal, dont il est très proche : « Tu es plus Algérienne que tous ceux qui vivent dans ce pays ! »… Celui qui a osé écrire, et ce sera ma conclusion : « Quarante ans est un temps honnête, ce nous semble, pour reconnaître que ces foutus colons ont plus chéri cette terre que nous qui sommes ses enfants ! »

En vous remerciant de bien vouloir prendre en considération les termes pesés du présent courrier,

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression du respect que je dois à votre haute fonction.

Jean-Marie Avelin,

Président de Veritas, Comité national pour le rétablissement de la vérité historique sur l’Algérie française

Courrier des lecteurs des 4 Vérités Hebdo

17 Commentaires sur : Lettre ouverte à François Hollande à propos de son discours du 20 Décembre 2012 à Alger

  1. said

    19 octobre 2015

    Ca fait quand même plus de 60 ans , et la FRANCE n’ a jamais pense de faire un geste pour cette ville martyre (implanté des projets pour les jeunes et ,chômeurs -après fermeture de l’ usine de coton ) . un oued- zamien

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  2. Magne

    8 janvier 2013

    Au Maroc un édifice a été érigé à OUED ZEM le 20 août 2005 en hommage à la ville martyre et aux martyrs ( les martyrs sont les Marocains bien entendu , les autres ils n’avaient pas à être – là ) .
    Le Maroc honore ses morts ( ce qui est légitime ) , mais il ne demande rien à la France , il fait preuve de dignité , de retenue .
    Gageons qu’un jour ou l’autre une Association française subventionnée par des fonds publics demandera à la France de reconnaître le massacre de OUED ZEM et qu’une ville progressiste ( il y a des progressistes à droite comme à gauche ) inaugurera une rue ” Aux Martyrs d’Oued Zem ” et qu’un film anticolonialiste , anti – raciste et contre la xénophobie verra le jour avec quelques deniers publics .
    Le jour même où MERAH perpétrait ses horribles forfaits la ville rose ( Toulouse ) débaptisait le Pont Bayard pour l’appeler du nom de Pont du 19 mars 1962 , date qui est en rapport avec la guérilla algérienne du siècle dernier , date contestée , depuis 50 ans ,( cf les archives ) par l’ensemble des Français qui habitaient à l’époque ces Territoires et départements .

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  3. Magne

    5 janvier 2013

    Dans la même veine : Allahu Akbar .

    20 AOÛT 1955 : MASSACRES À OUED ZEM ( Maroc )

    20 AOÛT 1955 : MASSACRES À OUED ZEM

    En 1955, des révoltes éclatent en plusieurs points du Maroc. Le film « Le Capitaine Cassou » évoque celle d’Imouzzer Marmoucha. On y entend l’explication d’un des responsables marocains, Mohammed Oukassou.

    Mais les événements les plus meurtriers se déroulèrent à Oued Zem où (sources variables) plusieurs dizaines de Français (70 ? 100 ?) et plusieurs centaines de Marocains (200 ? 400 ?) ont perdu la vie.

    Sur cette page, il sera intéressant de lire le récit du Dr Serre, appelé quelques jours après les événements pour relancer l’activité de l’hôpital où tout le personnel soignant avait été massacré, ainsi que plusieurs patients.

    Je remercie Mme Jacqueline Serre, veuve du médecin, qui m’a confié ce document.

    Par ailleurs, vous pouvez visionner sur :

    in http://petitparis.ifrance.com/20Aout1955.htm
    un autre récit des événements, malheureusement assez embrouillé.

    http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&id_notice=AFE85006323
    le film paru aux actualités françaises

    LES MASSACRES D’OUED ZEM
    par le Dr Serre
    (inédit)

    A Oued Zem une ruée sauvage, une xénophobie soudaine déferle sur la ville qui ne disposait pour se défendre que de quelques gendarmes, d’une maigre compagnie de réservistes et des moghaznis du caïd et du contrôleur civil. Sous l’énorme poussée , la moitié est de la ville fut envahie. Les émeutiers incendièrent les maisons de Européens, tuèrent leurs habitants et détruisirent en partie l’hôpital après avoir massacré les hospitalisés européens et le personnel soignant. Les gendarmes réussirent, avec l’aide des survivants, à arrêter les émeutiers au milieu de la vile, où ils tinrent jusqu’à l’arrivée des secours.

