Nicolas Sarkozy refuse tout classement idéologique

Nicolas Sarkozy refuse tout classement idéologique

N’étant pas allé au Bourget, dimanche dernier, pour assister au congrès de l’UMP, j’ai pris la peine lundi matin de lire intégralement le discours de Nicolas Sarkozy. Franchement, je ne l’ai pas trouvé très bon…
Je remarque tout d’abord que cet homme, qui, à plusieurs reprises, n’a pas hésité à se dire « de droite », n’a cette fois fait aucune référence au clivage droite/gauche. Bien sûr, il a dénoncé « la pensée unique socialiste » et « la gauche qui n‘a rien fait contre le chômage », mais a aucun moment il ne s’est placé dans la perspective d’un affrontement idéologique clair de la droite contre la gauche.
Certains considéreront qu’il s’agit là d’un nominalisme excessif. Nous ne le pensons pas. Car pour notre part nous avons adopté une définition essentiellement nominaliste du clivage droite/gauche. Nous tenons pour un homme de droite toute personne qui se dit elle-même de droite et pour un homme de gauche toute personne se disant elle-même de gauche. Quant à ceux qui refusent de s’inscrire dans ce clivage – au nom d’une dichotomie simplificatrice à l’excès – nous pouvons les comprendre, bien sûr, mais nous soutenons qu’ils se trompent, en tout cas du point de vue de l’efficacité du combat politique.
C’est au nom de ce primat du clivage droite/gauche que nous nous avons toujours défendu, dans ces colonnes, ce qu’on pourrait appeler « la préférence à droite », à savoir, au moins, qu’en situation de deuxième tour, les électeurs de l’UMP, quand leur candidat a été éliminé au premier tour, doivent être appelés à se reporter sur un candidat du Front National (s’il y en a un, ou tout autre candidat de droite) plutôt que sur un candidat de gauche. Ce point est tout à fait fondamental. Car ce sont des choix de cette nature, qui peuvent bien apparaître tactiques, qui structurent en fait la vie politique française, bien davantage que le contenu des programmes électoraux. Ce n’est pas tant par le contenu de son action que Jacques Chirac a positionné son parti au centre-gauche, c’est plutôt en diabolisant dès 1983 le FN au point de refuser tout accord avec lui, même à plan local ; c’est en ostracisant en 1999 les présidents de régions ayant accepté les voix d’élus du FN ; puis, en 2002, en acceptant les voix des socialistes et des communistes tout en refusant de débattre avec son adversaire Jean-Marie Le Pen.
Nous ne nous attendions pas à ce que le nouveau président de l’UMP nous éclaire sur ce point dès dimanche dernier. Mais le fait qu’il ait cru devoir gommer toute référence à la droite n’est pas d’un bon présage…
On objectera qu’aux États-Unis les candidats ne se placent pas sur un tel clivage droite/gauche. Mais là-bas il y a d’une part le bipartisme. Et comme on vient de la voir, un clivage clair sur les valeurs morales, sans ambiguïté possible. Nicolas Sarkozy ne s’est dit ni « de droite », ni « conservateur », ni d’ailleurs adepte d’aucune valeur qui aurait pu clairement le faire classer dans un camp ou dans l’autre.
Pour le reste, son discours est à l’image du bonhomme : il reflète un simple opportunisme, largement fonction des convenances médiatiques, sans rupture d’aucune sorte avec les illusions dont la gauche et la fausse droite ont entretenu l’opinion publique depuis trente ans. Et sur les rares points où il pense judicieux de se démarquer du Président de la République, c’est souvent dans un sens plus regrettable que remarquable… (voir l’article d’Alain Laurent page 3)
Sauf sur un point : la remise en cause des 35 heures. Mais la façon dont il a négocié avec la CGT pour obtenir la modification du statut d’EDF donne à penser que, sur ce sujet-là, il ne fera rien lui, lui non plus, sans l’accord préalable des syndicats.
C’est d’ailleurs une constante – typiquement gaulliste – dans son comportement d’homme politique : il entend toujours gouverner avec les forces qu’il trouve en place : le syndicat des impôts quand il est au Budget, les syndicats de policiers quand il est à l’intérieur, les imams barbus quand il est ministre des cultes, et les gros bras de la CGT quand il faut ouvrir le capital d’une entreprise publique en situation financière de dépôt de bilan…
Nous préférons Nicolas Sarkozy à Jacques Chirac ou à Alain Juppé parce qu’avec ces deux derniers nous savons à quoi nous en tenir, tandis qu’avec lui il y a encore une faible petite chance qu’il nous surprenne, favorablement…

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(7) Commentaires

  • F&H Répondre

    Bonjour, Minus, « Je ne pense pas que la situation interne du FN joue en la faveur de ce parti…  » Quel parti, en France, à une situation interne claire ? L’UMP ?, le PS ?, les Verts ? Le FN est comme les autres parti, il a ses courants internes qui se battent pour être calife à la place du calife. Ce n’est quand même pas sur ce site que l’on va reprocher au FN la très libérale notion de concurrence, non…? F&H

    07/12/2004 à 14 h 00 min
  • Minus Répondre

    F&H, je ne partage pas trop votre optimiste. Je ne pense pas que la situation interne du FN joue en la faveur de ce parti…

