Nationalisme et internationalisme occidental

Nationalisme et internationalisme occidental

Au sujet de la nation et de ses relations avec le monde, deux courants idéologiques majeurs se partagent la droite française : le nationalisme traditionnel et un internationalisme occidental.
Le nationalisme traditionnel donne l’impression d’être bien connu, mais il est infiniment plus subtil qu’on ne le croit d’ordinaire.
Tout d’abord, le nationalisme peut être un nationalisme de sang, comme fut celui des Allemands. Il peut être un irrédentisme linguistique, comme à Fiume. Dans le cas de la nation française, qui ne s’est pas bâtie sur une unité ethnique ou linguistique, mais par l’action lente de l’État capétien, le nationalisme a un caractère politique plus marqué.
Par ailleurs, la constitution d’une idéologie nationaliste française doit beaucoup au contexte historique qui suivit la débâcle de 1870. En particulier, les « pères » du nationalisme français, Charles Maurras et Maurice Barrès, insistèrent fortement sur les différences avec le nationalisme germanique.
Cette distinction eut une conséquence qui reste d’actualité : le refus du « principe des nationalités ». Le pangermanisme, comme d’ailleurs le panslavisme, joua beaucoup, durant tout le XIXe siècle, et même largement au-delà, jusqu’en 1945, sur les aspirations des minorités ethniques, religieuses ou linguistiques de l’Europe centrale. Ainsi se forgea le leitmotiv central du principe des nationalités, repris plus tard par les États-Unis : à chaque peuple son État.
Les nationalistes français s’opposèrent nettement à ce principe des nationalités. Il pouvait, en effet, s’avérer délétère pour la France, construction politique réunissant des communautés très diverses.
Aujourd’hui encore, une forte tendance de la droite française refuse, pour des raisons analogues, « l’Europe des régions », toujours suspectée de faire le jeu du pangermanisme contre l’unité française.
Le principe des nationalités est extrêmement séduisant, par sa simplicité et par sa justice : pourquoi le peuple croate aurait-il droit à son indépendance, mais non le peuple basque ? Malgré cette séduction, il est resté largement inappliqué, car la plupart des grands pays n’y survivraient pas : il impliquerait la sécession de la Californie hispanophobe, comme l’explosion de l’Espagne, de la Suisse ou de la France…
La logique du nationalisme va pourtant clairement jusqu’au principe des nationalités.

En face, un internationalisme occidental semble naître. Des frémissements existaient certes pendant la guerre froide, mais la guerre froide divisait l’Occident lui-même. Aujourd’hui, selon plusieurs analystes, notamment les néo-conservateurs américains, l’Occident a un intérêt commun et une vocation commune : répandre la démocratie et l’économie de marché partout dans le monde. Ce qui s’oppose, en particulier, à deux sphères idéologiques : l’islam et les pays marxistes-léninistes (notamment la Chine).
Là encore, la doctrine est séduisante. Qui ne voit la montée menaçante d’un islam radical, auquel peu de forces modératrices s’opposent publiquement au sein de la communauté musulmane, et, sur un autre plan, la percée économique de la Chine ? Plutôt que de croire que « tout le monde, il est beau ; tout le monde, il est gentil », on ne peut que se réjouir que des leaders politiques cherchent à remettre l’Occident dans la course.
Pourtant, ici aussi, la séduction des principes bloque sur la réalité : comment définir ce qui est commun à l’Occident ? S’agira-t-il de sa culture, on pourra se demander de quel droit demander à la Chine d’accepter cette culture, alors que la culture chinoise est nettement plus antique et tout aussi vénérable. Et s’il s’agit du modèle politico-social, il faudra trancher des débats insolubles : la Suède ou la France, avec leur taux de prélèvements obligatoires, sont-elles des pays communistes, ou bien leur régime électoral en fait-il des démocraties ? Et ainsi de suite. À partir de quand est-on une démocratie ou une économie libre ?
Il serait décidément bon de ne pas croire qu’une grille d’analyse, aussi intéressante, et même aussi globalement juste soit-elle, dispense de réflexions enracinées dans la réalité. L’homme n’est pas une machine, rentrant, à la demande, dans des catégories préconçues et ce qui est vrai au plan « macropolitique » peut fort bien s’avérer idiot sur un cas concret…

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(7) Commentaires

  • Flo Répondre

    L’identitée et l’avenir cilturel de l’Europe, un vaste et intéressant débat, autre chose en tous cas que ces débats stupides sur les mariages homos, les 35 heures ou la starac. Pour ma part, je plaide sans retenu pour une Europe des nations, tel de Villiers, qui resteraient solidaires et alliées dans l’adversité, mais qui garderaient chacune leur spécificité culturelles et politiques propres car à mes yeux, ni un grand supra-état européen dirigiste, ni une Europe des régions morcelés ne peuvent fonctionner. Surtout, je crois qu’il est bon de rappeler pour assurer l’avenir de la France ( mais aussi de l’Espagne, l’Italie, l’Autriche, bref, la moitié de l’Europe ) que notre pays est, comme l’a si bien dit de Gaulle « un pays de culture gréco-latine, de tradition judéo-chrétienne et de race blanche « ( sans aucun sens extrêmiste dans le mot race, bien sûr ). Cela ne veut pas dire, comme le l’affirment les censeurs gauchistes, que l’on soit fermé au reste du mond, mais simplement que l’on soit fier de notre héritage. Sur ce, à bon entendeur salut.

    05/03/2005 à 21 h 24 min
  • Gil Répondre

    Qu’est-ce que l’occident ? de Philippe Némo. Un excellent livre que je ne saurais trop vous conseiller.

