Marché commun et TVA sociale

Posté le 21 février , 2012, 12:00
7 mins

Le Marché commun européen existe depuis 20 ans. Nous avons donc choisi de quitter le petit marché français, unissant un peu plus de 60 millions d’habitants, pour nous intégrer dans un vaste marché européen re­groupant près de 500 millions d’habitants. Les droits de douane sont bien évidemment supprimés entre tous les pays européens.

Les usines installées en France sont donc exposées à la concurrence des usines installées en Allemagne ou en Pologne.
Or, deux points très importants doivent être soulignés :

– Les entreprises françaises sont deux fois plus imposées que les entreprises allemandes.
– Les salaires donnés aux ouvriers polonais sont trois fois plus faibles que les salaires donnés aux salariés français.
Il est donc normal qu’une entreprise installée en France quitte notre pays pour aller s’installer en Allemagne ou en Pologne.
Les entreprises peuvent délocaliser de deux façons.

L’entreprise peut d’abord délocaliser la totalité de sa production. Elle deviendra ainsi allemande ou polonaise et ne subira que les lois fiscales allemandes ou polonaises. Elle exportera en France ses produits, à un prix bien inférieur aux produits français. Cependant, certains Français, du fait que l’entreprise qui a changé de nom se trouve à l’étranger, préféreront payer un peu plus cher pour continuer à « acheter français ».

Une deuxième façon de délocaliser est donc utilisée par les entreprises. Le siège social de l’entreprise reste en France et l’entreprise délocalise seulement une partie de sa production. Renault ou Peugeot sont toujours installées en France. Mais les bougies, les vitres ou les sièges qui équipent leurs voitures sont fabriqués en République tchèque ou en Pologne, à un moindre coût.

Les entreprises du CAC 40 sont des entreprises françaises. Mais elles font toutes leurs bénéfices hors de France. Et, pour continuer à faire des bénéfices, elles délocalisent au besoin une partie plus importante de leur production. Elles mettent ainsi au chômage des salariés, alors qu’elles font des bénéfices. Ce type de comportement « parfaitement logique » des entrepreneurs est un corollaire du comportement parfaitement logique de leurs clients français, qui préfèrent, à qualité égale, acheter la voiture la moins chère…

Nicolas Sarkozy semble avoir parfaitement saisi ce comportement des Français. Pour rendre les entreprises françaises compétitives, il doit diminuer les impôts qui pèsent sur elles.

Une des façons d’y arriver est de supprimer les charges sociales qui pèsent sur les entreprises et de les remplacer par la « TVA sociale » pesant sur les consommateurs. Tous les pays européens ont effectué ce transfert et l’Allemagne de Schröder l’a effectué dès 2004.
Mais la culture économique des Français est bien différente de celle des Allemands ou des Polonais. De nombreux Français sont, en effet, persuadés que les entreprises françaises vont profiter de cette diminution de leurs charges. Elles vont augmenter leurs bénéfices. Elles ne vont pas diminuer leurs prix pour redevenir compétitives.

Tous ceux qui pensent ainsi oublient un point essentiel. Nos grosses entreprises ont déjà délocalisé et font leurs bénéfices à l’étranger. Nos petites entreprises sont de moins en moins compétitives. Et elles n’ont souvent pas les moyens matériels et humains leur permettant de délocaliser. Elles déposent en général leur bilan et disparaissent.

De très nombreux députés français connaissent mal la grande complexité des problèmes monétaires. Ils ont donc tendance à croire que la TVA sociale va faire monter les prix et réduire le pouvoir d’achat des consommateurs. Alors qu’au contraire, partout où elle a été mise en place, les prix ont baissé.

Certains députés qui appartiennent à la majorité auraient bien aimé voter contre la TVA sociale, pour faire plaisir à leurs électeurs. Mais Nicolas Sarkozy est maintenant décidé à la faire passer. Il a donc mis le vote de ses députés sous très haute surveillance. Et la loi est passée. 

6 Commentaires sur : Marché commun et TVA sociale

  1. Anonyme

    25 février 2012

    François jeudi 23 février 2012 14:21

    «30 milliards d’argent public payés par vous et moi pour se faire empoisonner l’existence!»