    07/12/2004 à 11 h 05 min
  • Thierry Répondre

    Cher Monsieur Dumait, Merci de nous offrir des articles de cette qualité. De mon point de vue il y a tois raisons qui force Mr Sarkozy a ne pas se declarer de droite et ce sont trois mauvaises raisons: 1) L’heritage Gaulliste: L’idée selon laquelle Mr. De Gaulle rassemblait la France par-dela tous les clivages politique a traversé le RPR jusqu’a l’UMP, Ce coté « rassembleur » vient de l’héritage politique de Mr. Sarkozy. C’est une mauvaise idée mais ce n’est pas la pire. 2) Le manque de courage politique: Plus grave: Mr. Sarkozy manque ,selon moi, du courage politique qui font les grands changements et qui releve les défis. Pour sortir la France de sa léthargie, il nous faut quelqu’un capable de s’attaquer aux syndicats ET d’entammer les grandes réformes dont le pays a besoin(sécu, retraite etc…). J’ai peur que monsieur Sarkozy n’ai pas ce qu’il faut. 3)l’absence de différences: Plus grave encore: je pense que c’est l’absence d’une réelle distinction entre les politiques des gens de droite et de gauches qui font qu’en France, les clivages politiques s’efface. La droite representé par l’UMP est une gauche « light » qui réforme avec des politiques socialiste des problemes engendrées par des socialistes. C’est connue: en France on a une bonne gauche et une mauvaise droite.. ..Il y a une vraie droite: elle se dit capitaliste, elle se dit libéral, elle se dit du front national. Mais apres quinze ans de « bourrage de crane », elle s’est vu affublée de deux grandes cornes. Cette réalité est le drame de la France et Mr. Sarkozy n’en est certainement pas le remede. Cordialement Thierry Orlowski

    06/12/2004 à 20 h 27 min
  • Olivier tréhard Répondre

    Bravo et remarquable Mr Dumait ! Très sincèrement, vous êtes très bon et je ne suis pas du genre flagorneur. Pour me situer, je suis de contre révolution en politique et de contre réforme en religion, tout un programme… Je suis donc marginalisé, mais qui ne l’est pas? Je vous sens pragmatique et le compromis nationaliste est indispensable pour déserrer l’étau Marxiste et Maçonnique. Chirac a toujours gouverné le plus à gauche possible. Sarkozy est un « pseudo-réactionnaire », c’est de plus en plus évident. Cela dit, si le trop plein à droite, Chirac-Bayrou-Villiers-Sarkozy-Megret-Le Pen, succède au trop plein à gauche, le jeu sera plus ouvert. Un deuxième tour Le Pen-Hollande ou sarkozy-Jospin par exemple, n’est pas à exclure. Le combat d’idées est sous-jacent, car c’est parce que Sarkozy apparaît plus à droite que Chirac, qu’il émerge. C’est déjà une petite victoire pour notre camp. la réalité risque de rattraper tout le monde, car on peut faire confiance aux islamistes pour empoisonner l’atmosphère et obliger à gouverner plus à droite. Par ailleurs la faillite de nos finances publiques, pousse tout gouvernement à sortir de l’immobilisme.La thérapie de choc ou la mort économique. La réalité se venge des régimes d’opinions.

    06/12/2004 à 9 h 28 min
  • LAYANI Répondre

    Ce n’est un secret pour personne: tout le monde sait qu’en France, depuis des lustres, les gouvernements de droite ont fait une politique de gauche et à l’inverse les gouvernements de gauche on fait une politique de droite. Du moins à ce que l’on dit. En fait chaque gouvernement a fait ce qu’il croyait bien pour la France; il y a eu certes des erreurs, mais la remière était de se déclarer de droite ou de gauche. C’est cette erreur que Nicolas Sarkosy semble essayer d’éviter. Pour la France, souhaitons lui seulement bonne chance car personne ne peut décemment faire l’injure à un homme politique de quelque bord qu’il soit, d’agir contre les intérêts de son pays. Il est d’usage de toujours donner un préjugé favorable. On peut bien ne pas être de son avis et le dire, mais en définitive, c’est le peuple qui décide avec son bulletin de vote. Je crois — je suis sûr- que c’est cela la démocratie.

    05/12/2004 à 20 h 33 min
  • F&H Répondre

    Bonjour, Mr Dumait, L’élection de Mr Sarkosy à la tête de la fausse droite est une bonne chose pour les gens de droite, une très bonne chose. Il n’a aucun programme, aucun projet pour la France. Une petite chance qu’il nous surprenne ? Quand on voit son parcours depuis 1995, Balladur, les européennes qui ont suivi, le CFCM, l’augmentation de 13% de la délinquance sous son ministère, la discrimination positive, sa volonté de revenir sur la Loi de 1905 dans le but unique et inique de financer les mosquées… Et j’en oublie surement… Il peut peut-être encore nous surprendre, mais cela est loin d’être une chance, si petite soit-elle… F&H

    05/12/2004 à 17 h 58 min
  • stéphane lerat Répondre

    nicolas sarkozy n’a rien de fascinant, de même qu’il n’y a rien de bon à en espérer : démagogique dans son extrême souci de plaire à une masse inculte, manipulateur médiatique inquiétant, assumant peu, et mal ses desseins libéraux et fascisant. vendeur de poudres magiques. le seul fil conducteur lisible de ses actions est sa quête effrénée de pouvoir. pantin sans allure et réactionnaire. petit homme ridicule.

    05/12/2004 à 11 h 09 min

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