    04/03/2005 à 18 h 43 min
  • Thierry Orlowski Répondre

    Cher lecteurs, Bonjour Mr Malik, Je pense qu’il y a un malentendu, les USA sont majoritairement des europeens!!! Certains d’entre eux sont des europeens immigrés il y a 3 siecles, d’autres ont immigrés l’année derniere mais la majorité des américains sont des europeens qui vivent dans un pays étranger. Ceci est une de raisons pour laquelle l’occident ne peut pas être autre chose que profondément europeen: La majorité les pays occidentaux sont eux-même profondément européen: Le Canada, l’Australie, la nouvelle Zélande ont des racines, des valeurs et un mode de vie occidental parce leurs habitants sont originellement europeen. Qu’apres,il y ai des tensions avec les USA est normal:Au 19eme siecle, lorsque l’empire Britannique dominait le monde, tous les autres pays critiquais les Britanniques. C’est normal que l’on critique et que l’on jalouse un peu le plus puissant…..Mais cela n’empeche pas les liens identitaires étroits qui nous font être Occidental. Bonjour Mr.Sparow, Le christ était juif. Le christianisme, dans son ensemble est de paternité juive, même s’il s’en distingue. Le platonisme qui transcende toute la philosophie Grec, berceau ideologique de l’occidentaux etait tres influencé par le judaisme. Le role prépondérant du commerce dans l’évolution de l’occident (notament autour de la méditéranée)est d’influence Juive. Même l’Islam est de paternité juive….Les Islamistes souhaitent juste devenir « kalif a la place du kalif »:le peuple élu a la place du peuple élu. Hitler avait essayé la même chose avec la race Arienne: devenir le peuple élu a la place du peuple élu… Mais cela est un autre débat: depuis que l’antisémitisme est de bon ton en France, il vaut mieux en taire la critique. Cordialement, Thierry Orlowski

    03/03/2005 à 16 h 51 min
  • Jack Sparrow Répondre

    Bonjour, « Qu’est-ce que l’Occident? C’est une civilisation basée, qu’on le veuille ou non, sur le judeo-christianisme et dont le berceau est l’Europe, et la langue Indo-Europeene. » Une civilisation judéo-chrétienne ? Comment peut on esperer comprendre l’Europe quand on met en association avec la chrétienté l’influence juive devant les influences grecques, romaines et paganistes ? Civilisation helléno-chrétienne, oui. Civilisation romano-chrétienne, oui. Civilisation pagano-chrétienne (la chevalerie, par exemple), oui. L’influence juive ? Elle existe, mais pas depuis longtemps, pas dans tous les pays d’Europe et pas dans tous les secteurs d’activités. Alors, parler de civilisation judéo-chrétienne…. Quand a l’Europe, elle s’en sortira quand ses habitants se rappelleront qui ils sont, des blancs chrétiens, qu’ils n’auront plus honte de ce qu’ils sont, et qu’ils feront passer leurs intêrets avant ceux des autres. Nationalistes ou pas.

    02/03/2005 à 17 h 52 min
  • Alborg Répondre

    Article vraiment très intéressant et qui pose de vraies questions géo-politiques. Je suis particulièrement reconnaissant vis-à-vis de Mr.Guillaume d’avoir osé poser l’idée d’un nationalisme OCCIDENTAL dont il n’est au grand jamais question dans ce genre de débat – ce qui prouve encore une fois notre pitoyable amnésie, pour ne pas dire aliénation à nous autres Européens…. Le fait qu’un tel article sur un tel sujet suscite si peu de réactions (en comparaison avec d’autres de ce même site) est d’ailleurs en soi assez inquiétant, je trouve !

    01/03/2005 à 23 h 08 min
  • Magic Malik Répondre

    Vous oubliez une 3e forme de nationalisme: le nationalisme Européen qui se construit indépendamment des USA, de l’Islamisme, de la Chine et même de la Russie. Et c’est ce projet, à la différence de Mr Orlowski, que j’appelle de mes voeux. Alain de Benoist a bien montré le danger qui existe derrière ce concept d' »occident » qui ne serait rien d’autre qu’une vaste zone d’influence américaine.

    01/03/2005 à 17 h 04 min
  • Thierry Orlowski Répondre

    Cher lecteur, cher Mr. De Guillaume, Merci pour cet excellent article, Depuis que notre société est rentrée dans une phase de mondialisation des échanges, on a vu s’appliquer un phénomene de convergence qui s’applique a tous les niveaux de la société. Cette convergence s’applique aux entreprises (fusions) aux politiques (campagnes mondiales anti-Bush etc…) et même au terrorisme devenue globale. Il s’applique enfin aux pays: En amerique du Sud (Mercusor) en Amerique du nord (ALENA) en en Europe, transformé par l’utilisation d’une monnaie devenue référence : L’Euro. De par le fait que cette mondialistion s’étend et s’accelere a mesure qu’elle s’installe, on peut imaginer un niveau supplémentaire qui serait, lui, civilisationaire. Ainsi l’Occident prendrait une autre dimension: Une dimension qui prendrait sens face a l’autre grande civilisation, l’Islam, mais aussi face a L’Asie; le prochain grand joueur et l’amérique de Sud sur les épaules d’un Brésil dont les ambitions sont a la taille du Pays. Qu’est-ce que l’Occident? C’est une civilisation basée, qu’on le veuille ou non, sur le judeo-christianisme et dont le berceau est l’Europe, et la langue Indo-Europeene. Maintenant…Quid de la Nation ? son Rôle ? Il sera Important ne serait-ce que pour sa dimension identitaire et culturelle…Mais au-dela ? Une chose est sûr: L’Occident est promis a un grand avenir, quelle qu’en soit le dévelopement!!! Cordialement, Thierry Orlowski

    28/02/2005 à 23 h 11 min

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