    Cela s’appelle Mithidatisation et c’est très bien. Plus on vous empoisonne mieux vous résistez et plus cela vous rend fort. LA FRANCE FORTE, vous n’avez pas déjà oublié, quand même?

    Attendez-vous donc à ce qu’on vous empoisonne encore plus l’existence. Et ne soyez pas ingrat. Dites MERCI.

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  2. François

    23 février 2012

      Diminuer les impôts d’une entreprise pour qu’elle redevienne compétitive ( et par là produise davantage et embauche à nouveau en France) c’est très bien. Mais pourquoi gâcher cette avancée en augmentant un autre impôt? Pour rester à l’équilibre, me direz vous. Mais ne serait il alors pas plus judicieux de baisser les dépenses d’un montant équivalent à la baisse d’impôt? Tiens, on pourrait commencer par cesser de subventionner ces associations et ces syndicats qui nous pourrissent la vie à longueur d’année avec une rare efficacité.
      On ferait ainsi d’une pierre 4 coups: On rend nos entreprises compétitives, on leur permet d’embaucher à nouveau, on augmente le pouvoir d’achat des Français et on cesse de sponsoriser des emmerdeurs! Pas mal, non?
      Pour information, j’ai lu dans le dernier Valeurs Actuelles que les associations ( y compris syndicats et partis politiques) étaient subventionnés par l’état, les régions, les départements..etc… à hauteur de 30 milliards d’€ chaque année! Soit le budget de la défense. 30 milliards d’argent public payés par vous et moi pour se faire empoisonner l’existence! Qui dit mieux?

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  3. quinctius cincinnatus

    23 février 2012

    Pour être tout à fait crédible Monsieur Trémeau devrait nous faire la démonstration que la T.V.A. ( façon Sarkozy ) ferait … baisser les prix et là ce n’est pas du tout gagné… pas plus que cette mesure ferait diminuer le chômage …
    Quand les dés sont pipés c’est toujours le "tricheur" qui gagne et le … gogo qui perd jusqu’à sa veste !

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  4. Anonyme

    23 février 2012

    Elle est fascinante la sémantique du mot "social" en français. Elle englobe tout.

    Par exemple, un plan "social" est une combine pour foutre ses employés à la porte, et
    la TVA sociale c’est ce qu’on appelait jadis l’octroi. On voit tout de suite le rapport.

    Petit à petit "social" grignote le vocabulaire français. Encore quelques années et on parlera comme les schtroumpfs.

    — Hé, Social! As-tu socialé ma sociale? Je n’arrive pas à la socialer. J’étais pourtant sûr de l’avoir socialée hier soir sur la sociale de la salle à socialer.
    — Non, je ne l’ai pas socialée. Demande au Grand Social, il l’a peut-être socialée, lui.

    La seule différence avec "schtroumpf" c’est qu’on se peindra en rose, pas en bleu.

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  5. Toni

    22 février 2012

    " leurs clients français, qui préfèrent, à qualité égale, acheter la voiture la moins chère…"

    Ce qui explique pourquoi je fais mes courses à LIDL et que je n’achète pas souvent Français. Je me moque du patritisme économique dans ce cas là, l’important est quand même d’arriver à avoir un sac de courses complet qui ne me reviendra pas 110 euros mais 60/65 euros à LIDL.

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  6. R. Ed.

    22 février 2012

     Je peux déjà citer un exemple récent, celui des couches " Peau douce ", fabriquées à Lincelles, près de Lille et mainteant délocalisé en Pologne, avec armes et bagages – s’ils le voulaient, le personnel, à 400 € par mois.

    Chomage, retraite anticipée, recyclage pour quelque-uns…

    Elles continueront à être vendues en France, au même prix sans doute. La provenance indiquée sur le produit n’étant plus une obligation, les acheteurs continueront à acheter " français "

    Les seuls qui verront une différence, ce sont les actionnaires !

    Et l"état !

    Mais, c’est de sa faute, il n’avait pas à être si gourmand.

     

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