    Aux mines de fer d’Aït Amar, les ingénieurs, les ouvriers et leurs familles ne disposaient d’aucune protection, aussi leur sort fut-il bien pire. Seuls quelques rescapés purent se réfugier dans le bâtiment administratif où ils soutinrent, avec des moyens de fortune et des explosifs qu’ils fabriquèrent eux-mêmes, un siège de près de trente-six heures.

    Un bataillon de la Légion arriva heureusement l’après-midi à Oued Zem, mais seulement le lendemain à Aït Amar.

    Cent morts Européens environ (il n’y eut pratiquement pas de blessés européens), sans doute plus de morts marocains, tel fut le bilan de cette journée.

    J’étais en congé en France. Un télégramme me rappela d’urgence au Maroc, pour succéder, comme médecin-chef du territoire et de l’hôpital d’Oued Zem, au docteur Fichbacher, assassiné au cours des émeutes.

    Comme je traversais le Mont Dore dans une voiture immatriculée MA, un petit bourgeois chafouin, en chapeau mou, leva sa canne dans ma direction en criant : « Sale colonialiste ! »

    Je partis seul le lendemain, par avion.

    ***

    Quel serrement de cœur à la vue de ce pauvre pays, un mois plus tôt encore si vivant ! Une route déserte, jalonnée de poteaux télégraphiques dépouillés de leurs fils et de leurs isolants, parfois même coupés à ras, sur des kilomètres, et de temps à autre des carcasses d’automobiles calcinées, basculées dans le fossé. A chaque pas, quelque chose rappelait les événements terribles qui venaient de se produire.

    A l’approche des lieux où les atrocités avaient été commises, une véritable angoisse m’étreignait, car il faudrait y vivre, s’intégrer à nouveau au pays, toucher du doigt ces plaies béantes et contribuer à les panser. Comment allais-je réagir ?

    (…)

    Jusqu’au croisement de la route de Camp Marchand à Fquih Ben Salah, tout ce qui a appartenu aux Européens est saccagé et brûlé. Partout des ouvertures béantes, noires de suie, des toits défoncés, des poutres calcinées et dans les cours, des tas d’objets informes, épaves de la vie quotidienne. Nous avancions lentement, à pas feutrés, entre ces murs noircis et ces plâtras, retenant notre souffle, recueillis comme dans la chambre d’un mort.

    Celui qui m’accompagne m’explique en détail le drame horrible de chacune de ces maisons. Qu’il se taise, et que arrivions enfin à l’hôpital !

    Là, rien n’a été touché depuis l’enlèvement des cadavres. Des carcasses d’automobiles aux tôles tordues, dont celle d’une ambulance, gisent au pied des grands murs et un peu plus loin, au bas du perron, s’entasse, brisé, informe, le matériel hospitalier jeté par les portes et les fenêtres.

    A l’intérieur, le spectacle est pire. Des services techniques et généraux, il ne reste rien. Radio, climatiseur, stérilisateur, microscopes, tout a été détruit. Quand le feu a été insuffisant, la hache et la massue ont achevé le travail. Dans la cour intérieure, encore deux carcasses d’automobiles renversées et incendiées, et pour que rien ne subsiste, non seulement les fleurs avaient été coupés, mais les pigeons du médecin-chef avaient été égorgés ! Il fallait effacer toute trace des Roumis, par le fer et par le feu !

    Pourquoi cette destruction d’un hôpital qui servait principalement aux Marocains, et où deux cents d’entre eux, en moyenne, se pressaient chaque jour ? Je ne comprends plus. J’avance, comme un somnambule, dans un monde qui n’est plus le mien, celui de la folie destructrice et sanguinaire, celui de la volupté d’anéantir… Tout ce que je vois est incompréhensible, illogique, hors des normes humaines.

    Avec un infirmier, nous arrivons devant une porte trouée de balles.

