Pratiques électorales et convictions politiques : est-il possible de raison(s) garder ?

Posté le avril 19, 2012, 12:00
11 mins

Faut-il l’avouer, la lecture d’un certain nombre d’articles (imprimés ou publiés sur la toile) manifestant un purisme moralisateur (dissimulé derrière un jusqu’auboutisme intellectuel) justifiant de se désintéresser de la vie électorale (au nom du bien commun !) a quelque peu – c’est un euphémisme… – exaspéré l’auteur de ces lignes ? Voici donc quelques questions destinées, principalement, aux littérateurs et électeurs se revendiquant d’obédience catholique.

1. Est-il raisonnable d’envisager que l’abstention et le vote blanc (actuellement comptabilisé dans les suffrages non exprimés, à l’instar des bulletins nuls) puissent profondément déstabiliser un système politique que d’aucuns, pour diverses (voire de justes) raisons, peuvent considérer comme défaillant ? Qu’un régime politique repose uniquement sur la major pars – sans prise en compte de la sanior pars –, peut être discutable, mais s’abstenir ou voter blanc revient à se ranger, automatiquement, du côté du vainqueur et donc… du plus grand nombre ! Faut-il rappeler aux « purs » qu’un régime politique n’est qu’un moyen et nullement une fin en soi ? Voter n’est sûrement pas l’acte le plus satisfaisant au monde, mais il n’exclut pas de s’investir dans d’autres modes d’action politique.

2. Est-il raisonnable d’apprécier un programme électoral et les mesures effectivement prises par le pouvoir politique du seul point de vue des moyens mis en œuvre, et non des objectifs poursuivis ? L’exemple de l’avortement est, sur ce point, significatif. Est-il, tant d’un point de vue moral que démographique, plus satisfaisant qu’il y ait moins (puis, à terme, peut-être plus) d’avortements ou que celui-ci soit légalement interdit (mais de toute façon pratiqué dans les faits) ? L’art du possible n’implique pas de faire des concessions (quant aux principes) mais d’admettre que – en raisons des circonstances comme l’état de l’opinion –, des compromis (à condition qu’ils fussent provisoires) soient acceptables voire nécessaires. Faut-il rappeler aux « purs » le concept canonique de dissimulatio consistant à laisser une faute impunie (ce qui ne signifie pas son approbation) dans le cas où sa répression pourrait être plus dommageable (parce qu’elle provoquerait, par exemple, le scandale) que sa poursuite ?

3. Est-il raisonnable de procéder à un choix politique en privilégiant une approche abstraite même hautement (prétendument ?) philosophique plutôt qu’une constatation concrète de l’ensemble des réalités sociales ? Faut-il rappeler aux « purs » que la politique ne relève pas du manichéisme ? Elle ne consiste pas à choisir entre le bien et le mal, mais à établir des préférences : hiérarchiser les enjeux et déterminer un ordre des priorités. Même si elles sont évidemment importantes, les questions de mœurs et de bioéthique ne sont pas toute la politique. Se focaliser sur elles, en oubliant toutes les autres tensions (en particulier culturelles et économiques) qui traversent la société, ne permet-il pas de se donner bonne conscience à moindre frais ?

4. Est-il raisonnable de se désintéresser de l’histoire et de la géopolitique ? Est-il possible, sans honte, de se prononcer, au mieux de manière subjective, au pire de façon égoïste, en raison de ses seuls intérêts (bien souvent matériels…) et non de manière désintéressée et objective, en prenant prioritairement en considération la situation des plus faibles et des plus déshérités de ses concitoyens ? Feindre d’ignorer un danger ne le supprime pas. Quel que soit le domine, personne ne se sauve seul. Faut-il rappeler aux « purs » que leur comportement politique sera interprété comme un acte soit de volonté, soit de fatalisme, voire de soumission ? Ne pas être du monde n’élude pas le fait d’être dans le monde.
5. Est-il raisonnable d’anticiper le second tour de l’élection présidentielle quand le premier ne s’est pas encore déroulé et que, outre que les enquêtes d’opinion donnent des résultats sous forme de fourchettes (qui ne sont malheureusement pas publiées), les panels des instituts de sondage se révèlent (l’information est garantie même si elle n’est pas officielle pour d’évidentes raisons commerciales) déficients (le vote devenant de plus en plus flottant) et donc incapables de prédire avec précision l’ordre d’arrivée ? Faut-il rappeler aux « purs » que la politique n’est pas une partie d’échecs où les coups s’enchaînent logiquement, qu’ils n’ont pas la préscience des événements et que l’enfer peut être pavé de bonnes intentions ?

Quant aux hommes politiques, est-il nécessaire de leur rappeler certaines évidences qu’ils feraient bien de ne pas négliger sous peine de se couper définitivement du monde réel ?

