Lu dans la presse

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Remaniement à retardement

A peine sortie de la tragi-comédie des retraites – provisoirement, puisque la faiblesse de la réforme votée n’évitera pas de remettre le sujet sur le tapis dans quelques années – la France politique et médiatique retrouve où elle l’avait laissée, ou peu s’en faut, la tragi-comédie du remaniement.

Qui sera la prochaine potiche de Matignon ? Borloo, qui s’y verrait bien ? Fillon, qui apprend à la fois aux Français qu’il a un cap et qu’il souhaite le maintenir ? Baroin-le-jeune, qui enverrait bien ses anciens à la retraite anticipée ?

Le président de la République laisse planer le doute depuis qu’il a lui-même annoncé, au mois de mars, un remaniement toujours reporté (début juillet déjà, Le Figaro titrait : « Sarkozy fera tomber des têtes à l’automne »…).

Dans Les Echos du 4 novembre, Favilla s’interroge : « Il faut bien avouer que l’on n’a toujours pas compris pourquoi le président, contrairement à tous ses prédécesseurs, avait cru bon d’annoncer ce changement six mois à l’avance. Etait-ce pour faire montre le suspense, comme en amour les préliminaires font monter le désir ? »

Ce jeu dangereux a pour résultat de provoquer une foire d’empoigne au sein même du gouvernement, comme en témoignent les propos dénués d’aménité que François Fillon a tenus le 3 novembre sur Jean-Louis Borloo et ses amis. S’exprimant devant un parterre d’ingénieurs et de scientifiques, rapporte Le Monde du 5 novembre, le premier ministre a défendu la réforme des retraites et répondu aux partisans d’un « virage social » qu’incarnerait Borloo : « Au cours des dernières semaines, les accents de certains sur l’importance du dialogue social n’étaient que le paravent de l’immobilisme. » Il n’est pas difficile de suivre son regard.


La position ambiguë de Nicolas Sarkozy

Sylvie Pierre-Brossolette, du Point, n’hésite pas à parler de « cauchemar » : « Alors que le remaniement est prévu pour la deuxième quinzaine de novembre, probablement dans la semaine du 22, les pistes sont de plus en plus brouillées. Et l’issue est forcément délétère », écrit-elle. « S’étant démasqué, sans doute à la demande du Président, François Fillon serait maintenant terriblement humilié s’il n’était pas reconduit. Et le ministre d’État [Borloo], s’il n’était finalement pas choisi après avoir reçu les encouragements publics de deux conseillers éminents de l’Elysée – Claude Guéant et Raymond Soubie –, en concevrait une évidente amertume. Le bal des prétendants, après avoir été une longue farce, tourne au cauchemar pour tous. »

Pire : les opposants « de l’intérieur » à Nicolas Sarkozy y trouvent prétexte, comme Dominique de Villepin, à de nouvelles critiques contre le président de la République qui, selon le dernier premier ministre de Jacques Chirac, « est aujourd’hui un des problèmes de la France, et parmi les principaux problèmes qu’il faut régler. »

Certes, l’attitude de Villepin est dictée par des rancunes personnelles, certes, son propre bilan ne plaide guère en sa faveur, certes encore, ses récentes prises de position sur la réforme des retraites achèvent d’ôter au discours de l’ex-Monsieur CPE beaucoup de sa crédibilité… Mais s’il ne représente en aucun cas une alternative à Sarkozy, il n’en fait pas moins mouche lorsqu’il invite à regarder « le spectacle pitoyable de la vie politique française » et remarque qu’« On n’a jamais vu une compétition ministérielle qui s’étale aux yeux de tous pendant quatre mois ».

« Nicolas Sarkozy, en voulant s’arroger l’ensemble des pouvoirs, a troqué sa fonction de Président pour celle de premier ministre, ajoute-t-il. Personne n’exerce, aujourd’hui en France, la responsabilité de président de la République. » C’est au point que beaucoup considèrent, non sans raison, que le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, a davantage de pouvoir que le premier ministre lui-même.

Le remaniement pourrait fournir à Nicolas Sarkozy l’occasion de remettre un peu d’ordre dans ce désordre institutionnel, dont il porte lui-même l’entière responsabilité. Une occasion qu’il devrait saisir sans plus tarder.

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(1) Commentaire

  • sas Répondre

    PRATIQUES DE FILS DE PUTES DITS "ripoublikains’….qui craignent la vox populi…

     

    En ce jour anniversaire, et au moment où au Sénat se vote la dernière mouture du texte sur la réforme territoriale, il convient de rappeler que la cinquième république a été en premier lieu une réaction à la confiscation du pouvoir par le régime anarchique des partis.

    Aujourd’hui, le gouvernement Sarkozy tente d’imposer aux forceps, dans un silence médiatique assourdissant et suspect, une réforme dite « territoriale » qui vise à imposer un système de bipartisme à l’anglo-saxonne contraire à notre tradition républicaine française et attentatoire au pluralisme politique.

    Contre l’avis de nombreux parlementaires ainsi que de l’ensemble des forces d’opposition, par des pressions scandaleuses sur la représentation nationale digne des pires républiques bananières, le pouvoir UMP s’apprête à avaliser une loi qui imposera aux Français un système électoral à sens unique pour les élections territoriales.

    Refusant la proportionnelle et fixant des seuils de qualification au second tour inconséquents, les Français n’auront plus comme choix que de cautionner la dictature molle de l’UMPS !

    Une décision du Conseil Constitutionnel de 1990 a précisé que « les critères retenus par le législateur ne doivent pas conduire à méconnaître l’exigence du pluralisme des courants d’idées et d’opinions qui constitue le fondement de la démocratie. » Ce grand retour confiscatoire du régime des partis est une atteinte manifeste aux fondements démocratiques et représente un profond mépris pour la souveraineté populaire.

    Le Front National demande solennellement à la représentation nationale de ne pas cautionner cette véritable forfaiture.

    Sarkozy restera dans l’histoire comme le Président qui aura liquidé méthodiquement tout ce qui pouvait être défendu dans l’héritage gaullien des institutions : la souveraineté nationale par la construction supranationale de l’Europe ; la souveraineté populaire par le mépris de la souveraineté du peuple !

    sas

    09/11/2010 à 13 h 45 min

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