    – C’est là, me dit-il, dans ce bureau, qu’en compagnie des la plupart des infirmiers de l’hôpital, Français et Marocains mêlés, j’ai vécu les heures sanglantes. Cinq heures qui m’ont paru un siècle ! Nous avions transporté le corps du médecin-chef. Trois femmes se tenaient debout dans l’angle, cachées par cette armoire métallique. Ah, elles se faisaient petites, les malheureuses ! Pendant cinq heures, nous avons entendu des hurlements, des cris de haine, les youyous, le crépitement des balles, les coups de masse contre les cloisons, les supplications des malheureux qu’on égorgait à quelques mètres de nous, le grondement de l’émeute, tandis que nous nous savions à sa merci. La chaleur était étouffante, car tout brûlait autour de nous, la fumlée s’infiltrait par le plus petit orifice, et nous nous disions que dans quelques minutes, ce serait notre tour… Par quel miracle avons-nous été épargnés ? Nul ne le saura. Mais quand nous entendîmes le crépitement d’une mitrailleuse, puis de deux, puis de trois, à une cadence de plus en plus nourrie, en même temps que des éclatements de grenades, nous comprîmes que quelque chose venait de changer, et chacun d’entre nous, dans son for intérieur, fit une prière d’action de grâce.

    Il faut tout dire. Il y avait des malades dans cet hôpital. Il était archi-comble. Dans les chambres des malades européens, hommes, femmes et enfants, à la vue du sang coagulé sous leur lit à la verticale de la tête, on comprenait que là, le comble de l’atrocité avait été atteint.

    Comment devant un tel spectacle échapper à l’émotion et à un sentiment de révolte ? On eut dit que tout s’écroulait autour de moi. C’était pour en arriver là que depuis vingt-cinq ans j’avais travaillé et ruiné ma santé, dans ce pays que j’avais tant aimé ? Pour en venir à contempler, à la fin, ce tableau d’une haine injustifiée, d’une xénophobie folle, inhumaine, qui réussissait à détruire jusqu’à la trace des bienfaits. Vingt-cinq ans consacrés à soigner, à aider ceux qui avaient commis ces crimes ! Où était ce grand rêve d’interpénétration, de fusion de deux peuples ? Il fallait fuir, fuir très loin, où rien ne me rappelle le Maroc et mon passé, puisque tout ce que j’avais aimé, tout ce pourquoi j’avais lutté était anéanti, puisque j’avais travaillé toute ma vie pour une œuvre vaine.

    ***

    Mais l’administration avait entrepris un travail de reconstruction. Manquer de courage, ne pas surmonter sa rancœur et son désespoir, alors que tant d’autres s’étaient dominés et avaient repris la lutte, eut été pire qu’une lâcheté.

    Nous nous installâmes au sanatorium pour soigner des blessés, d’ailleurs émeutiers pour la plupart.

    Recommencer, oublier ce carnage, rester médecin, revoir les Marocains avec les mêmes yeux que jadis, retrouver leur confiance, si possible leur amitié, et donner la mienne sans restriction, c’était mon devoir. C’était vers cela que tout ce passé, que j’avais cru détruit, me poussait avec une force invincible et si une vision atroce avait pu, un instant, le masquer, tout mon être le désirait.

    A l’hôpital tous m’aidèrent, firent équipe pour aller de l’avant. Je finis par trouver mieux que des assistants, mieux que des collaborateurs : nous finîmes par former une famille unie par les liens d’une sympathie et d’une affection véritable. De temps en temps, nous nous réunissions le soir. Tantôt nous écoutions de la musique, tantôt c’était un dîner improvisé où les boîtes de conserve étaient reines… Ainsi, peu à peu, s’estompèrent les heures noires et, dans notre sphère, Français et Marocains, à nouveau réunis, nous rebâtissions…

    Notre première hospitalisée fut une mère de famille nombreuse, transportée chez nous presque clandestinement, entre chien et loup, à la sauvette, « simplement pour que je la voie »… Nous la gardâmes deux mois. Ses enfants, son mari, des parents vinrent la visiter. Tous paraissaient de braves gens, et le contact de cette famille marocaine unie qui ne manifestait que des sentiments simples et humains nous fit un bien immense. Auprès d’eux nous oubliions les émeutiers du vingt août.

    Avec le temps, du côté marocain, petit à petit, la confiance en nos soins revenait. Les appels se faisaient de plus en plus fréquents.Lorsque j’allais dans le bled, je partais en jeep, accompagné seulement de celui qui était venu me chercher. Quelle que fût l’heure du jour ou de la nuit, je ne fus jamais inquiété. Chez le malade, l’accueil était le même qu’autrefois, la conversation aussi libre, le verre de thé aussi généreusement offert, et bientôt ceux qu’il était utile d’hospitaliser acceptèrent l’hospitalisation sans résistance.

