Michel Rocard : une trop longue carrière

Michel Rocard : une trop longue carrière

C‘est donc Michel Rocard lui-même qui, dans un testament, a souhaité qu’un triple hommage lui soit rendu après sa mort.

Et qui en a même réglé les détails : les lieux et les noms des intervenants.

Sans doute voulait-il ainsi éclipser les funérailles réservées en son temps à son plus grand rival, François Mitter­rand.

Cette immodestie est surprenante de la part d’un homme dont la sincérité était l’image de marque.
S’agissait-il seulement d’un désir de gloire et d’éternité (?) de la part d’un homme malade, et donc excusable ?

Pour le savoir moi qui ai un peu connu cet homme, de la fin des an­nées 60 au début des années 80, j’ai épluché la notice parue dans le Who’s who 2016, annuaire où les 22 000 personnalités sélectionnées sont priées de rédiger elles-mêmes leurs biographies.

Dans celle de Michel Rocard, les éléments retenus l’ont donc été par lui. Et les oublis sont aussi de lui…

S’agissant de ces derniers, on est frappé par une étonnante occultation : rien sur la période où il utilisait le pseudonyme de Georges Servet, à la fois pour écrire des ouvrages (sur la décentralisation, la vie des syndicats…), mais aussi pour mener l’activité politique que l’on sait, à la tête du PSU, évidemment difficilement compatible avec ses responsabilités officielles administratives, par exemple de secrétaire général de la Com­mission des comptes de la Nation, Valery Giscard d’Estaing puis Michel Debré étant à cette époque, tour à tour, ministres des Finances.

Le jour, il illustrait donc, mieux que personne, le système technocratique français et, la nuit, il complotait contre lui, considérant, entre autres, que « la performance économique de la Yougoslavie autogestionnaire est une des plus remarquables du monde entier » (1973). L’autogestion était alors son dada. On admirera la clairvoyance !

Pour illustrer celle-ci, ses admirateurs citent souvent sa position sur la question du financement des retraites, avec, en avril 1991, le fameux « livre blanc » sur le sujet, remis au Premier ministre Michel Rocard qui l’avait commandé. Il disait : « Le problème des retraites est devant nous ! » Très bien. Mais, dans le même temps, il disait aussi qu’il ne fallait pas toucher au droit à la retraite à 60 ans. Pour des raisons « tactiques ». Entendez : « c’est un tabou des socialistes »…

Car socialiste il a été, socialiste il a toujours été.

Son parcours politique commence officiellement (in Who’s who 2016) à l’âge de 23 ans, comme secrétaire national des étudiants socialistes SFIO. Il fait Sciences-Po Paris après une licence de lettres, entre à l’ENA, en sort comme inspecteur des finances, se met en congé pour faire 3,61 % des voix à l’élection présidentielle de 1969 au titre du PSU, et, dans la foulée, se fait élire miraculeusement, dans une élection législative partielle, député des Yvelines. Depuis lors, il a toujours vécu de ses charges ou de ses mandats, qu’il n’hésite pas à cumuler. À noter : son ultime prébende lui sera offerte en 2009 par Nicolas Sarkozy, qui le nomma « am­bassadeur chargé de la négociation internationale pour les pôles Arctique et Antarctique ».

Ces rappels ou petites précisions étant faites, que restera-t-il de cet étrange bonhomme, qui voulait « parler vrai », mais se faisait difficilement comprendre ?

Deux choses bien sûr, et très importantes : l’instauration du RMI, fin 1988, et de la CSG, en 1991.

Deux funestes réussites, puisque la première a développé l’assistanat et ruiné les collectivités locales, tandis que la seconde contribue à enfoncer le pays depuis 25 ans dans le fiscalisme. Deux réussites aux effets également délétères…

Et les accords de paix de Matignon en 1988 sur l’avenir de la Nouvelle Calédonie, dira-t-on, n’est-ce pas à mettre au crédit de ce héraut de la décolonisation ?

On remarquera que ces accords de paix ont été établis sur la base de l’amnistie accordée aux assassins de quatre gendarmes, puis de deux autres militaires français. Le calme est-il revenu pour autant dans l’île ? C’est aujourd’hui le territoire où les forces de l’ordre ont à déplorer le plus grand nombre de blessés, du fait d’attaques de fractions de la population. Et, en application d’un accord datant de 1998, le territoire devrait devenir « autonome », avant la fin de 2018… Un dossier sympathique laissé au prochain gouvernement !

C’était un homme de l’État. Sans doute pas le pire, mais représentatif de façon caricaturale à la fois de l’idéologie constructiviste française et d’un mondialisme tiers-mondiste, qui ne peut mener qu’à des impasses. Ce qu’illustre sa trop longue carrière.

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(5) Commentaires

  • Drakkar Répondre

    Porteur de valises du fln, pro islam et pro immigration et pour l’entrée de la turquie dans l’europe ….

    Quelle clairvoyance politique !
    Stop à l’anomie, ce fut une crapule socialiste. Point.

    15/07/2016 à 14 h 20 min
  • DESOYER Répondre

    J’interviens sur Michel Rocard, car il était un des 27 archétypes du test que j’utilise dans mon livre « Economie ou socialisme: il faut choisir ». « coeur à gauche »: archaïque; « tête au centre »: discipliné; « portefeuille à droite »: intéressé et relativement compétent dans la finance.
    Mais coeur+tête<portefeuille, c'est-à-dire un prédateur et peu compétent globalement du fait de son archaïsme (point commun de beaucoup de socialistes). Finalement, il a contribué à couler la France. Il n'y a pas d'hommage à lui rendre: il a trompé les Français.

    14/07/2016 à 11 h 30 min
    • quinctius cincinnatus Répondre

      c’ est sans doute la raison pour laquelle  » on  » nous le représente sous les traits, mâles, vigoureux et audacieux du précurseur du social-libéralisme ?

      voyez vous Mr DESOYER je n’ ai absolument aucune confiance dans un politicien de … métier

      14/07/2016 à 19 h 24 min
  • Sancenay Répondre

    Je serai toujours reconnaissant au Président Mitterrand d’avoir ramené sèchement à la niche ce caniche éternellement auto-satisfait de lui-même,qui dans les années de déliquescence intellectuelles soixante -huitardes et suivantes avait , par sa frénésie verbeuse,emmené dans le mur tout un pan des intellos égarés de France.
    Il compte encore des disciples nostalgiques de ses lucratives utopies, dont certains, et non des moindres, se sont recyclés dans la spéculation « artistique  » de « l’art con ».Et ici où, là s’efforcent de transformer des lieux sacrés en salle d’exposition promotionnelle de leurs mouise subversive…Dieu merci avant d’installer leurs pièges à con, il arrive tout de même qu’ils dérapent sur quelque peau de banane.( comme la pomme, « y en a aussi »!)
    Veillez sur vos église et chapelles jeunes patriotes de France car l’appétit de ces loups est insatiable jusqu’à en être totalitaire.

    14/07/2016 à 10 h 06 min
  • quinctius cincinnatus Répondre

     » Michel Rocard : une trop longue carrière  » … non, une carrière interminable comme le sont toutes celles des politiciens français

    14/07/2016 à 8 h 36 min

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