1. Les élections ne servent pas qu’à leur donner des mandats (et de la visibilité médiatique) impliquant revenus personnels et financement public de leurs partis. Même si leurs mandats ne sont pas « impératifs », leurs promesses les engagent moralement et intellectuellement ; ils doivent donc ne les faire que s’ils les croient vraiment réalisables et tout mettre en œuvre pour les tenir.

2. Même s’ils tiennent d’une main de fer (avec ou sans gant de velours) leurs partis ou leurs circonscriptions, ils ne sont pas irremplaçables, les organisations (et les étiquettes) politiques n’étant jamais éternelles. Ils ne sont pas propriétaires des suffrages qui se portent, (toujours) faute de mieux, sur eux parce que, d’un scrutin à l’autre, l’électeur peut varier.

3. Puisque l’actuel système politique repose sur une combinaison des souverainetés nationale (démocratie représentative) et populaire (démocratie directe), ils ne seront véritablement pris au sérieux que lorsqu’ils prendront le risque, d’une part, de comptabiliser les votes blancs dans les suffrages exprimés et, d’autre part, de permettre aux citoyens de s’autosaisir d’une question politique (référendum d’initiative populaire).
Cela étant dit, sans être dupe des (machiavéliques ?) stratégies et « ententes » électorales (souvent dangereuses), chacun prendra ses responsabilités, en n’oubliant pas qu’il engage non seulement son avenir mais également la vie des autres et de leurs enfants.

Guillaume Bernard , universitaire

Courrier des lecteurs des 4 Vérités Hebdo

7 réponses à l'article : Pratiques électorales et convictions politiques : est-il possible de raison(s) garder ?

  1. gerardmanvusa

    22/04/2012

    Entièrement d’accord avec vous. C’est à Jaurès et autres comparses que je pensais sur mon post. Je n’en veux pas à l’auteur, il est libre d’écrire de la manière qu’il souhaite même si ce type d’écriture m’ennuie, une mère n’y retrouverais pas ses petits (mais cela n’engage que moi, je ne suis pas amateur du style jésuite, je dirais que « charabia » n’était qu’un raccourci pour dire « lourd »). Ce sont les termes « inculte » et « vulgarisation » de 3402d qui m’ont fait réagir.

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  2. quinctius cincinnatus

    22/04/2012

    cette lettre n’est en aucun cas du " charabia " mais la formulation la plus classique de la casuistique …
    Si vous en avez retenu que vous devriez voter selon les lois de votre conscience chrétienne vous avez sucé la moelle du texte …  bon accordons nous pour dire c’est " jésuite " , donc un peu "baroque" et  que chacun y trouvera ce qu’il cherche

    P.S. :  ça vaut largement du @ Jaurès

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  3. gerardmanvusa

    22/04/2012

    Merci de m’avoir publié. Je suis un assidu des 4 Vérités même si je m’y exprime peu.

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  4. gerardmanvusa

    22/04/2012

    Quand je vois toutes les méchancetés qui sont diffusées sur ce site (cf certains internautes qui nous polluent et qui sont publiés) et que le modérateur n’a pas accepté mon dernier post, j’ai l’impression d’être exclu de la famille des libéraux, mais rien ne m’étonne plus dans ce pays. Je croyais que le débat était quelque chose de sacré chez nous les libres penseurs. Une veille d’élection présidentielle, je suis consterné. Je comprends mieux pourquoi nous n’avons plus de candidats depuis 2007. Je ne fréquente pas les sites de gauche, j’ai autre chose à faire que de perdre mon temps, quand j’ai quelques chose à dire je le dis aux miens pour faire avancer les choses. En plus c’était pour prendre la défense des lecteurs des 4 Vérités. En espérant que je sois publié, dans tous les cas peu importe. J’aimerais penser que c’était seulement un problème informatique. Je disais à 3402d : – ce n’est pas la peine de blâmer la vulgarisation quand on fait des fautes du genre « n’est ca pas Manvusa? » (et oui j’ai des exigences) – de plus, j’ai le droit de penser que ce texte est peu lisible, et par expérience, les meilleurs penseurs et historiens s’expriment simplement et clairement sans tomber dans la soit-disant vulgarisation – dois-je penser que je suis un « Français moyen inculte ? » Quel égard pour les lecteurs des 4 Vérités… Gérard Manvusa, un libéral qui s’assume

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  5. 3402d

    20/04/2012

    Merci pour ces quelques pensées en espérant qu’elles inspirent correctement les électeurs pour notre avenir… et quand bien même le Français moyen inculte n’aurait pas compris ce qui  pour une fois n’est pas de la vulgarisation… n’est ca pas Manvusa?

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  6. gerardmanvusa

    19/04/2012

    Quel charabia ce texte

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