    En trois mois les salles se remplirent, tandis que la moyenne journalière des consultants passait de dix en octobre à deux cents cinquante en mars, et ce fut à nouveau la grande presse des jours de souk…

    Bien sûr, dans cette période de transition, certains se faisaient une idée assez baroque de l’indépendance à venir… Un énergumène exigea de choisir lui-même sa piqûre. Comme il avait désigné une ampoule d’hyposulfite de soude, je décidai de laisser l’expérience se poursuivre.

    – Arrête ! Arrête ! Tu me fais mourir ! Tu me brûles !

    – Ne me reproche rien, c’est toi qui as choisi…

    ***

    Les conversations avec les Marocains devenaient un peu plus faciles chaque jour, mais par prudence, nous évitions toute allusion aux événements récents. Les plaies étaient trop fraîches. Cependant, parfois, malgré nous, l’obsession revenait, et un mot, une phrase nous ramenait au vingt août…

    Pourquoi donc cette émeute sanglante s’était-elle produite ?

    Avec le recul, et avec tout ce qu’il faut possible d’apprendre de part et d’autre, on put reconstituer le drame.

    Depuis quinze jours, des émissaires venus des grandes villes répandaient dans la ville leur bonne parole. Le vingt août serait dans tout le Maroc le jour du grand soulèvement, disaient-ils. Oued Zem ne pouvait pas rester spectatrice !

    Des propagandistes visitèrent les tribus environnantes, afin de rassembler ce jour-là le plus de monde possible à Oued-Zem. Ils dirent aux fellahs que tout bon Marocain devait s’y rendre, qu’il pouvait être dangereux de s’abstenir. Aussi, le vingt août, ce fut une ruée des campagne vers la ville. Lequel d’entre eux aurait pu deviner ce qui allait des passer ? Ils allaient au « raout », rassemblement où l’on crierait.

    Et dans cette foule où chacun, par crainte de passer pour tiède, cherche à paraître plus violent que les autres, les mots exercent leur magie, et plus ils sont durs, plus ils portent. Aux quatre coins de la ville, les meneurs haranguent, et disent l’infâmie pour une terre d’Islam de tolérer les Chrétiens… « Le jour de la grande purification est venu, disent-ils, celui de leur extermination. On va aujourd’hui reconnaître les vrais musulmans ! » Qui oserait rester passif ? Les poignards sont brandis, les canons des fusils se lèvent… « On saura bien démasquer les félons qui ont partie liée avec les chrétiens, poursuivent les orateurs. D’eux aussi nous purifierons notre sol ! » La force aveugle est alors déchaînée. La foule compacte, surexcitée, est grisée de mots qui ne permettent plus de reculer.Premiers cris des victimes, vue du sang, ronflement des incendies. Il est si facile de tuer et de détruire. Seul le premier pas coûte. Peut-être, après tout, est-il bien de massacrer les chrétiens puisqu’on le proclame ? Peut-être gagne-t-on ainsi le ciel ? Et l’on massacre.

    – Oh, Ahmed, toi qui étais toujours avec les Chrétiens et leur léchais les bottes, ton compte est bon. Tu as beau t’égosiller avec nous, ce soir ta gorge sera comme celle d’un mouton le jour de l’Aïd !

    Et Ahmed, fou de terreur, saisit ce petit Français, son voisin, qui essayait de fuir, qu’il aurait pu sauver, et l’égorge.

    – Au nom de Dieu, dit-il en levant son poignard, regarde comme je les aime, les Chrétiens !

    La veille, ou le lendemain, Ahmed se serait peut-être fait tuer pour protéger sa victime…

    On a été étonné de trouver à la tête des bandes, vociférant plus que les autres, des Marocains ou des Marocaines dont les relations avec les Français étaient les plus cordiales. Ne parlez pas de perfidie, ni de trahison. L’explication, c’est la peur, poussée à son paroxysme. Qui n’a pas été lâche une fois dans sa vie ?

