Prurit électoral ou asthénie de la démocratie ?

Prurit électoral ou asthénie de la démocratie ?

Les élections pour la désignation des représentants de la France au Parlement européen n’ont jamais passionné les Français. En 1999 comme déjà en 1989, le taux d’abstention a dépassé les 50 %. Cette fois-ci, le 13 juin, si l’on dépassait les 60 %, ce serait la preuve que l’introduction de règles tarabiscotées pour un scrutin sans enjeu politique était une mauvaise idée, sauf à vouloir, avec cynisme, éloigner un peu plus ceux qui œuvrent à la construction européenne de ceux qui en bénéficient, ou bien la subissent.
Pourtant, le vendredi 28 mai au soir, le ministère de l’Intérieur enregistrait, pour les huit circonscriptions, pas moins de 168 listes déposées par 41 formations politiques, rassemblant 3 432 candidats !
Le contraste entre le désintérêt de l’opinion pour ce scrutin, comme le peu de poids des Parlementaires dans la marche de l’Europe d’une part, et cette espèce de prurit électoral, d’autre part, est un phénomène saisissant sur lequel se pencheront, espérons-le, nos meilleurs politologues. Risquons ici deux explications.
• Bien que souvent appelés à se rendre aux urnes, les électeurs ne sont jamais, depuis longtemps, amenés à se prononcer clairement sur des choix de société. On les a bien interrogés sur le Traité de Maastricht, mais c’était un grimoire incompréhensible. La dernière fois qu’ils ont été consultés en termes clairs, c’était sur le statut de la Nouvelle-Calédonie… Mais jamais sur l’euro ou l’immigration. Et on a bien noté que Jacques Chirac, supposé gaulliste, qui se prétend favorable à la pratique du référendum, se garde bien de s’engager à consulter les Français sur la Constitution européenne ou sur l’entrée de la Turquie dans l’Europe chrétienne. Du coup, chaque consultation est détournée par les électeurs pour être transformée en un référendum de fait.
• La majorité des listes présentées n’ont à peu près aucune chance d’avoir le moindre élu, parce que la loi exclut de la distribution des sièges toutes celles qui n’atteindront pas 5 % des suffrages. Au-delà de l’ego de personnalités assoiffées de reconnaissance médiatique, leur présence est surtout la conséquence du mauvais fonctionnement démocratique de notre vie publique. Quatre ou cinq listes, plutôt que 28, suffiraient en Ile-de-France, pour couvrir le spectre de l’ensemble des sensibilités de l’opinion publique. Mais cela supposerait que chacune des formations politiques ayant pignon sur rue, en particulier l’UMP et le PS, sachent organiser en leur sein, de véritables débats et qu’elles supportent l’expression d’opinions diverses. On en est loin

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(3) Commentaires

  • Observateur Répondre

    « trop d’élections. Il n’y a pratiquement pas deux ans sans élections. Le pouvoir n’a pas le temps d’entreprendre quelque réforme d’envergure que ce soit, il est immédiatement mis à mal par les lobbies lésés. » Cet argument ne tient pas. Ce faux gouvernement de droite a eu déjà deux ans pour faire des réformes et il aura encore 3 ans (car seules les élections législatives et présidentielles, qui ont eu lieu de 2002, comptent pour gouverner). Ce gouvernement, sois disant de droite, ne fait pas de réforme parce qu’IL NE VEUT PAS LES FAIRE !

    08/06/2004 à 21 h 54 min
  • AGAMEMNON Répondre

    La démocratie est effectivement très malade en France. A celà, plusieurs causes : 1/ trop d’élections. Il n’y a pratiquement pas deux ans sans élections. Le pouvoir n’a pas le temps d’entreprendre quelque réforme d’envergure que ce soit, il est immédiatement mis à mal par les lobbies lésés. Cela favorise en outre une démagogie effrénée de la part des politiciens auprès des minorités agissantes (cf. Noël Mamère, qui tente de braquer les caméras sur lui grâce aux homos ou les gesticulations sécuritaires de Sarkozy, ou le PC, qui court après le vote beur en banlieues); 2/ le financement public des partis, prime aux sortants, qui empêche les partis neufs aux idées novatrices de prendre place dans le débat public; 3/ le cumul des mandats, qui permet aux mêmes de monopoliser le débat à tous les niveaux : national et local ; 4/ la non limitation des mandats dans le temps, qui permet aux hommes politiques de transformer leurs mandats en métier. Giscard a été élu député en 1956 (du temps d’Eisenhower!), Chirac était déjà Premier Ministre en 1974 (il y a 30 ans, du temps de Gerald Ford…). Aucun renouvellement des hommes, et donc aucun renouvellement des idées et aucun renouvellemnt des programmes. Il faut donc regrouper les élections sur une seule journée tous les 5 ans, mettre fin au financement des partis par les contribuables, interdire le cumul des mandats et la réélection plus de deux fois consécutives pour un même mandat. Appliquez ces mesures et tout changera. Mais, me direz-vous sans doute : ça n’est pas demain la veille. Certes, mais en attendant la France se meurt.

    06/06/2004 à 12 h 47 min
  • R. Ed. Répondre

    Dans les Républiques Bananières, c’est pareil, la proportion dans l’armée par exemple, c’est dix officiers pour un soldat et ainsi de suite …

    06/06/2004 à 11 h 30 min

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