    Un jour, les policiers amenèrent un fellah d’une quarantaine d’années, sur qui pesaient les plus graves soupçons. Accusé de l’assassinat d’une famille, dénoncé, sur le point d’être pris, il s’était jeté dans un puits. Il avait une fracture du rachis et fut immobilisé trois mois et demi dans une coquille.

    – Ce type a tué plusieurs Français, m’affirma le commissaire.Il nous tarde que vous le fassiez sortir de l’hôpital.

    Etait-ce possible ? Il avait une physionomie placide et débonnaire, et tout son comportement respirait le brave homme.

    Les mois passèrent, les policiers partirent, et du jour au lendemain, les terroristes devinrent des héros, les victimes des martyrs. Le fracturé du rachis se leva, et s’en alla bientôt dans sa famille. Nous le perdîmes de vue. Peu de jours avant mon départ définitif, on m’avertit qu’il voulait me parler. Il s’avança appuyé sur deux cannes.

    – Je veux te remercier, dit-il. C’est grâce à toi si je suis encore vivant. Tu sais, on a quelquefois dans sa vie un jour de folie, mais Dieu est grand, c’est Lui qui nous juge.

    La phrase de ce fellah m’éclairait plus sur le drame d’Oued Zem que les enquêtes ou rapports que j’avais pu lire ou entendre. Le jour de folie, le jour où l’on tue, où toutes les forces du mal sont déchaînées, où l’on ne sait plus ce qu’on fait.

    Les responsables, les vrais, ce sont ceux qui ont rassemblé cette foule, lancé des mots d’ordre, qui l’ont haranguée, excitée, sachant qu’ une foule déchaînée est capable de tout.

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  4. Banro

    4 janvier 2013

    Il faudrait publier cet article sur Twitter à l’intention de Valérie T. qui ne manquera pas de le commenter à son anormal 1er !

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  5. poulet

    4 janvier 2013

    Il y aura toujours des pour et des contre car on ne peut pas réécrire l’histoire , mais si les choses ont été ce qu’elles ont été c’est que, dans le contexte de l’époque ,elles ne pouvaient pas être autrement . Il serait temps de tourner la page !

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  6. HansImSchnoggeLoch

    4 janvier 2013

    L’histoire de A…Z revue par AZ!
    Le passé est docile, ilniavéqua, onorèdu, porqué, etc…

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    • quinctius cincinnatus

      4 janvier 2013

      boy-cott :

      ne répondez plus à Pol Pot

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  7. mauvaisedent

    4 janvier 2013

    cinéma, cinéma, cinéma. Holande en a rien à foutre de l’Algérie ni de la France, il nous diride tout droit vers le nouveau ordre mondial. Et en attendant ce grand chambardement souhaité par tous ces détraqués qui nous dirident il meuble espace temps.

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  8. AZ

    4 janvier 2013

    L’existence de la course barbaresque et de l’esclavage, c’est du bidon ! C’est un prétexte inventé après coup pour justifier le méfait que fut la conquête de l’Algérie. En effet,

    1. Les Européens auraient pu mettre fin depuis belle lurette, à la course, si elle les gênait autant que vous le prétendez. Ne serait-ce – au minimum – depuis le traité de Passarowitz, en 1718, qui consacra un affaiblissement grave (et irréversible) de l’empire ottoman et ouvrit un 18e siècle sans guerres longues pour les Européens, qui leur donnait les moyens de se consacrer à cette tâche.

    2. L’expédition d’Alger aurait pu se dérouler en coopération militaire (comme la guerre de la Sainte Ligue, en 1683-1699, ou la guerre anglo-franco-russo-turque qui vit aboutit à la bataille de Navarin et à l’indépendance grecque). Au demeurant, les Britanniques avaient, à de multiples reprises, proposé cette opération commune, ce que refusèrent toujours les Français.

    3. L’opération ne nécessitait pas une conquête de l’hinterland de 42 ans. Elle pouvait se contenter de raids sévères, à l’instar de ceux de Duquesne contre Alger et contre Chios en 1681. [C’était amputer une jambe pour soigner un ongle incarné].

    – En réalité, la prédation de l’Algérie par la France ne fut que la conséquence d’une vulgaire rivalité impérialiste avec l’Angleterre. Comme la quasi totalité des expéditions des chrétiens outre-mer (croisades, colonisation de l’Afrique ou de l’Indochine), derrière les grands mots (civilisation, honneur, liberté, chrétienté…), elle eut des motifs prosaïques ou sordides.

    – Si la France n’était pas allée en Algérie, jamais les Algériens n’auraient été enrôlés, en 1870, en 1914 ou en 1939, pour se faire tuer pour des conflits qui ne les concernaient pas. Que diriez-vous si la Chine obligeait de jeunes Français à se faire tuer pour récupérer Taïwan ?

    – Bugeaud, avec Lamoricière, Changarnier et tous ses comparses, a commencé par ravager le pays par ses razzias, ses destructions de récoltes, ses déplacements de populations, ses enfumades, qui ont coûté 875 000 morts aux Algériens (sur 3 millions d’habitants).

    – La répression de Sétif et Guelma n’a pas été le fait que de la gendarmerie et de l’armée, mais aussi des colons, qui ont procédé eux aussi à des exécutions sommaires et à des tueries. [Ce qui n’était que dans la droite ligne de leur attitude depuis le rejet des très modestes accords Blum-Violette].

    – La colonisation de l’Algérie n’a pas été seulement injuste et brutale, elle a aussi été ignoble. Le Code de l’Indigénat et le Travail forcé ont fait des Algériens des hilotes ou des serfs sur leur propres terres, et ce jusqu’au bout. En 1955, 85 % des musulmans étaient illettrés et le revenu d’un musulman était le quart de celui d’un Européen.

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    • JEAN PN

      4 janvier 2013

      AZ: Tu es un islamiste de mauvaise foi !
      Et puis depuis que les pieds noirs sont partis vous n’avez plus rien à manger en Algérie. La preuve, vous venez tous ici faire la mendicité pour survivre !!!

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      • quinctius cincinnatus

        5 janvier 2013

        Ne répondez plus à @ A.Z. qui n’est pas un ” islamiste ” mais un fidèle de Pol Pot
        zappez le ! puisque les ” 4 V² ” ne veulent pas l’effacer du site pour des raisons morales et sans doute démocratiques de la liberté d’expression même si ses textes ne sont que louanges des crimes des ” opprimés “;
        il est évident que personne ne pourrait tenir des propos pro-shoah sur un site ” démocratique ” , sur celui des ” 4V²” ” vous pouvez insulter les morts innocents pourvu qu’ils soient français

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  9. JEAN PN

    4 janvier 2013

    Hollande oublie que les Algériens le sont tout simplement parce qu’il y a eu les Pieds Noirs. Sans nous, il n’existeraient pas ! Sans nous, l’Algérie n’existerait pas ! Sans nous, les barbares attaqueraient encore les bâteaux en méditerranée et les blancs seraient encore rendus à l’esclavage ! Grâce à nous, Hollande a pu dormir dans des bâtiments construits en dur et non sous une tente à la merci des serpents et des scorpions !!!……..

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  10. jewdocha

    3 janvier 2013

    Ce n’est pas salir le général que de dire la vérité. Et c’est dommage que l’auteur n’ait pas précisé que les massacres dont ont été victimes européens et algériens fidèles à la France l’ont été avec la complicité du même général qui en porte toute la responsabilité et que beaucoup de patriotes ne lui pardonnerons jamais.

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  11. 3 janvier 2013

    Nombreux sont les algériens qui regrettent la présence française en Algérie. Il n’y a qu’à lire les déclarations de notables algériens pour s’en persuader. Ce qu’a apporté la France en Algérie, ce n’est pas que la guerre, loin s’en faut. Mais nos gouvernants font table rase du passé, de l’histoire, et ignore tout le côté positif de notre présence sur cette terre.L’ Algérie qui était frappée par le paludisme, avec aucune ou très peu de ressources, de structures, ne doit son bien être que grâce à la vaillance des Pieds Noirs (j’en suis un). Alors la repentance présidentielle, cela suffit.

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  12. Prudhomme

    3 janvier 2013

    D’accord sur 95% mais vous ne devez pas en profiter pour salir le général de Gaulle car lui :il fût la France….

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    • quinctius cincinnatus

      4 janvier 2013

      ce fut AUSSI et SURTOUT un OPPORTUNISTE
      son rêve était d’être le leader de la troisième voie
      hélas pour lui , malgré la traitrise algérienne , il fut coiffé sur le fil par Soekarno

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